Economie

Acheter le meilleur pour son enfant, c'est bien, mais gare au n'importe quoi

Nadia Daam, mis à jour le 07.01.2016 à 15 h 21

Difficile parfois quand on est parent de différencier l'essentiel du superflu. Surtout, quand le marketing s'en mêle. Revue d'objets dont on vous recommandera de vous passer.

Un bébé un peu trop en avance sur son âge | Ted Johnson via Flickr CC License by

Un bébé un peu trop en avance sur son âge | Ted Johnson via Flickr CC License by

Un premier papier de notre série Argent content traitait du coût concret des jeunes enfants.

Combien coûte un enfant? Même si «être parent, ça na pas de prix gnagnagna». Depuis plusieurs années, différents organismes s'affrontent sur ce terrain et publient des rapports qui estiment les dépenses attribuables à l'enfant. Même s'il y a toujours des écarts abyssaux entre les différents budgets, le mode de calcul reste généralement le même et sont systématiquement prises en compte les catégories suivantes: alimentation, transport, logement éducation, habillement, loisirs et culture...

On peut imaginer que pour chacune de ces dépenses, les parents ont estimé qu'il s'agissait là d'une dépense obligatoire. On peut également imaginer que les arguments massues des marques conduisent ces mêmes parents à considérer que le superflu devient essentiel. Voire vital.

Il suffit de visionner les publicités juste avant l'émission «Les Maternelles» sur France 5 (à laquelle participait Nadia Daam, ndlr) pour constater que les parents et futurs parents sont matraqués de «choisissez le meilleur pour votre enfant». Le message implicite étant évidemment: «si tu ne choisis pas ma marque de poussette, c'est que tu ne VEUX PAS le meilleur pour ton bébé.» Cette stratégie de culpabilisation semble être parfaitement assumée par les agences marketing. Ainsi, la marque de produits Coconou (oui, oui, «coconou») tente de refourguer aux parents un coussitête (oui, oui, «coussitête»), un sorte de coussin censé prévenir le phénomène de tête plate. Sur la communiqué, il est écrit que «ce coussin spécialement étudié assure ainsi une évolution harmonieuse du développement psychomoteur de bébé».

Quel parent anxieux (pléonasme) ne souhaite pas une «évolution harmonieuse du développement psychomoteur de bébé» et ne se déleste pas sur le champ de 17 euros pour faire l'acquisition d'un coussitête? Et ce, même s'il existe des techniques complètement gratuites pour prévenir ce fameux phénomène de tête plate et si medecins et ostéopathes proposent également des traitement adaptés.

Le coussitête n'est qu'un exemple parmi tant d'autres qui illustre la façon dont les parents, acculés par des arguments marketing et l'envie de bien faire, se sentent contraints d'acheter des objets totalement inutiles. Voire dangereux.

Pendant que maman prépare à manger et que papa est occupé au jardin, ce petit appareil permet de veiller au sommeil de son bébé

Ainsi, il serait judicieux que pour l'élaboration de ces fameux budgets, il soit demandé aux parents ce qui a motivé tel ou tel achat, en tout cas pour tout ce qui concerne le materiel de puériculture et les produits censés être destinés à éveil de l'enfant.

En attendant, voici une liste succinte des produits absolument pas indispensables même si les marques font tout pour convaincre les parents que s'ils ne les achètent pas, leur enfant sera en moins bonne santé, moins en sécurité et plus con que les autres.

1.Le baby-phone caméra ou détecteur de mouvement

C'est probablement pour tout ce qui touche à la surveillance de l'enfant que l'on trouve les objets les plus superflus et anxiogènes. À la base, le babyphone basique qui permet d'écouter et de savoir si le bébé se réveille ne constitue déjà pas une dépense essentielle dans la mesure où, à moins d'habiter dans une très grande maison et/ou que les deux parents aient un sommeil de plomb, les cris ou pleurs d'un enfant passent rarement inaperçus. Par ailleurs, dans leur sommeil, les bébés émettent toutes sortes de petits bruits (gémissement, grognements) qui ne méritent pas de susciter toute l'attention du parent ou que celui-ci se précipite au chevet de son nourrisson.

Pourtant, on estime que 50% des parents sont équipés de ces émetteurs-récepteurs et le babyphone est présenté comme objet indispensable à intégrer sur une liste de naissance parce que «pendant que maman prépare à manger et que papa est occupé au jardin, ce petit appareil permet de veiller au sommeil de son bébé sans besoin d’être tout le temps juste à coté de lui».

