Culture

Moi, mon premier David Bowie, le vrai, c'est celui des années 1990

Eric Nahon, mis à jour le 11.01.2016 à 12 h 45

Largement décriée ou mal aimée, la période années 1990 du chanteur anglais a pourtant durablement marqué de nombreux esprits. À raison.

Ainsi donc David Bowie est mort, deux jours après avoir publié Blackstar déjà qualifié de chef-d’œuvre par les critiques rock. Ok. Si vous voulez. Mais mon David Bowie, lui, restera bien vivant. Je ne pourrais pas mieux résumer mon état d’esprit qu’en citant le chanteur Michel Cloup sur Facebook: «Je laisse la vraie tristesse à ses proches, j'ai largement de quoi soulager la mienne avec ses disques.»

 

Un grand artiste qui disparaît, c'est toujours triste, mais avec une telle carrière, ça l'est beaucoup moins. Je laisse...

Posté par Michel Cloup sur lundi 11 janvier 2016


Alors soulageons-nous un peu, mais ne comptez pas sur moi pour vous refaire le coup du best-of. La légende Bowie? Très peu pour moi, même s’il a tout fait le devenir de son vivant. D’abord il a travaillé très dur pour devenir  une «idole», puis une star, puis une légende. Mais moi mon Bowie, il est musicien. C’est celui que j’écoutais dans mon walkman quand j’avais 17 ans et que je sortais fumer des clopes en cachettes… Bowie, c’est le premier qui m’a explosé le cerveau et élargi mes champs des possibles… Comment peut-on chanter comme ça? Comment peut-on créer des mélodies aussi fortes, puissantes et limpides? Comment peut-on enchaîner des albums aussi différents les uns des autres et aussi bien que ça!


Mais tout n’a pas été parfait dans sa carrière. Tout n’est pas «Ziggy» et «Life On Mars»… La période «Let’s Dance» et «Glass Spider» contiennent leur lot de vieilles daubes.  («Ricochet», «Loving the Alien», etc.). Mais ses apparitions dans Labyrinth, ou le fait que ma grande sœur ait adoré Furyo, tout ça fait que Bowie était pour moi un personnage aussi évident que Casimir quand j’étais petit. Mais en plus bizarre. Et avec une guitare.

Ses périodes détestées par les uns ont été adulées par les autres, question sans doute de génération. Il remplissait des stades dans le monde entier quand les snobs boudaient sa musique. Et quand les mêmes snobs le disaient fini dans les années 1990, c’est à ce moment que je l’ai vraiment rencontré. Il surfait sur le grunge avec son groupe Tin Machine. J’adorais, même si je lisais dans le Nouvel Observateur que Bowie était fatigué, usé, largué et totalement à contre-courant (je pense que l’auteur de l’article n’avait pas vu ce live). J’aimais ses mélodies déglinguées, son look de rocker, les guitares cinglantes et le batteur fou furieux. On ne parle jamais assez de Tin Machine… même si certains clips ont vieilli.


Il est revenu ensuite avec un étrange album de mariage avec un top-modèle, Black Tie, White Noise. Ce disque aussi barré que possible commençait avec des cloches nuptiales mais le single que proposé «Jump They Say» était… très perturbant. Bowie y apparaissait en candidat au suicide, dans un clip d’un mauvais goût fascinant… J’avais 18 ans et le mariage, je ne voyais pas ça comme ça.


Après, il y a eu mon personnage préféré. Ce n’est ni Ziggy, ni Aladdin Sane («A lad insane»! got it???), ni le Bowie berlinois de Low et Heroes… C’est Nathan Adler! Qui ça? Un personnage inventé par Bowie à l’occasion de son disque 1.Oustide, paru en 1995. Ce Nathan était détective privé dans la division «Art Crime Inc.» et ce disque était la première partie de ses aventures. Bowie voulait sortir un disque par an jusqu’à l’an 2000. Ça ne s’est pas fait mais le disque baigne dans l’ambiance glauque de l’époque (x-Files , Seven, Fight Club, Memento et bug de l’an 2000). Mais clairement, MON Bowie, c’est lui. C’est à ce moment-là qu'il est pour moi sorti de la case «classic rock» à ranger à avec les Doors et les Stones et que je l’ai classé avec les créateurs actuels comme Björk, Massive Attack et autres (oui je classe mes disques de manière bizarre et alors?).


Blackstar, son dernier disque sorti le 8 janvier 2016, est en filiation directe avec 1.Outside, ce rejeton parfois mal-aimé d’il y a vingt ans. Même époque troublée, même vision pessimiste de notre société et Bowie répond avec des compositions audacieuses qui nous forcent à sortir de notre ronron. L’histoire a peut-être le hoquet mais Bowie restera éternel. 

Eric Nahon
Eric Nahon (33 articles)
Journaliste
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