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Des artistes qu'il a produits, David Bowie a su tirer le meilleur pour lui

David Bowie à une cérémonie de diplômes à Boston en 1999 I Jim Bourg / Reuters

David Bowie à une cérémonie de diplômes à Boston en 1999 I Jim Bourg / Reuters

Le musicien anglais décédé ce dimanche 10 janvier était une éponge. En produisant des artistes tels que Lou Reed, Iggy Pop, Dana Gillespie ou Mott The Hoople, il définissait aussi les contours de sa propre discographie.

Selon les dires de l'ingénieur-son Ken Scott, David Bowie «adorait composer, mais il détestait le studio, où il s'ennuie à mourir. Techniquement, nos enregistrement étaient d'une simplicité confondante. Le seul moment épineux, complexe, c'était le mixage. Car là, David ne venait jamais, c'était trop fastidieux pour lui.» Celui qui a commencé à travailler avec le futur Ziggy à partir de 1969 évoque ici l'année 1972. Et ce sentiment d'oppression dans les cabines studio, David Bowie le mettra de côté pour venir en aide à plusieurs artistes rock, dans une relation de donnant-donnant dont il tirera le meilleur pour alimenter ses propres productions. En premier lieu, Lou Reed.
 

1.Lou ReedSauvetage d'une carrière

La carrière de Lou Reed est indissociable de celle de David Bowie. Ses débuts en solo en tout cas. Car après le Velvet Underground, Reed n'est pas au mieux. Il vit chez ses parents et songe à abandonner la musique. Mais Bowie, qui est un des rares à suivre le Velvet depuis leurs débuts, en 1966, débarque à New York pour signer un contrat avec RCA. Il veut rencontrer Lou Reed. C'est chose faite, et les deux hommes débutent alors une relation houleuse, mais salutaire pour l'ex-Velvet.

D'abord, en 1971, Reed se plante lamentablement avec son premier album solo éponyme. Suite à quoi Bowie se propose de rattraper le coup en produisant son second album, Transformer, sorti en décembre 1972. L'enregistrement est l'occasion pour Bowie d'affiner sa patte, de l'appliquer à quelqu'un d'autre. Comment ne pas voir son influence dans le titre «Satellite Of Love», déjà attirer par les cieux, dans «Make Up», ironique et peinturluré en pied de nez au conformisme genré, dans les cordes de «Walk On The Wild Side» arrangées par Mick Ronson, dans les chœurs d'«Andy's Chest»? L'inspiré au secours de l'inspirateur. Bowie externalise son personnage de Ziggy Stardust, peu après l'avoir campé sur The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars (septembre 1972), peu avant de le tuer le 3 juillet 1973.

Cette collaboration est aussi un moyen pour David Bowie de réaffirmer sa proximité avec la Factory de Warhol, qu'il fréquentera jusqu'à la fin des années 1970. À défaut d'en avoir été membre à part entière, il en est un proche, membre officieux et respecté pour avoir sorti Lou Reed de ses propres méandres. Cette expérience studio force Ziggy à passer du temps derrière la console, l'amène à travailler le son, mais jamais seul. Car Ken Scott est aussi aux manettes de Transformer. L'ingénieur-son travaille avec lui depuis 1969 et est crédité sur un paquet d'albums, notamment Abbey Road de The Beatles. En amenant Scott à Lou Reed, il affirme sa collaboration avec l'ingé-son qui prendra aussi effet sur les albums Aladdin Sane et Pin Ups.
 

2.Iggy PopLes coudes serrés face à la coke

Les chemins de Reed et de Bowie se séparent, se recroiseront. Parallèlement, Bowie a senti la vague proto-punk monter, Iggy & The Stooges en tête aux côté des MC5. Alors que les premiers sont un peu au fond du trou, entre idée de séparation et drogues à tout-va, Bowie vient à la rescousse. En 1972, visiblement l'année de l'altruisme de Bowie pour ses idoles, il convainc le groupe de retourner en studio, sans pour autant produire l'album qui en sortira. Raw Power naît le 7 février 1973, et Bowie en signe cependant le mixage. Un mixage qui fera jaser, tant il est primaire, mais ça, Bowie n'y pouvait pas grand chose au vue des méthodes de prises de son bien old-school qu'Iggy Pop s'était entrepris de réaliser. Un sauvetage en règle pour un résultat en deçà des qualités d'hommes de studio de David Bowie. Iggy, peu diplomate, déclarera tout de même: «Ce putain de rouquin a niqué mon ablum!»


