Partager cet article

Primaire ou non: la gauche a le choix entre deux solutions risquées

Un militant vote lors de la primaire socialiste du 16 novembre 2006. REUTERS/Eric Gaillard.

Un militant vote lors de la primaire socialiste du 16 novembre 2006. REUTERS/Eric Gaillard.

Avec un président sortant, une primaire serait-elle profitable à la gauche? Peut-être, mais cette solution présente aussi des risques.

Faut-il une primaire à gauche en vue de 2017? Après la tribune de onze intellectuels appelant à un «débat approfondi» autour d’une «grande primaire des gauches et des écologistes», la question semble à nouveau posée. Certains au PS crient au suicide, d’autres en font valoir les avantages. Mais dans les deux cas, le choix sera risqué.

Les détracteurs d’une primaire à gauche en cas de présence d’un président sortant ont quelques bons arguments. La primaire a ceci de problématique qu’elle oblige souvent les candidats à un changement de tactique entre leur campagne pour l’investiture comme candidat du parti puis leur campagne pour être président. Généralement, un candidat a intérêt à être plus à gauche dans la première phase puis assez au centre dans la deuxième, pour gagner des voix à droite. Un tel exercice fait donc courir le risque de l’incohérence, alors qu’un candidat dispensé de primaire pourrait garder son cap –et cela même alors qu'on critique souvent François Hollande pour avoir justement manqué d'un cap au début de son mandat.

Dans un cas au moins, il est possible que la primaire républicaine aux Etats-Unis ait joué en la défaveur d’un impétrant pour cette raison. «En 2012, Obama a pu afficher une vraie cohérence politique, là où son concurrent Mitt Romney tentait désespérément de trouver un point d’équilibre entre les gages donnés aux conservateurs pendant les primaires et un recentrage nécessaire pour parler à l’électorat modéré», observe notre confrère Jean-Baptiste Daoulas.

Plus généralement, si six présidents américains sortants ont réussi, depuis 1945, à se faire réélire, la plupart après des primaires, trois ont récemment subi lors de cet exercice de vraies contestations qui les ont sans doute fragilisés ensuite dans la bataille. C’est le cas de George Bush père, vainqueur avec une marge plus étroite qu'attendue pour un sortant en 1992, puis qui a dû s’incliner devant Bill Clinton. C’est aussi le cas de Jimmy Carter, mis en difficultés par Ted Kennedy en 1980, et finalement battu par Ronald Reagan. Et c’était enfin le cas de Gérald Ford en 1976, ensuite vaincu par Jimmy Carter.

Paradoxe de la poule ou de l’oeuf

Notamment dans les deux derniers cas, les présidents ont dû faire face à une primaire particulièrement difficile, qui a sans doute laissé des traces et permis à leur adversaire final de se servir des critiques émises pendant la primaire. Ils ont aussi du dépenser des sommes d’argent importantes qui auraient pu être mises à contribution pour battre l’adversaire de l’autre camp, plutôt que leur challenger en interne.

Mais comment savoir si les présidents sortants subissent des critiques parce qu’ils étaient déjà faibles ou si la primaire les affaiblit réellement? C’est le paradoxe de la poule ou de l’œuf. Si François Hollande se présentait aujourd’hui, il est probable qu’il serait mis en difficulté: dans les sondages qui mettent en concurrence divers socialistes, il est d’ailleurs régulièrement annoncé derrière Martine Aubry et Manuel Valls. Mais s’il finissait par l’emporter, puis par échouer à l'élection présidentielle, serait-ce vraiment parce que la primaire l’aurait affaibli, ou parce qu'il aurait perdu en crédibilité aux yeux d’une partie de son électorat pendant son mandat?  

Il est facile de jeter la pierre à un processus de désignation. Mais si les candidats qui s’y présentent sont déjà particulièrement usés dans l’opinion, mettre l’échec d’un candidat sur le dos des effets de la primaire peut paraître abusif.

Limiter les candidatures à gauche?

Au contraire, dans le cas où un président sortant particulièrement rejeté par l’opinion se présenterait, la primaire pourrait permettre d’éviter une candidature-suicide en tentant de faire émerger un meilleur candidat.

Un tel processus serait dans le cas présent d’autant mieux vécu par les sympathisants socialistes qu’une telle compétition est inscrite dans les statuts du parti. «Le candidat à la présidence de la République est désigné au travers de primaires citoyennes ouvertes à l’ensemble des citoyens adhérant aux valeurs de la République et de la gauche et organisées par les formations politiques de gauche qui souhaitent y participer», rappelle notre contributeur Eric Dupin, citant les statuts du parti.

Autre avantage certain: une primaire à gauche pourrait permettre de limiter les candidatures si de nombreuses formations, au-delà du PS, s'y ralliaient, la primaire faisant alors office de «premier tour» à gauche et atténuant la dispersion des voix. De nombreuses candidatures avaient affaibli Lionel Jospin en 2002, concourant sans doute à son éviction au premier tour de l’élection présidentielle.

Enfin, une primaire a aussi un réel intérêt médiatique. «L’un des rares avantages d’une primaire dans le camp du sortant est de voler la vedette à l’opposition», analyse Jean-Baptiste Daoulas. Tout l’enjeu, pour cela, est de choisir des bons candidats de départ.

Au final, le choix entre organiser ou non une primaire pour un président sortant présentera donc de toute façon un risque: préserver à l'excès un candidat alors que d'autres plus populaires pourraient émerger, ou au contraire exposer exagérément le sortant à un an de la fin de son mandat... Une bonne part de l'analyse du choix qui sera fait par le PS dépendra moins de ses mérites propres que, bien sûr, du résultat final chiffré de la présidentielle: il sera jugé bon en cas de réélection, mauvais en cas de défaite.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte