La Poste est déjà dans un univers concurrentiel
Le débat autour de l'avenir de La Poste continue.
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Eric Le Boucher répond à vos nombreux commentaires sur son article autour de l'avenir de La Poste.
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Merci à tous les internautes que mon article a réjouis. Très sympa de faire des commentaires sur Slate. Je suis toujours touché des compliments, on ne se refait pas.
Je voudrais répondre aux autres qui, je crois, avancent deux arguments principaux: 1) le changement de statut est la première étape, il porte en lui-même une privatisation de La Poste (Winman, Interesting Times...); 2) le «privé» ne fait pas mieux que le «public», le libéralisme a montré au contraire qu'il déshumanisait les secteurs qu'il gagnait (Realworld, Esteve, Marfel...).
Point 1): je suis d'accord avec vous! Dans mon article j'essaie de décrire ce qu'est devenue La Poste qui est loin, très loin de ce qu'imaginent les gens qui ont voté «non» à la votation. La Poste est déjà une entreprise plongée dans le cruel monde concurrentiel. La Poste n'est plus du tout la somme de ses bureaux de poste, c'est une tout autre institution, je vais y revenir. Mais je n'ai pas abordé dans mon papier le mic-mac du gouvernement dans cette histoire qui est, en effet, une duperie.
Il y a deux ans le changement de statut en Société Anonyme devait s'accompagner d'une mise en bourse minoritaire et d'une distribution d'actions au personnel. Objectif: obtenir les 3 milliards nécessaires pour investir que l'Etat impécunieux n'a plus en caisse. Rendre les salariés actionnaires était un petit coup de social-libéralisme au passage, ou si l'on veut être méchant, une façon de les «acheter» pour leur faire avaler la pilule de la privatisation. Puis la crise financière est arrivée et avec elle, les milliards distribués aux banques. Il est apparu difficile de plaider que l'Etat n'avait plus les moyens. En outre, la contestation commençait à monter, avec la crainte des élus de voir supprimer les bureaux de poste de leur circonscription.
Conséquence, le projet s'est transformé: on change le statut mais c'est l'Etat et la Caisse des dépôts qui vont apporter l'argent. Mais alors à quoi sert de changer le statut en Société anonyme? A quoi, sinon à préparer l'étape d'après? La suspicion est légitime parce qu'elle découle de la contradiction du projet de loi, le gouvernement a reculé sur la privatisation boursière pas sur le statut qui allait avec.
Je profite de cette réponse aux internautes pour dire qu'après cette votation, je crains le pire: on risque maintenant de voir le gouvernement reculer à nouveau qui, pour ne pas perdre la face sur le statut, va céder sur la modernisation, va promettre de garder les bureaux de postes etc. Bref, on aura figé La Poste.
J'en viens au point 2), la question du libéralisme. A mon avis, poser l'avenir de la Poste en termes idéologiques (le privé est meilleur que le public ou le contraire) est faire fausse route. D'abord parce que c'est trop tard, les directives sont passées et La Poste est déjà dans l'univers concurrentiel. Veut-on alors refuser la directive européenne? Je crois que cette politique ne mènerait qu'à se faire condamner à obéir par les instances communautaires. Doit-on aller plus loin et quitter l'Europe pour La Poste? Certains ont voté «non» dans ce but, bien entendu. Je ne crois pas que cela vaille le coup.
Surtout, de quel «service public» parle-t-on? D'un mythe. C'est tout l'objet de mon article que d'inviter le lecteur à regarder la réalité de La Poste en face. Il «découvrira» que le courrier personnel est en voie de disparition. Nous écrivons de moins en moins. Pour survivre la Poste doit investir dans son avenir: le courrier d'entreprises et l'internationalisation. A l'heure d'Internet, qui imagine encore que La Poste peut vivre sur ce secteur en déclin des lettres des Français, des mandats et même de la banque postale avec 11 000 bureaux? Un service public postal doit subsister, sous une forme efficace et peu coûteuse (les points de contacts sont une solution). Mais c'est une petite partie de La Poste.
