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«Je me sens coupable d’être chaque jour un peu plus amoureuse de lui»

Le pêcheur et la sirène | de Frederic Leighton via Wikicommons CC License by

Le pêcheur et la sirène | de Frederic Leighton via Wikicommons CC License by

Cette semaine, Lucile conseille Amina, une jeune femme de confession musulmane tombée amoureuse d'un homme parfait mais d'origine slave.

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse:[email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

J’aimerais vous faire part de mon histoire d’amour, pour obtenir des conseils avec le plus de recul possible.

En effet, je vis une histoire tellement passionnelle, que les avis objectifs se font rares.

J’ai 23 ans et je vis une des plus belles histoires de ma vie.

J’ai rencontré un homme incroyable dont je suis tombée amoureuse très rapidement. En même temps, ça n’a pas été difficile. D’une part, il détient toutes les qualités qui rendent un homme parfait: beau, intelligent, sportif, dynamique, charismatique, posé, joyeux, ambitieux, sérieux, à l’écoute, attentionné, romantique, sensible… Je pourrais continuer la liste encore longtemps. D’autre part, je n’ai jamais vécu d’histoire d’amour. Je suis musulmane et j’essaie de me préserver un maximum pour la personne qui me demandera en mariage.

À l’égard de mes convictions, j’ai décidé de faire un écart lorsque ce beau jeune homme à la beauté slave vînt à me parler lors d’une soirée étudiante. C’était la première fois que je sortais en soirée de toute ma vie. Ma première réaction fut la surprise. J’ai catégoriquement refusé de faire sa connaissance, puis, prise d’ennui, je suis partie lui parler, afin de pimenter ma soirée. Ses premières questions consistaient à savoir si j’étais en couple, si j’avais envie d’être en couple, si je voulais bien lui donner mon numéro. Je lui ai répondu qu’il était difficile de sortir ensemble au regard de nos religions respectives, puisque je devinais qu’il n’était pas musulman.

Le problème réside dans les regards des autres. Le regard de la société, le regard des communautés religieuses, voire le regard de Dieu

Néanmoins, pendant cette soirée, on a fait connaissance. Il a abandonné ses potes pour pouvoir me connaître, il a également dansé sur toutes les musiques sur lesquelles j’avais envie de m’éclater, enfin bref céder à tous mes caprices, toujours avec beaucoup de classe. J’ai donc craqué. La soirée s’est terminée par un baiser sous la pluie, dans le calme de la nuit, en plein froid.

Ça fait maintenant sept mois, et même s’il est assez difficile de se voir –on n’habite pas dans les mêmes villes, on travaille, on suit des études difficiles, je ne sors pas en soirée, etc.–, nos retrouvailles sont toujours des moments très romantiques, au bord d’un lac, seuls, les yeux dans les yeux, à l’ombre des regards... Parce que le problème réside dans les regards des autres. Le regard de la société, le regard des communautés religieuses, voire le regard de Dieu.

Aujourd’hui, je me sens coupable d’être chaque jour un peu plus amoureuse de lui et de rêver d’un futur commun. Je sais que ma famille n’acceptera jamais un non musulman. Lui aussi est très attaché à ses valeurs et à sa religion. Il retourne souvent dans son pays d’origine et, récemment, il m’a laissé entendre qu’il était probable qu’il trouve sa femme là-bas. À côté de ça, il se comporte comme un vrai gentleman, je suis donc un peu perdue. Dois-je mettre un terme à cette relation? Ses sentiments sont-ils sincères? Est-il possible d’envisager un futur en commun? J’ai fait beaucoup de concessions pour cet homme. Je me suis beaucoup attachée à lui. J’ai peur que, de son côté, tout cela ne soit qu’un jeu hypocrite et d’ouvrir mon cœur à une personne qui en réalité n’a aucun respect pour moi. Je ne me remettrais jamais d’une telle erreur.

Amina

Chère Amina,

Je crois aux couples mixtes. Mais j’y crois comme un combat, seuls contre tous. Un combat pour le droit à la différence. C’est une bataille qui se joue à deux, et je n’y crois donc que s’il y a derrière de la force, du courage et de la confiance.

Là, vous avez peur. Peur de tout perdre en misant sur le mauvais cheval. La vérité, c’est qu’épouser un homme validé par votre famille et votre communauté ne vous assurera pas plus de son intégrité et de son honnêteté. Et c'est que cet homme dont vous êtes amoureuse vous respecte suffisamment pour ne rien vous demander de plus. Sept mois de partage me permettent de supposer que ses intentions sont probablement louables. Vous lui plaisez, c’est évident, et je ne connais pas de dragueur assez patient pour consacrer des mois à «une cible».

Sur le terrain de l’amour, rien ne vous protège. Ni Dieu, ni l’expérience, ni de solides connaissances théoriques

Puisque vous me demandez mon avis, voici mes réponses toutes personnelles à vos questions. Non, rien ne justifie que vous mettiez un terme à cette relation si vous êtes amoureuse et heureuse. Je n’ai aucun moyen de juger de la sincérité de ses sentiments à votre égard si ce n’est les indices précédemment cités. 

De plus, vous ne serez jamais à même d’avoir la certitude de la sincérité de votre partenaire (celui ci ou un autre), tout au plus en aurez-vous l’intime conviction. Sur ce point, il n’est jamais question d’autre chose que de croyance et de confiance. Deux notions qui, j’en suis sûre, vous parlent. Quant à la question du futur commun, vous possédez déjà un élément de réponse. Puisque vous seule savez si vous portez en vous le courage et l’amour suffisants pour braver les regards qui vous préoccupent tellement. La seconde et dernière partie de cette réponse est gardée par l’homme qui a conquis votre cœur.

Sur le terrain de l’amour, rien ne vous protège. Ni Dieu, ni l’expérience, ni de solides connaissances théoriques. C’est une donnée qu’il faut accepter et qui donne toute sa valeur au don de soi et de l’autre. L’amour est un cadeau, pas une certitude. Et si vous avez la chance de connaître ce sentiment avec quelqu’un que vous définissez vous-même comme parfait, alors je ne vois aucune raison valable au déni de cet amour. C’est par la force de celui-ci que vous convaincrez, si vous le décidez, vos proches du bien fondé de cette relation. Puisqu’il me semble qu’au final il y a un point sur lequel j’imagine que vos proches, votre amoureux et votre Dieu se retrouvent, c’est celui de vous offrir une vie heureuse.

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