Science & santé

«Il me dit qu’il ne peut voir une jolie femme sans penser à coucher avec»

Lucile Bellan, mis à jour le 02.02.2016 à 13 h 02

Cette semaine, Lucile conseille Alice, une jeune femme qui a refait sa vie après avoir eu un enfant, mais se retrouve de plus en plus jalouse de l'homme avec qui elle entretient une relation libre.

Au Salon de la rue des Moulins | de Henri de Toulouse-Lautrec via Wikicommons CC License by

Au Salon de la rue des Moulins | de Henri de Toulouse-Lautrec via Wikicommons CC License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse:[email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Je suis séparée depuis peu d’avec le père de mes deux enfants, avec lequel j’ai partagé dix années de vie commune, dont les dernières ont été particulièrement houleuses, même si nos consultations régulières chez un thérapeute de couple parvenaient à maintenir la relation à peu près stable. Si ce n’est que je n’éprouvais plus aucun désir, et depuis longtemps, pour mon compagnon.

J’ai fini par décider qu’à 33 ans, on ne peut pas faire une croix sur le désir et la satisfaction sexuelle. Nous nous sommes donc quittés et nous avons réorganisé notre vie de parents. Cela n’a pas été sans douleur ni difficultés, mais depuis quelques mois maintenant que cette nouvelle vie de mère séparée a débuté, je me sens revivre comme une femme désirante et même amoureuse.

En effet, quelques mois avant de rompre –et je précise que ce n’est pas cela qui a véritablement pesé dans notre décision de nous séparer, mon ex-compagnon et moi–, j’ai rencontré un homme, dans le cadre de mon travail, de qui je suis tombée amoureuse quasi immédiatement. J’ai tout de suite eu pour lui des sentiments extrêmement forts et passionnels, et notamment un désir très puissant. Nous vivons désormais une relation depuis quelques mois, et le désir ne s’est pas émoussé. Nous passons de très bons moments l’un avec l’autre, nous nous entendons bien, et la complicité –sexuelle, mais pas seulement– qui nous unit m’est particulièrement précieuse.

Pourtant, une ombre vient tacher ce tableau: je ressens une jalousie mortelle pour lui. Il a presque 40 ans, c’est un homme à femmes et il ne s’en cache pas. Il me dit que cette jalousie ne le concerne pas, que la fidélité n’est pas une solution envisageable –et je suis bien d’accord, étant moi-même une séductrice, j’ai même eu déjà des relations avec d’autres hommes depuis que je le connais. Pourtant, dès qu’il regarde une jolie fille passer, dès qu’il me parle même d’une autre femme et que je crois détecter un quelconque désir de sa part, je ne me contrôle plus, même si j’essaie au maximum de l’épargner de ce qui ne le concerne finalement que peu. Concrètement, j’ai alors la sensation qu’un poison glacial me court dans les veines, je lui en veux terriblement, je me sens rabaissée. J’ai envie de le planter là (je le fais d’ailleurs parfois); alors que rien dans son comportement ne justifie une telle jalousie, si ce n’est quelques regards, il n’y a pas mort d’homme!

À présent, c’est moi qui suis obsédée par cela, qui ne songe qu’à son désir, éventuel, imaginaire, presque fantasmé même, pour d’autres femmes

Je sais bien qu’il a raison… De plus, je l’ai moi-même trompé –si on peut appeler ça comme ça– et je vois bien que ces relations furtives avec d’autres hommes, si elles me rassurent sur mon pouvoir de séduction, n’ont que très peu à voir avec lui, avec le fait que je sois comblée sexuellement, avec la qualité de nos échanges… Ces crises commencent à pourrir notre relation, d’autant qu’il a décidé d’être franc avec moi. Il me dit qu’il est un «obsédé sexuel» –selon ses propres termes– c’est-à-dire qu’il ne peut voir une jolie femme sans penser à coucher avec elle, et que tous les hommes sont comme ça. À présent, c’est moi qui suis obsédée par cela, qui ne songe qu’à son désir –éventuel, imaginaire, presque fantasmé même– pour d’autres femmes. Il me dit aussi, pour me rassurer dans les instants où je perds pied, qu’il est heureux avec moi comme cela fait bien longtemps que cela ne lui est arrivé, que le désir n’est pas grand-chose, que les sentiments sont plus importants.

J’ajoute que j’ai toujours ressenti cette jalousie avec les personnes qui ont partagé ma vie à un moment ou un autre. Je sais bien aussi que ce sentiment est lié à un grand manque de confiance en moi, mais je me dis qu’il serait bon que je travaille là-dessus avant que ça ne mette à mal notre relation, que ça devienne par trop envahissant ou enfermant. Je ne veux pas devenir une mégère, une personne qui enferme l’autre au piège de son ego malmené, je souhaite au contraire devenir quelqu’un –avec lui ou un-e autre– qui soit «libérateur», avec qui il fasse bon vivre. Mais comment faire? Je me sens quelque peu démunie face à ces sentiments qui me dépassent…

Merci de votre aide, de vos conseils –je suis suivie par une psychothérapeute pour d’autres raisons, plus profondes peut-être, qui touchent à mes racines, à ma vie d’enfant, et j’avoue que cette question de la jalousie passe un peu au second plan…

Alice

Chère Alice,

Cette jalousie qui vous consume ne doit jamais passer au second plan. A fortiori quand elle semble si violente et insidieuse. La jalousie est un sentiment naturel qui ne trouve son origine que dans ses racines négatives, l’angoisse, la peur de l’abandon ou encore la possessivité. Toutes ne posent aucun problème à des doses homéopathiques mais peuvent être fatales si l’on dépasse certaines limites.

Et je vous avoue que la façon dont vous définissez cette jalousie à l’égard de cet homme précis est assez préoccupante. Plusieurs pistes sont alors à étudier: d’où vient cette jalousie dont vous n’aviez pas autant à souffrir avant? Pourquoi s’est-elle accrue maintenant?

N’oubliez jamais que cette jalousie qui vous oppresse et vous empêche de vivre, elle est comme un compliment pour cet homme

En fait, je crois que vous n’êtes pas le seul problème de cette équation. Avec son comportement ambigu, cet homme que vous avez rencontré, vous pousse dans ces retranchements toxiques. J’ai même du mal à imaginer qu’avec de tels propos et une telle légèreté face à votre malaise, vous soyez la seule à avoir nourri des sentiments de cette teneur.

N’oubliez jamais que cette jalousie qui vous oppresse et vous empêche de vivre, elle est comme un compliment pour cet homme. Le fait que vous ayez ces pulsions de violences, ce besoin de possession, boostent son ego. C’est pour lui, et uniquement pour lui, que vous êtes en train de devenir folle.

Demandez-vous alors s’il mérite un tel cadeau. Et d’ailleurs si qui que ce soit mérite un tel cadeau. C’est-à-dire le sacrifice de votre bien-être personnel, et actuellement, le sacrifice même de votre personne. Avec la liberté dont vous jouissez désormais, vous découvrirez que la complicité sexuelle n’est pas quelque chose d’unique. C’est une communion que vous pourrez retrouver avec d’autres, en cherchant un peu, je le concède. Ce qui est rare, c’est quand s’ajoute à cette complicité charnelle, le bien-être et l’acceptation de soi et de l’autre. Ici, point d’équilibre. À vous de juger, en connaissance de cause, si cette configuration vous convient malgré tout. Une chose est sûre, il n’y a pas de raison qu’elle évolue dans un sens favorable. 

Lucile Bellan
Lucile Bellan (173 articles)
Journaliste
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