Si on veut que ce service public subsiste, il y a deux solutions. Soit on le sépare de La Poste et on crée une entreprise publique à part à un coût payé par le contribuable (plusieurs milliards). C'est sans doute ce à quoi rêvent beaucoup des 2 millions de Français qui ont voté «non». Mais combien de temps accepteront-ils de payer pour des usagers de moins en moins nombreux, pour, en campagne, des bureaux de postes vides? Soit on le laisse intégré au sein de La Poste mais, alors, on ne la ralentit pas dans sa modernisation. Sinon on perdra sur les deux tableaux et on aura ni l'opérateur moderne, ni les moyens de financer ce qui doit rester du service public.
Eric Le Boucher
Image de Une: Une urne de la votation sur la privatisation de La Poste, REUTERS/Eric Gaillard
Mis à jour le 05/10/2009 à 19h17










































Ces 2 milliards promis ressemblent fort à ce qui se faisait dans la sidérurgie dans les années 70, on amène à la mort doucement sans que cela fasse trop mal, oui mais ca n'a pas sauvé la sidérugie.... Le 2 milliards seraient problement plus rentable ailleurs, ce n'est pas stratégique, ca ne créera pas de nouvelle filière et donc d'emploi. C'est le scandaleux gaspillage habituel quand la Poste avait de l'argent elle n'a pas fait sa modernisation, elle n'a pas anticipé l'impact d'internet. Elle doit disparaitre au profit d'autre chose. Quand à nos campagnes désertifiées l'Etat doit réfléchir à la mise en place de quelque chose de nouveau.
Difficile de ne pas être d'accord avec vous, mais si les bureaux de poste perdent de l'argent sur l'activité courrier n'en rapportent ils pas en hébergeant les activités de La Banque Postale ?
Par pure curiosité rendez vous dans une poste en milieu rural et passez y quelques minutes, vous verrez un défilé de gens,dont je fais partie, souvent modestes, mais qui se rendent tout simplement à la dernière banque qui veuille bien d'eux comme clients.
L'état doit trouver une solution... l'état doit toujours trouvé une solution quand l'amateur de raccourcit n'en a pas, d'ailleurs il n'en a jamais c'est pourquoi il a faveur de cracher dans la soupe. Vous ne répondez pas à la question monsieur Boucher quand à la large probabilité qu'en lieu et place de ce service public on aura une compagnie privée qui au fait de la rentabilité expliquera qu'elle ne veut plus assurer mandat et recommandé dans le fond des campagnes, ou, sans aller si loin, dans des quartiers à risques, voir simplement des quartiers sans risque mais si bien équipé qu'il se passe pour l'essentiel de poste, excepté pour le 2% d'habitand du même quartier qui devront se déporter sur des kilomètres pour avoir accès à un guichet, voir à un être humain (soyons fou !) derrière ce même guichet. Vous ne répondez pas non plus à la question quand à la fragilité du service privée, dépendant d'une holding elle même non seulement contraint à la bourse mais aux rachats. Que direz vous (enfin vous, c'est une image puisque vous, vous nous parlerez des contraintes inhérante à l'inéluctable évolution du marché) à la petite vieille venu chercher son mandat et à qui on répondra : "ah désolé nous avons été victime d'une OPA hostile, votre courrier est bloqué en attendant la restructuration prochaine". Il se trouve que l'Europe a imposé l'ouverture à la conccurence pas le changement de statut, ni la pleine et complète privatisation, mais dans un esprit zélé de collaboration, tradition hélas bien française, nous en proposons toujours plus, et ici nous allons donc droit vers une splendide catastrophe façon British Railway, sans sans doute les morts et les blessés qui allèrent avec mais avec un peu plus de laissé pour compte, au titre de l'axiome "greed is good".
Merci d’avoir pris la peine de nous lire et de nous répondre.
J’entends bien vos arguments. Il est évident que tous les acteurs économiques doivent s’adapter à un monde en mutation accelérée. Ce qui me choque dans votre raisonnement, c’est qu’il vous paraît naturel de découpler les activités rentables et donc privatisables, des activités de service public non rentables. Donc, deux structures, une qui vit de l’argent du contribuable et l’autre qui rapporte de l’argent aux actionnaires.
Au nom de quel impératif, si ce n’est idéologique ? Pourquoi les profits d’une banque postale modernisée ou des services de livraison des colis ne serviraient ils pas à conserver un service de proximité pour la poste ? Le discours sur la poste ne survient pas brutalement. Il vient après tant de mensonges (ne pas privatiser France télécom, ne pas privatiser GDF…). L’argument d’univers concurrentiel n’existait pas pour les sociétés d’autoroutes. Elles ont pourtant été vendues en vertu de ce principe idéologique de privatisations des profits, et et de nationalisation des pertes.
Je ne vous crois plus, Mr Le Boucher, comme je ne crois plus tous les oracles qui nous expliquent que le libéralisme reste l’horizon indépassable de l’humanité, malgré la crise économique, malgré la crise écologique, malgré la crise sociale. Vous devez penser que je suis un idéaliste. Mais tant de grandes mutations ont paru des idéaux irréalisables avant que de survenir.
Je sais qu’il est impossible de changer brutalement de système économique. Celui que nous avons est trop adapté aux travers des humains, à notre égoïsme fondamental, à notre recherche de pouvoir ou de distinction. Ce système a pourtant des qualités. Il sait créer de la richesse, même si il ne sait pas bien la redistribuer. Mais il repose sur une prémice qui est fausse : l’interêt général n’est pas la somme des intérêts particuliers. Il reste possible, à l’intérieur d’une économie de marché, de trouver des voies pour limiter ses dérives inéluctables. Les entreprises privées n’ont qu’un seul but, défendre leur intérêt propre, c’est à dire celui de leurs actionnaires. Qui défend l’intérêt général si ce n’est l’Etat, ou des entreprises dont le but n’est pas l’enrichissement de ses propriétaires ? L’existence d’une concurrence exercée par des structures puissantes, publiques, ou privées (à but non lucratif, de type économie sociale et solidaire) est nécessaire pour cela.
Vous comprendrez que, malgré vos arguments, si un référendum était organisé, je me déplacerais, comme des millions de français pour refuser la privatisation de la poste.
J'aimais la poste avec son facteur qui montait en montagne, dans les coins reculés, à vélo, en ski de fond, après en 2CV, qui buvait un coup bien mérité (pas de ballon à l'époque), ça c'était du "service public" et son seul "concurrent" c'était le curé.
Aujourd'hui je fais 95% de mes communications écrites par email ...et quand en plein centre de Paris je reçois une lettre recommandée AR, le facteur ne la monte pas car je suis au 3e étage et que c'est "mal indiqué", ce qui me donne l'occasion d'aller dans mon bureau de poste convivial échanger avec le guichetier...Vive la "votation" avec pourquoi pas 2,1 millions de votant qui disent tous la meme chose!? une grosse pétition bien orchestrée qui va nous ramener les ski de fond, peut etre meme les chevaux (Percherons exclusivemnent) très... durables.
La poste est-elle encore un service public quand elle distribue de la pub, livre des colis d'entreprises de distribution, vous propose une assurance vie ou vous vend des placements financiers comme une vulgaire banque du CAC 40.
Est-elle à notre service quand elle se développe à l'étranger pour contrer d'autres services publics postaux de pays européens ?
Sommes nous prêts à conserver ce service public en payant un peu plus cher le timbre, les frais pour un mandat postal ou le coût d'un télégramme, produits que nous n'achetons plus ?
