Monde

«Mon âme flotte toujours là-bas»: une Syrienne raconte sa détention dans une prison du régime

Repéré par Fanny Arlandis, mis à jour le 13.01.2016 à 12 h 54

Repéré sur Al-Jumhuriya

Mariam Haid a été jetée début 2014 en prison. Elle raconte l’enfer qu’elle a vécu pendant onze mois et demi.

Dans les geôles de Bachar el-Assad, des milliers de prisonniers sont affamés, battus et torturés (image d’illustration) | Stephen Dann via Flickr CC License by

Dans les geôles de Bachar el-Assad, des milliers de prisonniers sont affamés, battus et torturés (image d’illustration) | Stephen Dann via Flickr CC License by

Les cinq hommes ont débarqué chez elle par surprise le matin du 10 janvier 2014. Mariam Haid est jetée dans une voiture, les yeux bandés. «Je me suis mise à penser: si j’étais aveugle, est-ce que la situation serait différente?» écrit-elle sur al-Jumhuriya, un magazine en ligne consacré aux questions sociales et politiques syriennes, dans un texte en arabe, traduit ensuite en anglais.

Elle est emmenée dans un des bâtiments de la sécurité du régime. Elle y reçoit des coups de pied, de poing et de câbles électriques avant d’être entraînée dans une cellule de femmes. Elles sont trente-cinq mais leur nombre croît et décroît selon les jours jusqu’à atteindre «quarante-cinq dans une petite pièce, si bien qu’[elles dormaient] sur le côté ou à tour de rôle».

L'attente dans cette cellulle est rythmée par «les plaintes de torture émanant du couloir». Elle aussi est torturée, trois fois par jour. Elle doit d’abord rester sous une douche glacée pour qu’elle «réfléchisse». Puis on l’interroge et la frappe pendant des heures.

Supplice du tapis volant

Après un mois et une semaine, elle subit le supplice du «tapis volant» (بساط الريح). Cette technique de torture, la plus douloureuse de toutes, est tristement connue de l’ensemble des Syriens. Elle consiste à attacher le prisonnier sur le ventre à une planche de bois pliable et à en soulever les extrémités avant de le frapper. «Après avoir terminé, ils m’ont obligée à me tenir debout et à marcher», raconte Mariam Haid. 

«J’ai pris conscience avec le temps qui passe que je suis toujours là-bas, écrit-elle. [...] Mon corps a repris sa liberté mais mon âme flotte toujours là-bas, et n’a pas encore obtenu sa liberté.»

En décembre 2015, Human Rights Watch a apporté des preuves supplémentaires de la mort de milliers de prisonniers, affamés, battus et torturés, dans les geôles de Bachar el-Assad. Des milliers d’autres endurent encore le même sort.

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