Le retour de la lutte des classes
Le capitalisme ne sait plus partager les profits au-delà de la classe dirigeante.
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Avec plus de deux millions de suffrages au «vote citoyen contre la réforme de la Poste», ce n'est peut-être pas tant leur attachement au service public postal que les français ont voulu exprimé mais davantage leur ras le bol face à l'arrogance du capitalisme.
C'est probablement aussi une première étape qui signe le réveil de la gauche. Le voilà le petit coup de pouce providentiel, les Français ont peur et craignent le pire en sombrant dans un monde trop libéral. Les derniers événements de la crise qui s'abattent sur l'économie réelle restent inquiétants, les mauvaises nouvelles s'enchaînent. Qu'entend-on ci et là dans les médias? La crise financière est finie, les banques sont sorties d'affaire, la croissance des pays émergents se redresse. Mais le marasme économique dans lequel les économies développées se sont embourbées, ne fait que commencer. Aux Etats-Unis, le taux de chômage fin septembre a touché près de 10% de la population active soit un niveau jamais atteint depuis 1983. Et tout le monde craint une reprise sans création d'emplois.
Alors il n'est pas étonnant de voir resurgir aujourd'hui en France un plus grand intérêt pour le service public beaucoup moins erratique et stochastique que la sphère privée surtout si on regarde l'extrême volatilité de la finance mondiale. D'autant que maintenant on aura compris que les opérateurs de marchés ont la main mise sur tous types de produits. Désormais, il n'y a pas plus spéculatif que le marché des matières premières avec le pétrole et les produits agricoles en première ligne.
Les français réclament de la stabilité, un peu plus de sécurité et se demandent nerveusement jusqu'à quand et jusqu'où va se poursuivre l'emballement du chômage. Quand pourront-ils bénéficier de meilleures conditions de travail? La série des suicides de France Telecom donne froid dans le dos et va rester longtemps gravée dans la conscience collective. En tout cas, l'heure des négociations salariales est loin d'être à l'ordre du jour. Une entreprise sur quatre a prévu jusqu'à 2010 le gel de ses salaires. Cette année 40% d'entre elles ont bloqué les rémunérations. Pour ceux qui n'ont pas ou plus de travail, il ne faut rien espérer sur le front de l'embauche avant la fin 2010, prévoit la majorité des économistes. Rien de bien réjouissant sur le front de l'emploi.
Alors quand la croissance est en berne, la lutte des classes reprend ses droits. Et c'est normal. Aujourd'hui, la dichotomie entre les dirigeants et les autres se fait plus prégnante. Et depuis que le citoyen lambda a pris conscience que ceux qui étaient à l'origine du désastre ont bénéficie en priorité du soutien des Etats, il est fort à craindre qu'il finisse par en prendre ombrage. Car ceux qui ont reçu les aides publiques (les banques notamment) sont sortis le plus rapidement de la crise. Aujourd'hui, les banquiers n'ont qu'une hâte, renouer avec les conditions de rémunérations mirifiques d'avant la crise, et tentent à tout prix de retrouver les profits d'antan.
En France, face au mépris de la classe dirigeante et l'insolence du capitalisme, il y a fort à parier que les relations se tendent des deux côtés de la chaîne. La gauche a beaucoup à gagner dans cette histoire, d'autant que si la droite reste insensible au mouvement citoyen et spontané tel que la réforme de la Poste a suscité, l'électorat populaire qu'elle avait gagné sera rapidement décimé.
Le capitalisme d'aujourd'hui «en reconstruction» ne doit pas oublier l'un des fondements de son modèle exprimé par Henri Ford en 1923 alors qu'il était le plus gros industriel du monde, «je paie mes salariés pour qu'ils achètent mes voitures». Sans cette distribution ou répartition de la création de la valeur, il n'y aura pas de croissance saine et équilibrée à espérer. Par contre, on pourrait craindre le pire, si personne ne se réveille du côté de la classe dirigeante et ouvre enfin les yeux.
Oriane Claire
Image de Une: l'usine Goodyear d'Amiens Pascal Rossignol / Reuters
Mis à jour le 06/10/2009 à 18h52













































Ce n'est pas tant lutte des classes que cette crise réveille que la prise de conscience de l'incapacité des politiques à influer sur l'économie; l'Etat fait n'importe quoi avec l'argent du contribuable, les acteurs économiques se plaignent du cout de l'Etat et de son poids partout. Il n'y a plus de joueur. L'argent est parti et il n'y a plus de lutte des classes car la classe qui controle les capitaux a déjà quitter le navire et investit ailleurs. L'Etat étant tout en France, c'est à lui qu'il faut s'adresser mainenant pour financer les PME, la Poste, etc... sinon il ne se passe plus rien. Les francais ont ce qu'il veulent et la gauche ne ferait probablement pas mieux ni moins bien. Les francais peuvent se taper dessus et mettre la responsabilité sur le voisin ca ne donnera pas plus de travail.
