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Les ratés magnifiques de David Bowie

David Bowie en 2000 I Reuters

David Bowie en 2000 I Reuters

Parce que la perfection nous ennuie, nous sommes allés fouiller du côté du pire de l'œuvre du chanteur anglais décédé le 10 janvier. Voici six pépites.

Même les disques parfaits ont des moments de faiblesse. C’est ce qui fait leur force, non? Prenez Hunky Dory, sorti en 1971 («Changes», «Life On Mars?», «Quicksand»…). Ce serait un disque merveilleux s’il n’y avait pas l’énervante «Kooks» au milieu. Mais en même temps, s’il n’y avait pas «Kooks», apprécierait-on autant «Quicksand» qui la suit? Ces questions de vieilles personnes qui écoutent des albums en vinyle ou sur K7 n’intéressent plus grand-monde mais permettent de se rendre compte que David Bowie n’a pas pondu que des pépites. Il a aussi commis des daubes improbables et de (très) mauvaises chansons… Souvent, les albums moyens ou les chansons «oubliables» des génies sont passées sous silence. Nous avons envie de les exhumer et de vous les présenter. Parce que la perfection constante est ennuyeuse et que ça prouve une seule chose. David Bowie était humain et c’est aussi pour ça qu’on l’aime.
 

1.«Time Will Crawl»(Sur Never Let Me Down, 1987)


Une batterie plate et une guitare criarde. Bowie se débat comme il peut avec des couplets qui pataugent dans le ronron. Mais le refrain ne vient rien sauver. «Time Will Crawl» était censée être la meilleure chanson de ce disque sorti en 1987. Bowie a composé de morceau après Tchernobyl : il y parle de la lente destruction de la terre par l’homme et les déchets industriels. Même en essayant très fort, le morceau reste assez laid et ressemble aux vestes que Bowie portait à l’époque. Larges et démodées.

Mais aussi, sur le même album: «Zeroes» (qui porte très bien son nom; préférez largement «Heroes», la bien nommée)

À écouter à la place: le remix publié en 2013 sur la compilation «Nothing Has Changed» (MM Remix) dépoussière le morceau de ses frusques années 1980 et le rend même écoutable (il le rendrait presque bon si l’on arrive à se détacher de la première incarnation).

 

2.«The Laughing Gnome»(Single 1967)


Une erreur de jeunesse quand la jeunesse anglaise était folk, psychédélique et sans doute très droguée. Les morceaux inspirés par les «nursery rhymes» sont à la mode: quelques semaines plus tard, le Pink Floyd de Syd Barrett terminera son premier album avec «The Gnome». Bowie veut pasticher le mouvement mais ne réussit qu’à enfanter un morceau flirtant dangereusement avec le ridicule… Le duo avec le gnome (et sa voix en vitesse rapide) n’est sans doute pas étranger au sentiment de malaise qui étreint l’auditeur. Le temps n’a pas réussi à patiner ce morceau qui reste toujours un peu gênant.

À écouter: «Space Oddity», sorti deux ans plus tard. La route vers le succès…
 

3.«Magic Dance»(sur la BO du film Labyrinth, 1986)

Si vous avez cliqué sur le clip, vous avez compris… Son seul mérite aura été de pourrir l’imaginaire des enfants gavés de télé des années 1980 et de leur permettre d’associer Bowie à «type-un-peu-bizarre-et-impressionnant-mais-pas-méchant». Pendant longtemps, le single ne pouvait s’acheter qu’aux États-Unis avant d’être disponible en 2007 en téléchargement dans le monde entier. Ça ne nous avait pas manqué.

À la place écoutez plutôt: heu… rien…
 

4.«Ricochet»(sur Let's Dance, 1983)


Déjà évoqué dans l’article sur Bowie et le saxophone. Ce morceau vraiment insupportable énerve par son refrain inepte. À ce demander s’il ne fallait pas remplir avec des chansons moyennes dès lors que l’on était assuré d’avoir deux-trois tubes dans l’album («Let’s Dance», «China Girl», «Modern Love»).

Écoutez plutôt: «Criminal World», sur le même album, pas ouffissime mais loin d’être désagréable.

 

5.«The Buddha of Suburbia»(sur The Buddha Of Suburbia soundtracks)


Peut-on faire plus sirupeux que cette chanson composée pour la série de la BBC en 1993 avec son tissage de guitares acoustiques et son solo de sax qui dégouline comme un Babybel passé au micro-ondes? Le petit clin d’œil musical à «Space Oddity» aux trois quarts du morceau rend le tout encore plus insupportable. C’est non. Mais alors pas du tout.

Écoutez plutôt: quitte à aller sur le Bowie mélancolique, écoutez Hours...’ (1999). Un album «rien à jeter» vocalement irréprochable avec la  guitare merveilleuse de Reeve Gabrels.
 

6.«Red Money»(sur Lodger, 1979)


Le disque clôt la fameuse trilogie berlinoise entamée avec Heroes et Low. Une chanson faible sur un grand disque est-elle plus faible que si elle était sur un disque un peu plus moyen? On peut encore ergoter à l’infini, mais dans un assaut de mauvaise foi assumé j’ai toujours trouvé la chanson assez faiblarde dans la discographie de Bowie, tout comme «Fantastic Voyage», sur le même album: une balade qui ne sert à rien mais dont la niaiserie affligeante se loge dans un coin de votre crâne pour ne plus s’en déloger. Ne serait-ce pas d’ailleurs la définition d’un tube?

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