Sénégal: un régime qui prend l'eau
Wade pense à se représenter en 2012, éventuellement face à son fils
- A Thiaroye, près de dakar. La ville est inondée d'eau et infestée de rats et de bestioles. Septembre 2008 -
Certes le Président Wade est réputé pour son endurance: il entreprend des «déplacements marathons» au cours desquels il fatigue les journalistes chargés de suivre l'événement. Connu pour ses capacités d'orateur hors pair, Wade a de plus en plus tendance à se perdre dans des digressions, dont ses interlocuteurs ne comprennent plus toujours le sens. En 2012, il sera âgé de 86 ans. Peut-être même davantage. «Beaucoup de Sénégalais pensent qu'il a au moins deux ou trois ans de plus. A l'époque de sa naissance, l'état civil était embryonnaire dans les campagnes», explique Moussa, un Dakarois qui trouve son président bien trop fatigué pour effectuer un nouveau mandat. Son annonce étonne d'autant plus qu'il avait jusqu'à présent tenté de mettre son fils, Karim, sur orbite, d'en faire son successeur. Mais il est vrai que Karim a été sévèrement battu lors des élections municipales de mars 2009. Il a échoué dans sa tentative de conquête de la mairie de Dakar.
Ne doutant de rien, Abdoulaye Wade imagine même d'affronter son fils lors de la présidentielle. «Ce serait drôle d'ailleurs s'il se présentait contre moi et qu'on se retrouve au deuxième tour. Cela serait intéressant et inédit d'ailleurs. Il n'y a que des choses inédites qui se font au Sénégal». Cette vue de l'esprit aurait sans doute amusé les Sénégalais en d'autres temps. Mais ils ont perdu le sens de l'humour au cours des derniers mois. «Il y a deux semaines, le pays était au bord de l'insurrection avec des émeutes dans les quartiers populaires où des centaines de jeunes étaient descendus dans les rues pour affronter les forces de l'ordre. Ils protestaient contre les coupures d'électricité et les inondations qui avaient fini par mettre les populations au bord de la crise de nerf» explique l'éditorialiste Barka Ba.
Les banlieues de Dakar sont victimes de terribles inondations. La colère populaire est d'autant plus grande que certains quartiers sont inondés depuis...2005. Les autorités locales prennent tout leur temps pour pomper l'eau. Parfois faute de moyens. Souvent du fait de détournements de fonds.
La révolte gronde d'autant plus que le régime a dépensé des sommes considérables pour embellir les quartiers résidentiels. En bord de mer, sur la Corniche, là où vivent les nouveaux riches du régime, des routes, des ponts et un tunnel parfaitement bitumés servent de terrain de jeu aux derniers modèles de Porsche ou de BMW. Pendant ce temps-là, les charrettes tirées par des chevaux étiques et les 4L déglinguées «pataugent» dans les eaux stagnantes de Pikine, banlieue de la capitale sénégalaise.
En attendant la mort de Wade
«Le régime engloutit des milliards de francs CFA dans la construction d'une statue de la renaissance africaine alors que nous n'avons pas l'électricité. Souvent nous restons deux jours sans courant. La moitié des habitants de Dakar ont du mal à faire plus d'un repas par jour. Et, en plus, nous avons les pieds dans l'eau.» s'emporte Omar, un habitant des banlieues. A la question qu'attendez-vous du président Wade? Une étudiante répond calmement: «Nous les jeunes, on attend juste qu'il meurt.»
Une hostilité d'autant plus étonnante que Wade avait été élu en 2000 par la jeunesse des quartiers populaires, à qui il avait promis des emplois en masse. Les Sénégalais aiment à répéter cette plaisanterie: en 2000, lors d'un meeting précédant son élection, Wade demande à tous les jeunes qui n'ont pas d'emploi de lever la main. Ils la lèvent tous. Il refait le même exercice quelques années après son arrivée au pouvoir. Tous les jeunes relèvent la main. Sauf deux d'entre eux. Son fils et sa fille.
«Beaucoup de Sénégalais accusent la famille Wade d'avoir fait main basse sur les richesses du pays. Si Wade ne veut pas quitter le pouvoir, c'est parce qu'il a peur de la prison. Pas tellement pour lui, il est trop vieux pour ça. Mais pour les membres de sa famille», affirme un directeur de journal dakarois.
Pour sa part, l'hebdomadaire Clarté estime que «la déclaration précoce de candidature ressemble fort à un écran de fumé destiné à faire relâcher la pression médiatique sur un régime à bout de souffle».
Il est vrai qu'elle intervient au moment où la publication d'un pamphlet fait grand bruit au Sénégal : le journaliste Abdou Latif Coulibaly accuse le régime de malversations financières. Il place notamment sur la sellette le fils du président.
Quoi qu'il en soit, le débat politique gagne en violence. Dans Le Quotidien, l'un des titres les plus influents de Dakar, un article intitulé «Le petit «toubab (blanc en wolof) au cœur de la République». L'auteur de la contribution s'en prend au fils du Président, le «toubab» qui est en fait... métis. Il sous entend aussi que des Pulaar (des Peuls) exercent une grande influence dans l'entourage présidentiel. Cet article est révélateur de dérive possible dans les mois à venir.
Longtemps le Sénégal est apparu comme relativement épargné par certaines formes de racisme ou d'ethnicisme. Mais la montée de l'exaspération populaire ouvre la voie à toutes les violences verbales et peut-être physiques. D'autant que l'opposition suspecte le régime d'être tenté par le «modèle gabonais». L'entourage présidentiel travaille, selon la presse, sur un projet de réforme de la loi électorale. Une présidentielle à un tour comme au Gabon. Pays où Ali Bongo a récemment succédé à son père lors d'un scrutin aux résultats très contestés.