Lutte des classes ou pas, ce qu'il y a de sûr c'est que le partage des profits, non seulement n'est pas équitable, mais si on n'y remédie pas c'est la société tout entière qui va exploser.
Le succès de cette "votation citoyenne" qui met à mal le pouvoir politique pourrait bien en être les prémices.
Une minorité a tellement d'argent qu'elle ne peut rien en faire d'autre que d'en nourrir la spéculation : facteur de crise, s'il en est.
Une majorité n'a pas assez d'argent pour se procurer les biens de consommation dont elle a besoin et dont l'acquisition ferait tourner la machine économique : autre facteur de crise.
Il ne faut pas être grand clerc pour se rendre compte que cette situation, si elle perdure, sera explosive.
Chère Marianne,
J'abonde pleinement dans votre sens et notre rôle est d'éviter cette explosion, non en maintenant les choses en l'état ou en les maquillant pour les rendre plus acceptables ou moins visibles mais en réformant réellement en profondeur par exemple dites-moi quel travail aussi indispensable et aussi prenant soit-il peut justifier de gagner plus de 25 fois le salaire minimum? Comment peut-on justifier qu'un travail rapporte tous les mois l'équivalent de 2 ans de salaire pour un emploi à temps plein du bas de l'échelle?
La vraie question, c’est que peut faire à notre niveau ?
Le système économique est devenu mondial. Les fonds traversent le monde et ont surtout tendance à nous survoler, très loin au-dessus de nos têtes.
Dans ce contexte, même les gouvernements nationaux n’ont pas assez de poids pour faire plier cette finance.
Toutes lois en France qui limiteraient les dérives, feraient fuir les capitaux vers l’étranger.
(Et je ne parle pas du « grand soir », qui ne ferait qu’accélérer le processus)
Je pense donc que la situation ne peu être local, mais international : Un gouvernement mondial (ou institution équivalente) aurait plus de pouvoir et de légitimité pour réguler les marchés. Mais vue le résultat du G20, cela ne semble pas pour demain.
L'économie est donc bien à échelle planétaire et dans cette échelle au tout spéculatif. La Chine qui se méfie désormais de la stabilité financière américaine reporte ses avoirs en bon du trésor américain sur l'achat massif de cuivre au point où l'on commence à parler d'or rouge. Et dans la lente désertion de l'occident en Afrique, cette même Chine à toute lattitude d'investir massivement pour s'arroger la part du gateau des matières premières qui s'y trouve. La Somalie et sa charria qui effrai à raison tant l'occident rêve de devenir le grenier de l'Afrique, et pour cela elle a besoin de capitaux qui lui permettront de contrôler sa partie du Nil et à ce jeu, cette même Chine est d'autant prêt à lui fournir le financement que de son côté l'octroie du Tibet lui permet à terme de contrôler l'irrigation de l'Inde et du Bengladesh. Du point de vue de la Russie, qui a besoin de l'Europe, se sent laisé par la perte de l'Ukraine et de la Crimée et voit d'un très mauvais oeil l'influence européenne qui a bien du mal à s'entendre à 27 sur comment gérer le chantage russe en matière d'énergie. De fait la même russie utilise la Bulgarie, la Grèce et Chypre pour influer sur cette Europe empécheuse, mais pas tout à fait, de tourner en rond. Quand à l'Inde, son exponentiel explosion démographique lui fait considérer l'eau comme un enjeux majeur de son avenir, avenir interdépendant du projet chinois au Tibet... Tout cela n'est pas le fait des entreprises, mais des états. Il est donc parfaitement faux de prétendre que les états n'ont plus de pouvoir. C'est une vue de l'esprit, instauré par la vision à courte vue d'un libéralisme issue des années 80, une propagande éhonté qui voudrait faire avaler que les états doivent se désangager au profit du privé. Là où en réalité les états se désengagent essentielement vis à vis de leur citoyen. Et à terme de leur expliquer, bras ballants, que ah désolé c'est plus moi qui décide c'est Mital, RTE ou je ne sais quel groupe.