Si le facteur doit être une assistante sociale, pourquoi ne pas se retourner vers les Conseils généraux et les communes ?
Le boucher, l'épicier, le boulanger qui livraient leurs produits dans des camiionettes, étaient-ils des services publics, puisqu'ils distribuaient de la nourriture jusque dans les hameaux les plus reculés et créaient du lien social et servaient de gazette locale en diffusant de l'information plus ou moins fiable ?
Et si nous parlions de services publics comme ceux de l'eau, des ordures ménagères, de l'énergie dont les prix et / ou les taxes ne sont pas identiques pour tous les Français ?
Le boucher, l'épicier, le boulanger qui livraient leurs produits dans des camionnettes, étaient-ils des services publics, puisqu'ils distribuaient de la nourriture jusque dans les hameaux les plus reculés et créaient du lien social et servaient de gazette locale en diffusant de l'information plus ou moins fiable ?
Ce sont des commerçants... Diriez vous que les hyper marchés sont des services publics ? Non ! Ce ne sont que des prestataires de service facturant au prix fort, leurs services complémentaires !
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"Et si nous parlions de services publics comme ceux de l'eau, des ordures ménagères, de l'énergie dont les prix et / ou les taxes ne sont pas identiques pour tous les Français ?"
A ceci prêt, c'est que ces services publics sont assurés par des entreprises de droit privée... Ils répondent à une notion de rentabilité, avec des prix libres contrairement aux services publics assurés par l'état, les collectivités territoriales ou autres qui ont des prix fixes quelque soit le service rendu.
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Pourquoi toujours confondre service public et entreprise publique? Pourquoi un service public devrait-il être assuré par une entreprise publique? Il n'est pas sûr que ce service soit mieux ou plus mal rendu; j'ai surtout la très forte impression qu'il est rendu de la même façon! L'idée qui me semble la plus raisonnable est de compenser les obligations et les contraintes de service public par ceux qui les remplissent et de privilégier ceux qui le font à moindre coût, qu'ils soient privés ou publics ne change pas grand chose au résultat (voir ce qui se passe pour les télécommunications ou les autoroutes par exemple). Cette distinction me semble avoir un champ d'application qui dépasse de très loin La Poste. Il serait grand temps d'avoir une réflexion approfondie sur le contour des différents services publics en France!
Dans votre texte, vous ne parlez que du courrier pour La Poste. or la poste c'est désormais bien plus que le courrier.
Il est nécessaire de distinguer différentes catégories de populations :
urbaine aisée, urbaine non aisée et rurale
Pour le premier type de population, la poste c'est du courrier et des colis aucun service qui ne puisse etre rendu par n'importe quel DHL, au deutsche post.
Pour le second type, la poste c'est aussi une banque, l'une des rares qui acceptent les personnes en difficulté (malgré la loi) c'est aussi le lieu ou les immigrés envoient de l'argent à leur famille de manière sécurisée.
Pour les personnes vivant à la campagne, la poste c'est aussi un lieu de vente de service et de temps en temps le dernier "commerce" ouvert.
Je ne suis pas nécessairement pour le maintien de la poste en société publique mais dans ce cas qui rendra ces services et comment va-t-on nous garantir qu'ils seront toujours rendus ?
Les débats parlent de La Poste mais pas de tous ces services rendus et c'est dommage car c'est à ca que nous tenons !
La poste qu'elle soit publique ou pas, doit se reconvertir vers d'autres domaines que le courrier et c'est certainement déjà en cours.
Pour finir, une crainte est de savoir que la poste va s'ouvrir à l'international et donc investir à l'étranger, ce que nous craignons c'est que ce soit le contribuable français qui paye le développement du courrier au boutdumondequéloin. C'est un peu l'image que l'on a avec les investissement pharaoniques d'EdF à l'étranger... Une meilleure visibilité sur la répartition géographique des couts, investissements et CA serait intéressante