Et le babyphone de base a aujourd'hui laissé place à des appareils encore plus sophistiqués: babyphone avec caméra infrarouge intégrée, ou encore babyphone vendu avec un tapis detecteur de mouvement placé sous le matelas qui «détecte les mouvements respiratoires de bébé et déclenche une alarme sonore et visuelle si aucun mouvement respiratoire n'est détecté pendant plus de vingt secondes». Un «indicateur sonore indique si l'unité parentale est hors de portée de l'émetteur bébé».

Autant dire que pour l'aspect «sans besoin d’être tout le temps juste à coté de lui», c'est un peu râpé. Le pire est probablement atteint avec Sproutling, le bracelet connecté recémment mis sur le marché qui envoie aux parents, par SMS, diverses informations telles que «la température dans la chambre est trop élevée», «le cœur de votre enfant bat normalement, tout va bien», «votre bébé vient de se réveiller», «votre bébé vient de se rendormir», «votre bébé a trop chaud», «votre bébé a trop froid».

L’Agence nationale de sécurité sanitaire  recommande de renoncer aux babyphones améliorés au moins de les éloigner le plus possible de l’enfant

Comme l'écrivait Slate.fr au moment de l'annonce de la commercialisation de Sproutling, «ce type de produit peut aussi être une formidable source d’angoisse. On connaît la propension des parents à surréagir à un caca liquide ou à un front un peu chaud. Ceux qui apprendront grâce à cet appareil que leur bébé dort mal ou qu’il a des coups de chaud seront tentés de donner trop d’importance à ce qui est, dans la majorité des cas, tout à fait anodin (...). Avoir des infos en temps réel sur sa progéniture revient à être connecté à elle en permanence. Or, on sait que pour le bien-être des bébés et l’équilibre mental des parents, il faut savoir s’aménager des moment loin l’un de l’autre (et laisser un nourrisson tout seul dans sa chambre, ce n’est pas non plus comme l’envoyer en colo)».

Sans compter que même si les études sur la nocivité des ondes se contredisent, l’Agence nationale de sécurité sanitaire opte tout de même pour le principe de précaution et recommande aux parents sinon de renoncer aux babyphones améliorés au moins de les éloigner le plus possible de l’enfant.

Faut-il le préciser? Les parents impuissants face aux pleurs de leur bébé pourront également faire l'économie de l'analyseur des pleurs de bébé.
 

2.Les balises GPS pour enfants

Dans la droite ligne du babyphone caméra, les balises GPS pour enfant semblent elles aussi avoir pénétré les foyers sans trop d'encombres. Parmi les pionniers, le site t-es-ou.fr qui, sur la même plateforme, vend des médailles connectées pour retrouver son chien ou son chat égaré ET des balises GPS «pour géolocaliser vos proches: enfants, personnes dépendantes, sportifs de l'extrême...». L'application Ma P'tite balise se décrit comme le service le plus complet pour les parents qui pourront: «Suivre leur enfant en temps réel sur une carte ou en réalité augmentée, communiquer avec leur enfant via la balise qui possède un haut-parleur et un micro, recevoir une notification dès que la balise GPS aiient le seuil de 20% de batterie.»

Preuve que surveiller les déplacements de son enfant est une idée parfaitement intégrée, une marque de grande distribution collabore avec Ma p'tite balise et vend des blousons connectés avec «un mois d'abonnement gratuit» à l'appli. Comme l'écrivait également Slate.fr, ces objets participent à un mouvement global qui consiste à priver les enfants d'autonomie et à limiter au maximum leurs déplacements dans l'espace public. Une démarche tout à la fois vaine, absurde et, surtout, qui porte préjudice à l'enfant.
 

3.Le balai Montessori

Que ce soit clair, je n'ai strictement rien contre Montessori ou assimilés. Ou si, peut-être une chose: les tarifs (j'y reviendrai). En France, une cinquantaine d'établissements se réclament de cette pédagogie, élaborée par Maria Montessori en 1907. Pour résumer très grossièrement, il s'agit de permettre à l'enfant d'évoluer à son rythme et de favoriser son autonomie et sa confiance en lui en lui proposant un enseignement et du matériel d'apprentissage adapté à ses besoins. Le hic, c'est que scolariser son enfant dans ce type d'école coute très cher: entre 400 et 800 euros par moi. L'autre problème, c'est que «Montessori» n'est pas une marque déposée et que n'importe qui peut s'en réclamer. Et c'est exactement ce qui se passe.