Parallèlement à ça le spéculatif tend à démontrer que l'on peut de plus en plus faire de l'argent et du gros sans rien produire et même pas tout à fait en s'appuyant sur des avoirs acquis puisque rappelons le les subprimes sont à la base des dettes sur lequel on a spéculé. Et de fait, la logique comptable de l'actionnariat fonctionne sur l'idée idiote que le profit peut augmenter d'année en année en produisant de la même manière, voir plus, avec de moins en moins de monde, et donc même sans rien produire du tout. Or les actionnaires, au dernière nouvelle ne sont pas des êtres venus d'ailleurs, situé sur une autre planète et débarassé des contingences de la notre. Quand ils ne sont pas les dirigeant eux même, ils sont une collectivité d'individus qui savent parfaitement se faire entendre dans une assemblée générale quand il s'agit de réclamer des comptes à un patron un peu fantaisiste à leur goût. Jean Marie Messier en sait quelque chose, et il n'est pas le seul. Mais encore une fois la pensée unique qui prévaut et de visualiser tout ça comme une nébuleuse incertaine. Jusqu'à peu même les fameux fonds de pension étaient pour l'essentiel de braves retraités américains dont les avoirs étaient géré par des cabinets de placement et qui ignoraient totalement qu'ici même on les accusait de tous les maux de la terre, ignorant qu'eux même n'étaient pas forcément d'accord avec la direction que prenaient les entreprise qu'ils finançaient et obligeaient les uns comme les autres à cesser d'exploiter la forêt primaire de Bornéo ou de transformer l'Alaska en gruyère à puits de pétrole. Et ceci à la faveur des combats de quelques écologistes, choisissant les outils de la communication actuelle - revendication virale, happening, etc- pour faire reconnaitre leurs idées.
Bref, l'un dans l'autre prétendre que tout est foutu, l'économie est mondiale et les licenciements ici sont le fruit de décision prise à l'autre bout de la terre (ce qui est aussi vrai) est une vue de l'esprit. Une vue de l'esprit soigneusement orchestré par voie de médias et d'agumentation politique ou économique pour justifier ou plus exactement dévaloriser par avance toute action citoyenne. C'est grâce à cela qu'on a retiré leur pouvoir aux syndicats en France, et aujourd'hui que la moindre grève est discuté au fait d'un genre de droit à ne pas protester vainement et laisser les gens travailler. Mais encore faudrait-il qu'ils travaillent justement. C'est par cette arme que notre gouvernement peut se dédouaner quand Mital par exemple refuse de moderniser une entreprise et préfère la basarder parce que hein à la maison pour trois roupies on peut faire bosser des gosses 18h par jour. Et tant que les citoyens auront cette seule certitude à l'esprit, en effet les choses ne changeront pas.
En 1789 et en 1776, les mêmes citoyens auraient exactement put tenir le même discours, d'autant plus qu'à cette époque là le pouvoir d'un côté était total, soutenu non seulement par une idéologie générique mais par la force et de l'épée et du goupillon. Pour autant la France a renversé sa monarchie et l'Amérique acquis son indépendance. Bref que dans un comportement défaitiste et non réflexif, en effet nous n'avons qu'à compter les points en attendant la ruine ou la tombe, voir les deux. Or le mouvement écologiste, avec ses excès également, montre aussi qu'une prise de conscience générique, du plus petit au plus grand est possible. Aujourd'hui tout le monde ici pense à trier ses déchets, et s'il n'y pense pas on le culpabilise. Peu importe que cela soit bien ou mal, ce n'est pas mon propos, mon propos c'est de signifier que cette prise de conscience n'existait pas il y a 20 ans. Il serait peut-être bien indiqué de s'inspirer de cette réalité pour commencer par réformer cette spirale infernale présenté un peu trop comme inéluctable.
"L'impérialisme, stade suprême du capitalisme", écrivait Lénine en 1917, cela ne s'est pas démenti depuis.
Ce que ne souligne pas l'article, c'est la complaisance, la soumission des hommes politiques devant les forces de l'argent. Notre président actuel en est le meilleur exemple, jamais en peine et prêt à tous les renoncements pour satisfaire les possédants. et au premier chef ses copains héritiers Prêt même à prétendre qu'il va réformer le capitalisme alors qu'il se trouve dans sa main. L'offre politique consiste donc simplement à canaliser les foules sur des repoussoirs ou des dérivatifs (la grandeur du pays, l'immigration, l'insécurité, la haine du fonctionnaire). Pendant ce temps, le prix du gaz augmente, les abonnements téléphoniques restent à des niveaux élevés, les prix des producteurs baissent mais la ponction continue, les rentes sont garanties. A quoi sert Sarkozy si ce n'est à éviter que les foules s'embrasent ?
Le feu qui embrase le château couve longtemps dans ses cuisines.
Le moteur de la lutte des classes n'est pas la présentation
des cahiers de doléances mais le couvercle soudé
sur la tête des exploités par les profiteurs.
Ecartellement.