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Le retour de la lutte des classes

Oriane Claire, mis à jour le 06.10.2009 à 18 h 52

Le capitalisme ne sait plus partager les profits au-delà de la classe dirigeante.

Avec plus de deux millions de suffrages au «vote citoyen contre la réforme de la Poste», ce n'est peut-être pas tant leur attachement au service public postal que les français ont voulu exprimé mais davantage leur ras le bol face à l'arrogance du capitalisme.

C'est probablement aussi une première étape qui signe le réveil de la gauche. Le voilà le petit coup de pouce providentiel, les Français ont peur et craignent le pire en sombrant dans un monde trop libéral. Les derniers événements de la crise qui s'abattent sur l'économie réelle restent inquiétants, les mauvaises nouvelles s'enchaînent. Qu'entend-on ci et là dans les médias? La crise financière est finie, les banques sont sorties d'affaire, la croissance des pays émergents se redresse. Mais le marasme économique dans lequel les économies développées se sont embourbées, ne fait que commencer. Aux Etats-Unis, le taux de chômage fin septembre a touché  près de 10% de la population active soit un niveau jamais atteint depuis 1983. Et tout le monde craint une reprise sans création d'emplois.

Alors il n'est pas étonnant de voir resurgir aujourd'hui en France un plus grand intérêt pour le service public beaucoup moins erratique et stochastique que la sphère privée surtout si on regarde l'extrême volatilité de la finance mondiale. D'autant que maintenant on aura compris que les opérateurs de marchés ont la main mise sur tous types de produits. Désormais, il n'y a pas plus spéculatif que le marché des matières premières avec le pétrole et les produits agricoles en première ligne.

Les français réclament de la stabilité, un peu plus de sécurité et se demandent nerveusement jusqu'à quand et jusqu'où va se poursuivre l'emballement du chômage. Quand pourront-ils bénéficier de meilleures conditions de travail? La série des suicides de France Telecom donne froid dans le dos et va rester longtemps gravée dans la conscience collective. En tout cas, l'heure des négociations salariales est loin d'être à l'ordre du jour. Une entreprise sur quatre a prévu jusqu'à 2010 le gel de ses  salaires.  Cette année 40% d'entre elles ont bloqué les rémunérations.  Pour ceux qui n'ont pas ou plus de travail, il ne faut rien espérer sur le front de l'embauche avant la fin 2010, prévoit la majorité des économistes. Rien de bien réjouissant sur le front de l'emploi.

Alors quand la croissance est en berne,  la lutte des classes reprend ses droits. Et c'est normal. Aujourd'hui, la dichotomie entre les dirigeants et les autres se fait plus prégnante. Et  depuis que le citoyen lambda a pris conscience que ceux qui étaient à l'origine du désastre ont bénéficie en priorité du soutien des Etats, il est fort à craindre qu'il finisse par en prendre ombrage. Car ceux qui ont reçu les aides publiques (les banques notamment) sont sortis le plus rapidement de la crise. Aujourd'hui, les banquiers n'ont qu'une hâte, renouer avec les conditions de rémunérations mirifiques d'avant la crise, et tentent à tout prix de retrouver les profits d'antan.

En France, face au mépris de la classe dirigeante et l'insolence du capitalisme, il y a fort à parier que les relations se tendent des deux côtés de la chaîne. La gauche a beaucoup à gagner dans cette histoire, d'autant que si la droite reste insensible au mouvement citoyen et spontané tel que la réforme de la Poste a suscité, l'électorat populaire qu'elle avait gagné sera rapidement décimé.

Le capitalisme d'aujourd'hui «en reconstruction» ne doit pas oublier l'un des fondements de son modèle exprimé par Henri Ford en 1923 alors qu'il était le plus gros industriel du monde, «je paie mes salariés pour qu'ils achètent mes voitures». Sans cette distribution ou répartition de la création de la valeur, il n'y aura pas de croissance saine et équilibrée à espérer. Par contre, on pourrait craindre le pire, si personne ne se réveille du côté de la classe dirigeante et ouvre enfin les yeux.

Oriane Claire

Image de Une: l'usine Goodyear d'Amiens Pascal Rossignol / Reuters

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