La gamme Montessori d’Oxybul n’a rien d’innovant si ce n’est le nom. La boîte à formes, c’est un jouet qui existe depuis quarante ans

Franck Mathais, La Grande Récré

Les fabricants et distributeurs ont flairé l'aubaine, et il existe aujourd'hui quantité de livres, CD, DVD, jouets, matériel pédagogique estampillé «Montessori». Ainsi, Nature et Découvertes commercialise plus de 100 produits dans sa catégorie Montessori. Parmi lesquels une «boîte de notion de permanence de l'objet». Soit une boîte avec un tiroir et des bouboules dedans à 29,95 euros. La petite fiche explique que mettre les bouboules dans la boîte va permettre à l'enfant de prendre connaissance du fait que les objets qui l'entourent existent à l'extérieur de lui. Ce qui est surement vrai, mais d'autres jouets ont la même fonction pédagogique, ne sont pas définis comme «Montessori» et coûtent beaucoup moins cher. Un procédé qui fait enrager la concurrence. Franck Mathais, directeur du département consommation des magasins La Grande Récré, confiait au Monde.fr a propos de la gamme Montessori commercialisée par Oxybul:

«La gamme Montessori d’Oxybul n’a rien d’innovant si ce n’est le nom. La boîte à formes, c’est un jouet qui existe depuis quarante ans. Ils l’ont rebaptisée “la boîte à solides”.»

Une boîte à forme coûte 9,90 euros sur le site auchan.fr, sur Oxybul, elle est à 29,9 euros (certes elle est en bois). Mais le principe est strictement le même.

Que dire également de la pelle et la balayette Montessori, vendus 11,90 euros dont Nature et Découvertes dont il est dit qu'ils permettent des «manipulations idéales pour développer la motricité de l'enfant», alors que Maria Montessori n'a jamais préconisé l'usage du balai par les enfants. Elle recommandait d'encourager les enfants à participer aux tâches ménagères, ce qui peut parfaitement se faire sans avoir à investir dans un mini balai prétendument destiné à l'enfant.

 

4.Les DVD Baby Einstein

Si les produits estampillés Montessori sont censés rendre les enfants plus heureux, les DVD Baby Einstein, eux, promettent de rendre vos enfants plus intelligents. Car c'est bien la promesse de Disney qui commercialise le produit. En tout cas jusqu'en 2006, quand après une série de procès, Disney retire le mot «éducatif» et promet de rembourser les parents américains qui se diraient insatisfaits par l'efficacité du produit. Reste que Disney continue à commercialiser ces DVD et a élargi la gammes avec des produits aussi prometteurs que Baby Mozart ou Baby Galilée. Sur Amazon, un coffret contenant 26 DVD peut coûter plus d'une centaine d'euros.

Baby Einstein peut nuire au développement d'un bébé en pleine formation neuronale

Sur les forums de parents, des mères racontent comment leur enfant de 9 mois est «accro à Baby Einstein» ou lancent des appels au secours pour trouver des DVD Baby Einstein pour leur bébé de 5 mois. Pourtant, un article du Monde.fr datant de 2008 rapporte qu'une étude menée par des psychologues avait conclu que loin de participer à l'éveil des enfants la gamme Baby Einstein «contient peu de de dialogues et des successions d'images sans rapport entre elles difficiles à expliquer à un bébé de 6 mois à 2 ans». Pire selon l'étude, «Baby Einstein peut nuire au développement d'un bébé en pleine formation neuronale».

À cette liste, on pourrait évidemment ajouter d’autres objets figurant sur la liste-des-objets-indispensables-quand-on-est-parents, parce qu'ils ont été présentés comme tels par la publicité, des blogs ou même par le personnel de la maternité, alors qu'il est parfaitement possible de faire sans. Et ce, sans que ça représente une quelconque menace pour l'enfant et ou de charge supplémentaire pour le parent. Comme, par exemple, le stérilisateur pour biberon, la machine à dosettes pour biberon, l'humidificateur d'air pour chambre d'enfant (un bol d'eau posé près du radiateur fait parfaitement l'affaire). Mais comme en matière de puériculture, le pire est toujours possible, vous pouvez aussi découvrir ici, le protège-pipi ou bloque-tétines. Et tant d'autres façons de prendre les parents pour des veaux.

Nadia Daam
Nadia Daam (199 articles)
Journaliste
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