Science & santé

«Tout est calme, beaucoup trop calme avec mon mari»

Lucile Bellan, mis à jour le 12.01.2016 à 10 h 49

Cette semaine, Lucile conseille Jeanne, une ancienne fêtarde qui s'ennuie dans son couple et vit une aventure passionnée avec un de ses ex.

«Le Silence» d'Odilon Redon | via Wiki Commons CC License by

«Le Silence» d'Odilon Redon | via Wiki Commons CC License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse:[email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

J'étais de celles qu'on appelle fêtardes et indépendantes. Après plusieurs aventures plus ou moins sérieuses (il fallait bien que jeunesse se fasse), je suis tombée folle amoureuse d'Yvon à 20 ans. Yvon, seize ans de plus que moi, m'a tout appris. C'est le grand amour de ma vie. Il était capable de me kidnapper tout un été et de disparaître pendant six mois sans donner de nouvelles. Une situation insupportable selon mes proches, mais moi, cela m’était égal. Je l’aimais et ma jeunesse m'empêchait de me poser mille et une questions.

Un jour, il n'a plus jamais donné signe de vie, me laissant là dans la peine et le chagrin. Il se serait établi à Londres, marié, avec des enfants. J’ai fini par oublier. À 25 ans, je suis tombée sur celui qui allait devenir mon mari et père de mes adorables enfants. Il est beau et a le profil du gendre idéal: il m’a plu et accessoirement a fait l’unanimité auprès des miens. Naturellement, on s’est marié deux ans après notre rencontre.

Tout est calme, beaucoup trop calme avec lui. Je n’avais pas à me poser de questions. Il était là, c’est tout. Que demande le peuple, me diriez-vous? Juste un peu plus de fun. Mais ce n’est pas le genre. Tout devrait être planifié, des vacances en famille aux week-ends en amoureux en passant par les restos en amoureux qui deviennent trop rares (il faut planifier les nounous, ce ne sont pourtant pas les moyens qui manquent). J’étouffe dans mon rythme bien trop rangé. À force de tout planifier, on s’y est pris tard pour les vacances de la Toussaint. Ayant posé trois semaines de congés, je ne me voyais pas squatter la maison pendant tout ce temps… et puis quand je me suis vu proposer un séminaire de quinze jours à Londres, j’ai sauté sur l’occasion.

Et Yvon qui n’arrête pas de me faire vibrer par des messages doux via SMS et WhatsApp...

Pour le logement, aucun problème, car ma sœur y habite, on en profite donc pour passer du temps ensemble. Mon premier jour à Londres, ma sœur reçoit un coup de fil de… devinez qui… Oui, Yvon is back. Il a vu sur le Facebook de son frère, avec lequel j’ai gardé contact, que j’étais à Londres. On se donne rendez-vous sans arrière-pensées pour ma part puisque seize ans ont passé et qu'on est bien installé chacun dans sa vie de famille. Sauf que les retrouvailles ne se sont pas passées comme je l’avais prévu. Nous sommes littéralement tombés dans les bras l’un de l’autre. On est resté scotchés pendant toute la durée de mon séjour britannique. Et le retour à Paris a juste été horrible avec ses sentiments de trahison, culpabilité, anxiété et d’excitation. Et Yvon qui n’arrête pas de me faire vibrer par des messages doux via SMS et WhatsApp...

À la maison, la routine est de plus en plus difficile à supporter. J’ai essayé de bloquer le flot des messages mais ça ne peut pas durer plus d’un jour, je suis vite en total manque de lui. Surtout que mon homme ne fait pas d’effort pour faire revenir la flamme. Yvon vit à Londres et vient tous les quinze jours à Paris pour le boulot. Deux fois de suite on s’est vu et ça a été le kiff total. Il semble être dans la même situation de lassitude que moi puisque, lorsqu’on était ensemble, nos conjoints respectifs ne nous ont même pas contactés (bizarre pour des couples mariés, me diriez-vous). Mon mari m’a téléphoné le matin pour me rendre compte sur la situation des enfants mais jamais la femme d’Yvon. Je suis paumée, d’autant plus que je n’ai jamais trompé mon mari mais là je perds la tête complètement. On se dit cent fois «je t’aime» dans la journée. Comment faire?

Jeanne

Chère Jeanne,

Il me semble assez clair, dans ce message, que votre priorité n’est pas de sauver votre mariage. En effet, et même si l’on exclut votre histoire avec Yvon, vous vous ennuyez et ne cherchez pas à trouver des solutions pour mettre le piquant qui manque tellement à votre vie. Si l’absence de questions et le calme vous ont été salutaires à un moment, il est clair que ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Concernant Yvon, plusieurs questions restent en suspens: pourquoi ne pas explicitement lui demander où il en est dans son propre couple (peut-être que le silence de sa femme pendant vos rencontres est tout simplement un arrangement entre eux deux)? N’avez-vous pas peur de tout quitter pour que finalement Yvon disparaisse de la même manière qu’il l’a fait il y a quelques années? Le croyez-vous vraiment capable des mêmes sacrifices pour vous?

L'amour sera-t-il aussi facile et évident quand le quotidien, inéluctable, reviendra dans l’équation?

En fait, dans votre texte, cette aventure apparaît comme une bulle, une parenthèse, une échappatoire du quotidien. Comme pendant votre jeunesse, vous ne semblez pas fantasmer un avenir commun, ou même un avenir tout court. Et pourtant, votre position de mère et d’épouse vous intimerait de le faire. J’ai du mal à imaginer que cette situation, cette impression de totale liberté qui vous grise, soit viable sur le moyen terme. En effet, focalisée sur le plaisir et l’excitation, vous risquez de vite devenir un fantôme dans votre propre foyer. De même que, si vous brisez vos chaînes pour vivre pleinement l’instant présent, ces moments n’auront plus la même saveur de folie et d’interdit.

L’amour, dans les conditions que vous expérimentez actuellement, est à la fois explosif et doux. Sera-t-il aussi facile et évident quand le quotidien, inéluctable, reviendra dans l’équation? Je crois que vous connaissez la réponse.

Ne prenez pas de risques inconsidérés et ne mélangez pas tout. Rien ne vous empêche de vivre pleinement cette histoire mais appréciez là à sa juste valeur, pour l’instant, de respiration. Et en parallèle, profitez-en pour vous demander s'il est vraiment nécessaire de faire durer ce mariage qui vous étouffe. Bref, avant les hommes, pensez à vous, prenez les décisions que vous jugerez nécessaires pour votre bien-être. De cette manière, il est impossible de vous tromper. 

Lucile Bellan
Lucile Bellan (173 articles)
Journaliste
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