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L'attentat d'Istanbul frappe une Turquie déjà ébranlée par les attaques

Un policier bloque l'accès à la scène de l'attaque à Istanbul, le 12 janvier 2015. REUTERS/Kemal Aslan

Un policier bloque l'accès à la scène de l'attaque à Istanbul, le 12 janvier 2015. REUTERS/Kemal Aslan

En 2015, le pays, déjà déchiré par la contestation pro-kurde, avait été touché par plusieurs attentats de Daech.

C’est la première fois que le centre historique et touristique d’Istanbul est touché par une telle attaque. Mardi 12 janvier, une explosion a retenti aux alentours de 10h18 (9h18 en France) dans le quartier de Sultanahmet, cœur touristique de la capitale turque. La détonation, entendue à plusieurs kilomètres à la ronde, a eu lieu tout près de la basilique Sainte-Sophie et de la Mosquée bleue, véritables symboles de la ville.

Le bilan officiel provisoire fait état d’au moins 10 morts et de 15 blessés, la plupart des touristes étrangers. L'ambassade allemande a d'ailleurs très vite conseillé à ses ressortissants d'éviter les zones touristiques.  

Pour l'instant, les informations circulent au compte-gouttes étant donné que les autorités turques ont imposé aux médias un black-out complet en leur interdisant de filmer la scène et de faire leur travail sur place, «au nom de la sécurité nationale».

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a pris la parole en milieu de journée pour expliquer que l'explosion serait bien due à un attentat-suicide commis par un individu d'origine syrienne né en 1988. «Je condamne l'attentat terroriste à Istanbul, qui, pense-t-on, est l'œuvre d'un kamikaze venu de Syrie», a-t-il expliqué avant d'ajouter que «la Turquie est la première cible de toutes les organisations terroristes actives dans la région». 

En 2015, la Turquie a plusieurs fois été la cible d'actes violents attribués à Daech, mais aussi aux organisations kurdes, comme le Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C) ou le PKK, parti rebelle kurde de l'est du pays.

Début janvier 2015, une kamikaze s'était fait exploser devant un commissariat d'un quartier d'Istanbul, également à Sultanahmet, provoquant la mort d'un policier. Le DHKP-C avait dans un premier temps revendiqué l'attentat avant que l'on découvre que la femme était tchétchène et ne faisait pas partie de son réseau

Quelques mois plus tard, le 20 juillet, Daech commettait son premier attentat sur le sol turc à Suruç, près de la frontière avec la Syrie. 33 personnes y avaient perdu la vie après qu'un kamikaze a déclenché son dispositif explosif au milieu d'une foule. Recep Tayyip Erdogan avait aussitôt dénoncé un «acte de terreur»

Mais c'est le 10 octobre que le pays a fait face à l’attaque la plus meurtrière qu’il a jamais connue. Un double attentat-suicide avait alors fait 103 morts à Ankara près de la gare centrale. Là encore, Daech avait revendiqué l’attaque. L'un des deux kamikazes a été identifié comme Yunus Emre Alagöz, le frère de l'auteur présumé de l'attentat de Suruç.

Mais l’année 2015 en Turquie aurait pu être encore plus sombre, si l’on en croit les autorités. Le 13 novembre, alors que la France était frappée en son cœur, un attentat avait vraisemblablement été déjoué à Ankara. Cinq personnes avaient été interpellées. «Nous pensons qu'elles préparaient une attaque à Istanbul le même jour que celles de Paris, avait indiqué un responsable gouvernemental à l'AFP. [...] Les premiers résultats de nos investigations suggèrent que nous avons déjoué une attaque majeure.» 

Même chose le 31 décembre. Deux personnes suspectées de préparer un double attentat avaient été arrêtées, apparemment in extremis, en possession d'un «gilet explosif prêt à être utilisé et d'un sac à dos rempli d'explosifs et renforcé par des billes et des tiges d'acier». Selon les autorités, elles souhaitaient s'en prendre à un centre commercial et à une rue branchée de la place centrale de Kizilay, dans la capitale turque. 

Ce nouvel attentat va donc renforcer le climat de tension extrême et pourrait affaiblir un peu plus le pouvoir en place, accusé successivement d'aider Daech, de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour stopper les attentats et d'entretenir la confusion entre partis pro-kurdes et terroristes djihadistes. Sur Slate.fr, Ariane Bonzon expliquait ainsi la terrible fracture qui divise le pays:

«D’un côté, une large partie de la société qui descend régulièrement dans la rue, rendant le pays ingouvernable pour le pouvoir islamo-nationaliste et, de l’autre côté, celui-ci et surtout son chef, le président Erdogan, sans doute de plus en plus paniqué à l’idée de tomber et devoir un jour s’expliquer devant la justice sur les accusations de corruption dont il est l’objet.»

L'attentat du 12 janvier pourrait donc raviver le brasier que le pouvoir n'arrive pas à éteindre depuis plusieurs années déjà.

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