Comme le Sénégal compte plus d'une centaine de partis politiques, l'opposition aurait bien du mal à faire triompher son candidat avec ce type de scrutin. D'autant que la principale force d'opposition, le parti socialiste au pouvoir pendant quarante ans (de 1960 à 2000) n'a pas encore retrouvé un réel crédit, notamment auprès des plus jeunes. Cette jeunesse qui regarde avec de moins en moins d'indulgence les gesticulations de «Gorgui» (le vieux en Wolof). « A chaque fois que je le vois à la télévision, explique un étudiant, je me dis «Gorgui, il ne pense pas vraiment à nous, les gens qui ont les pieds dans l'eau. Il doit se dire: Après moi, le déluge».
Pierre Malet
Image de une: A Thiaroye, près de dakar. La ville est inondée d'eau et infestée de rats et de bestioles. Septembre 2008. Reuters/Normand Blouin
Mis à jour le 06/10/2009 à 17h55













































Non seulement, le régime prend l'eau mais dans la gestion des inondations, l'Etat patauge dans ses carences. Wade ne se soucie pas des personnes qui meurent noyées dans les eaux qui stagnent depuis 2005. Il a fallu qu'un début d'incendie se déclare au bureau de Karim Wade à l'Anoci pour qu'il s'y rende à pied entouré de sa cohorte de ministres. Un pays qui frôle le chaos avec des inondation et des coupures intempestives, le président ne trouve rien à faire que de construire une statue indécente à 12 milliards. Si Wade n'est pas gâteux, il doit forcément se foutre du Sénégal et du bien être de ses populations comme de sa première chemise. Pour ne rien arranger, il vient de limoger le seul ministre qui avait encore du crédit dans son gouvernement. Il faut qu'il s'en aille avant que le vase ne déborde.
Basta
N’est-ce pas cela, le vrai visage de la tragédie africaine, cette perpétuelle résurrection des tyrans, sous les habits militaires et/ou civils? des putschistes et/ou gérontocrates qui savent ne plus se rappeler des promesses de vacance du pouvoir, de respect de la loi fondamentale et des institutions républicaines…au bout de quelques nuits et années passés dans les palais présidentiels.
Quel est donc ce continent où il faut absolument “être pélésident de la répiblique”pour réussir sa vie? c’est comme dirait Jacques Séguéla - leur communicant préféré - porter une montre Rolex avant l’âge de 50 ans…L’illustration flagrante d’une profonde inculture démocratique.
Plus sérieusement…Coups d’Etat et Gérontocraties sont les deux visages de la tragédie africaine: les présidences à vie
En effet force est de constater que le capitaine Moussa Dadis Camara, putschiste qui veut se maintenir au pouvoir en Guinée Conakry, en reniant sa promesse initiale de ne pas se présenter à l’élection présidentielle de janvier 2010; et Me Abdoulaye Wade qui, tout en appelant son homologue guinéen à la raison, se porte lui-même candidat à sa propre succession au Sénégal en 2012 (Abdoulaye Wade aura alors plus de 86 ans)…sont les deux visages d’une même tragédie africaine: l’excessive longévité au pouvoir.
Pourtant la grandeur d’un Nelson Mandela en Afrique du Sud (à l’opposé d’un Robert Mugabe au Zimbabwé ou d’un Paul BIYA au Cameroun) tient précisément au fait , entre-autre, que le premier a surtout su tirer sa révérence au bon moment. Alors que Mugabe, Wade, BIYA, ou Dadis Camara… en refusant obstinément de tirer la leur, deviennent inévitablement «vieux jeux». Ils ne surprennent plus personne, et chacun peut instantanément deviner leurs (grosses) ficelles populistes; de telle sorte qu’ils ne sont plus que des clichés d’eux-mêmes, leurs propres stéréotypes.
Généralement ce syndrome de la présidence à vie commence par l’appropriation de son pays:”mon Cameroun c’est le Cameroun”, “mon Zimbabwe”, «mon Sénégal», «ma Guinée»….
Moussa Dadis Camara à Conakry au lendemain de son coup d'Etat en décembre 200
Pour finir par ne plus véritablement se réclamer du peuple. Si oui, uniquement afin qu’il accompagne des délires narcissiques, des holds up électoraux, et aide à entériner de véritables actes de haute trahison.
Et qui peut raisonnablement penser -en dehors des thuriféraires et des flagorneurs en tout genre-que des hommes qui se maintiennent 10, 20, 30, 40 années au pouvoir, sont réellement portés par le souci de bien-être social et économique de leurs concitoyens? À l’évidence, pas grand monde. Car, soit ces hommes sont des jouisseurs impénitents du pouvoir, soit ils couvrent une paresse congénitale… qui les permet de perdurer aussi longuement à la tête de leurs Etats ( 10, 20, 30, 40 années sans interruption), sans jamais avoir à remplir quotidiennement leurs fonctions exécutives. Ils sont forcément les deux à la fois: jouisseurs impénitents du pouvoir et paresseux congénitaux.
Nous tenons certainement là une des explications plausibles à l’inertie chronique dont souffrent les institutions étatiques en Afrique, et le retard de développement dans nombre de nos pays.
Je vous remercie
http://enjodi.blog.lemonde.fr/
La première commentatrice a raison. Wade n a qu'à quitter le Sénégal avant que les sénégalais ne l'y force. Trop c'est trop. Article succulent.