Iggy et David se connaissent depuis quelques temps déjà. Et l'influence du premier sur le second réside dans la construction du personnage de Ziggy. David Bowie mentionnera toujours Iggy Pop comme une des bases de son alias, même si c'est bien Vince Taylor qui en est la principale source d'inspiration, ainsi que Marc Bolan. 

Iggy et David ne se quittent plus (ou si peu) durant les années 1970. Ils émigrent ensemble à Berlin en 1976, afin, notamment, de se libérer de leurs addictions respectives, et de rebondir. Ils louent un appart ensemble dans la capitale allemande. Iggy Pop accouche en 1977 de deux albums solo, Lust For Life et The Idiot, produits par Bowie. En échange, l'ex-Stooges pose les backing vocals sur l'album Low de son pote. De cette émulation artistique qui durera plus d'un an et demi, sortent un joli catalogue de titres coécrits par les deux larrons devenus presque clean entre temps. Ce stock de chanson sera même utilisé par David Bowie pour alimenter ses albums durant les années 1980. Iggy Pop est donc crédité sur «China Girl» (extrait de Lets' Dance, 1983), «Don't Look Down», «Neighborhood Threat», «Trumble and Twirl», «Dancing With The Big Boys» et «Tonight» (extraits deTonight, 1984) et «Bang Bang» (extrait de Never Let Me Down, 1987).


Surtout, Bowie rencontre grâce à son nouveau compagnon de bringues berlinoises deux musiciens importants: les frères Tony et Hunt Sales. Ils assurent la rythmique basse-batterie sur l'album Lust For Life d'Iggy Pop en 1977, produit par Bowie, donc. Dix ans plus tard, en 1988, David Bowie les rappelle pour fonder le groupe Tin Machine. Il déclarera d'ailleurs dans ses mémoires que c'est leur participation à Lust For Life qui l'a amené à les rappeler. Avec la nouvelle formation, ils vendront plus de deux millions d'albums en deux efforts.

 

 

3.Mott The HooplePour le style

Que serait Mott The Hoople sans David Bowie? En d'autres termes, que serait Mott The Hoople sans leur plus grand hit, «All The Young Dudes», écrit par David Bowie en 1972? La réponse est dans la question. En plus d'offrir à la formation son hit de référence, il leur prête son guitariste et complice artistique, Mick Ronson, comme arrangeur et guitariste sur l'album All The Young Dudes, puis le temps d'une année 1974 épique pour le groupe. De son côté, Bowie, fan de la formation depuis un bail, parfait auprès d'eux son image glam et le goût de la transformation. Mais l'expérience tourne court après un différent concernant les arrangements du titre «Drive-In Saturday» cette même année 1972. De toute manière, Bowie a eu largement le temps de s'inspirer des élucubrations de la formation menée par Ian Hunter.


Même lorsque l'artiste épaulé n'atteint pas le sommet de charts, Bowie, sait en tirer quelque chose pour son propre catalogue. En juin 1971, Dana Gillespie passe devant le micro pour assurer les backing vocals du titre «It Ain't Easy» sur l'album Ziggy Stardust and The Spiders From Mars. Deux ans plus tard, Bowie et Mick Ronson décident, dans leur période ultra-prolifique, de produire un album pour la chanteuse de 24 ans, Weren't Born A Man. Si le succès est relatif, Bowie se rattrape bien puisqu'il avait écrit pour elle le titre «Andy Warhol», qu'il a finalement interprété en 1971 sur Hunky Dory. Donnant-donnant, on vous dit.


De ces collaborations, David Bowie n'a sûrement gardé que le meilleur. Bien loin finalement de l'image de génie perché dans sa bulle et prisonnier de ses personnages. Il pouvait non seulement se réinventer, mais aussi s'éparpiller dans d'autres projets, dans d'autres vie, celles d'artistes qu'il a épaulé, et chez qui il a su trouver différentes orientations artistiques en retour.

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