Quand Hitler faisait croire qu'il allait envahir la Syrie, la Turquie et l'Irak

Des équipements russes tombés aux mains des Allemands | via Wikicommons CC License by

Des équipements russes tombés aux mains des Allemands | via Wikicommons CC License by

Pour ne pas inquiéter les Allemands lors de la préparation de l'invasion de l'Union soviétique, le régime nazi prétendait en 1941 se préparer à attaquer des cibles de moindre importance et lointaines.

C'est sur une anecdote méconnue et qui en dit long sur l'esprit retors des nazis que rapporte cette semaine le quotidien allemand Die Welt. Durant l'hiver 1940-1941, alors qu'il préparait sa fameuse offensive baptisée «opération Barbarossa» contre l'Union soviétique, le régime national-socialiste a volontairement répandu une fausse information parmi la population pour mettre fin à ses inquiétudes.

Les préparatifs devant être terminés avant le 15 mai 1941, comme Hitler le décida le 18 décembre 1940, une intense activité régna dès lors à travers le pays:

«En moins de cinq mois, trois millions de soldats devaient être équipés pour l'offensive et être positionnés à la frontière orientale du Reich, mais également en Pologne et en Slovaquie. Le matériel et l'équipement devaient être fabriqués dans des usines se trouvant dans tout le pays et transportés en grande pompe via des routes accessibles [à la population]. Des exercices ont été organisés, des réservistes incorporés et équipés. Des villes et des communes entières ont été transformées en garnisons.»

Éprouvée par plus d'une année de guerre, la population observa d'un œil inquiet ces nouveaux préparatifs qui annonçaient l'imminence d'un nouveau conflit, et avec lui des périodes de disette redoutées et un nombre terrifiant de morts et de blessés. Dans certaines bases militaires allemandes, ces vastes préparatifs répondaient au nom de code peu inspiré de «STI», initiales qui faisaient référence à l'Union soviétique («Sowjetunion» en allemand).

Évincer les Anglais du Proche-Orient

Afin de ne pas démoraliser les Allemands, «Goebbels & Co.», comme Die Welt surnomme la propagande du troisième Reich, ont fait circuler la rumeur selon laquelle ces trois initiales renverraient en fait à trois pays lointains qu'étaient alors pour la population allemande la Syrie, la Turquie et l'Irak, et ont minoré totalement les faits. Comme l'écrit l'écrivain et historien allemand Max Domarus, qui à partir de 1932 documenta minutieusement les déclarations d'Hitler en y ajoutant de nombreuses annotations et commentaires, cette fausse opération a été présentée alors comme «une action relativement inoffensive et qui ne ferait vraisemblablement pas couler de sang dans le but d'évincer les Anglais du Proche-Orient».

Un scénario qui paraissait alors plausible puisque les troupes britanniques, avec l'appui des Forces françaises libres et du Premier corps d'armée australien, conquirent Damas, jusqu'alors occupée par le régime de Vichy, l'été suivant, comme le rappelle le quotidien dans un autre article paru en 2013.

«Délire impérialiste»

Hitler avait également fait courir peu après le bruit selon lequel la Russie aurait déclaré vouloir «céder prochainement l'Ukraine à l'Allemagne», comme le relate Max Domarus, et qu'elle se verrait remettre les colonies britanniques en guise de dédommagement. Le quotidien conclut:

«Ce qui apparaît aujourd'hui comme des fadaises éloignées de la réalité témoigne en fait de l'influence du délire impérialiste qui avait contaminé de nombreux Européens avant et pendant la Première Guerre mondiale et qui même vingt ans après pouvait encore être vite enflammé. En particulier au sein d'une société qui ne disposait que des représentations embryonnaires de la situation et des ordres de grandeur au Proche-Orient et au Moyen-Orient.»

Déclenchée le 21 juin 1941, l'opération Barbarossa, durant laquelle les Allemands pensaient anéantir militairement l'Union soviétique en seulement quatre mois, s'est étirée jusqu'au début de l'année 1942. Cette gigantesque boucherie s'est soldée par une défaite de la Wehrmacht, ce qui n'a pas empêché la propagande nazie de poursuivre son tissu de mensonges, diffusant des photos où l'on voyait les soldats allemands poser à dos de chameaux, en train de faire reluire des champignons ou d'aller au sauna... comme le dévoilait l'hebdomadaire Der Spiegel en 2011 , diffusant ces images oubliées des décennies durant.

Correction: Une première version du papier était titré par erreur sur l'Iran et non l'Irak.

 

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