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«Blackstar» et Daech, l'ultime mystère de la carrière de David Bowie

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 11.01.2016 à 18 h 32

Un musicien a affirmé qu'il y avait bien une référence à l'organisation terroriste dans la chanson de Bowie. Au lendemain de la mort de l'artiste, difficile d'en savoir plus. Et c'est peut-être mieux ainsi.

Image extraite du clip de «Blackstar» de David Bowie.

Image extraite du clip de «Blackstar» de David Bowie.

Il fallait bien un mystère pour boucler la carrière, et la vie, de David Bowie: celui du sens exact de la chanson «Blackstar», dévoilée en novembre dernier et extraite de l'album éponyme, sortie deux jours avant la mort de son auteur. 

En novembre, le musicien de jazz Donny McCaslin, qui a participé au morceau, affirmait à Rolling Stone qu'il parlait de l'État islamique, tandis que le batteur Mark Guiliana et le producteur Tony Visconti affirmaient n'avoir aucune idée de son sujet. Un porte-parole de David Bowie a ensuite démenti les affirmations de McCaslin, manifestation, selon Libération, d'«une maison de disques au-delà du coup de panique».

Comme l'écrit le Guardian, pourtant, cette théorie semblait «plausible», mieux, «plaisante»: «Bowie a toujours été fasciné par les dictateurs messianiques et leur rapport au pouvoir tout autant qu'à la célébrité», écrit le quotidien –on se souvient de son intérêt pour l'époque nazie à l'époque Station to Station–, «ainsi que par l'idée que le monde fait face à un futur si terrifiant que le fait de simplement y penser, a-t-il un jour expliqué, vous fait mal au cerveau».

Les images renvoyées par les paroles ne font que renforcer cette théorie: «On the day of execution, on the day of execution/Only women kneel and smile, ah-ah, ah-ah» («Le jour de l'exécution, seules les femmes s'agenouillent et sourient, haha, haha»), peut-on par exemple lire. Ou encore les plans de crucifixion, à la fin du clip, qui font songer à celles que pratiquerait l'organisation terroriste au Proche-Orient.

«Il faut que ses chansons ne parlent de rien»

Le site Hit The Floor a sans doute ramassé en deux phrases la meilleure analyse que l'on puisse faire de cette énigme: «La chanson parle-t-elle de l'État islamique, comme un membre du groupe l'a suggéré? Probablement oui et non, dans des proportions égales: il y a indubitablement quelque chose de menaçant là-dedans, mais pointer précisément quoi relèverait de la pure conjecture.» Ou, comme l'a tout aussi intelligemment résumé le New Yorker: «On a dit que cette chanson était à propos de l'État islamique, puis Bowie l'a nié. Il a bien fait, car il faut que ses chansons ne parlent de rien, ce qui, en retour, leur permet de parler de tout.»

Les chansons pop sont des auberges espagnoles que chacun peut investir du sens qui lui chante, dont chacun peut garder ce qui l'arrange: comme permet de se rendre compte le décortiquage attentif réalisé sur le site Genius, «Blackstar» mélange des éléments empruntés au folklore viking, au bouddhisme, aux rituels satanistes, au christianisme ou encore à la Kabbale! 

Dans trente ans, les historiens qui s'intéresseront aux rapports entre la pop de 2015 et le monde de 2015 auront peut-être oublié le démenti de Bowie, et ne retiendront que la parenté existant entre ce single angoissant et un monde qui, entre des attaques au Liban, en France et au Mali la semaine de sa sortie, le semblait tout autant.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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