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L’hypocrisie au travail a un coût psychologique (et donne envie de se laver, oui, oui)

Masks | Brian Snelson via Flickr CC License by

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Quand on renie ses convictions, on se sent sale. Littéralement sale.

Au bureau, lorsque votre chef fait une mauvaise blague à laquelle vous vous sentez obligé de rire ou lorsque vous ne vous opposez pas à une idée que vous jugez mauvaise pour la boîte, mais qu’au contraire vous acquiescez en souriant, vous faites preuve d’hypocrisie. Vous le faites pour votre carrière, ou parce que vous n’avez pas le choix et que vous voulez garder votre emploi. Vous pensez peut-être, et votre employeur à sa suite, que trahir vos convictions n’aura aucune conséquence sur vous-même. Détrompez-vous: être hypocrite a un coût psychologique, ont découvert des chercheurs dans une étude publiée dans la revue Pyschological science en mai 2015. Et les chefs d’entreprise devraient se pencher sur ce problème s’ils veulent que leurs recrues restent impliquées, note un des auteurs de l’étude dans un article publié sur le site de la Kellogg School of Management repris par Quartz.

Les chercheurs ont procédé à plusieurs expériences. Dans la première, ils demandaient à un groupe de se rappeler d’une scène où ils faisaient preuve d’hypocrisie, tandis qu’un deuxième groupe devait se rappeler tout autre chose. On a ensuite demandé aux participants de noter sur une échelle de 1 à 7 leur degré d’«impureté morale», sept étant le plus haut degré d’immoralité. Le résultat est flagrant: ceux qui avaient décrit leur hypocrisie se sont en moyenne accordés une note beaucoup plus haute d’impureté morale de 3,5 points, contre environ 1,5 pour l’autre groupe.  

Sensation de saleté

Autre expérience intéressante, les chercheurs ont demandé aux participants d’écrire un texte relatant un souvenir d’hypocrisie personnelle, puis ont posé toutes sortes de questions pour sonder l’état d’esprit et les désirs de leurs cobayes. Ils ont alors découvert que les personnes du groupe «hypocrisie» manifestaient un intérêt bien plus grand pour tous les mots relatifs au nettoyage et les produits nettoyants que les personnes de l'autre groupe. Le savon Dove les intéressait ainsi beaucoup plus que les Snickers et ils éprouvaient plus que les autres l’envie de se laver les mains ou de prendre une douche, comme si la résurgence de ce souvenir peu glorieux leur procurait une sensation de saleté. 

Une autre expérience dans laquelle un groupe d’étudiants devaient défendre une thèse qu’ils ne partageaient pas montrait là aussi un plus grand désir de se laver que le groupe d’étudiants qui avaient pu défendre une idée avec laquelle ils étaient d’accord.

Éthique appliquée

«La perception d’incohérences répétées peut notamment contribuer à la perte de sens du travail et à l’épuisement professionnel», soulignait Diane Girard, spécialiste d’éthique, dans la revue Ethique publique en 2009:

«Lorsqu’une personne se voit contrainte de privilégier dans ses tâches des valeurs qui ne correspondent pas à celles qu’elle voudrait mettre en pratique, et que cette incohérence est importante ou survient de façon répétitive, le travail perd de son sens, ce qui peut engendrer une souffrance considérable, sans compter les effets sur la performance de cette personne.»

Cette souffrance n’est pas sans conséquences sur le travail des employés. Pour les entreprises qui veulent garder des employés actifs dans leur travail (seulement 9% d’employés en France se disent impliqués, selon une étude de 2013), prendre en compte l’estime de soi est sans doute un élément-clé. «Cela doit être pris en considération par les auteurs au moment de penser l’organisation du travail», estime Maryam Kouchaki, professeur de management. Diane Girard suggère quant à elle «le recours à l’éthique appliquée», en offrant des voix de dialogue aux employés. La souffrance morale a beau être invisible, elle n’est pas indolore, ni pour le salarié, ni pour l’entreprise.

 
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