Les cinq tempêtes qui menacent l'Arabie saoudite

Un musulman chiite brûle une image du roi Salmane, souverain d'Arabie Saoudite, durant une manifestation contre l'exécution de Nimr Baqer al-Nimr, devant l'ambassade de l'Arabie Saoudite à New Delhi, en Inde, le 4 janvier 2016. REUTERS/Adnan Abidi

Un musulman chiite brûle une image du roi Salmane, souverain d'Arabie Saoudite, durant une manifestation contre l'exécution de Nimr Baqer al-Nimr, devant l'ambassade de l'Arabie Saoudite à New Delhi, en Inde, le 4 janvier 2016. REUTERS/Adnan Abidi

La rupture des relations diplomatiques avec l'Iran est le point d'orgue d'une série de tracas qui risquent de coûter cher au royaume saoudien.

L'Arabie saoudite a rompu ses relations diplomatiques avec l'Iran après que son ambassade a été vandalisée par des manifestants à Téhéran. À l'origine de ces violences, l'exécution du cheikh Nimr Baqer al-Nimr, un responsable religieux saoudien chiite formé en Iran et connu pour ses critiques du pouvoir sunnite de Riyad, en même temps que 46 autres personnes. Parmi elles, des membres d'Al-Qaida mais aussi d'autres militants chiites.

Outre le fait de raviver le conflit entre la minorité chiite (qui compte deux millions de personnes en Arabie saoudite) et le reste du pays, sunnite, l'acte a également rallumé les tensions régionales entre les deux rivaux. Dans un article sur cette escalade, Foreign Policy a interrogé Bruce Riedel, un ancien officier de la CIA et maintenant membre de la Brookings Institution (un Think Tank américain):

«Les Saoudiens font face à une potentielle “perfect storm” («une tempête parfaite» en VO, ndlr): une baisse des prix du pétrole, un enlisement au Yemen, des menaces terroristes multiples, les questions de succession et les troubles avec l'Iran», a déclaré Bruce Riedel.

L'Arabie saoudite, avec un modèle économique très dépendante de la rente pétrolière (90% de ses recettes proviennent de cet hydrocarbure), est en effet dans une période de vaches maigres. Comme l'indique le quotidien Les Échos, le ministre des Finances saoudien a annoncé que les revenus projetés en 2016 devraient être de 513,8 milliards de rials (environ 125 milliards d'euros), alors qu'il était de 908 milliards de rials en 2015 (environ 220 milliards d'euros).

Le poids du Yémen

De plus, l'intervention militaire de l'Arabie saoudite au Yémen continue de lui coûter énormément de ressources financières. Dans son budget pour l'année 2016, le royaume sunnite va allouer 213 milliards de rials (52 millards d'euros) à la défense et la sécurité. Le Courrier International rappelait également en novembre que l'opinion saoudienne était «de plus en plus sceptique» face au prolongement de la guerre contre les Houthis, qui est dans son dixième mois:

«Ce qui ne devait être qu’une brève opération rondement menée s’est muée en une campagne douloureusement longue», avait cité le magazine.

À cette situation économique et militaire peu glorieuse s'est ajouté une situation intérieure problématique. L'Arabie Saoudite a été visée en 2015 par des attentats, revendiqués par le groupe État Islamique. Deux en mai ont causé 25 morts. En juillet, le pouvoir a annoncé l'arrestation de 431 membres présumés d'un groupe en lien avec l'organisation terroriste, a indiqué Libération

Le retour en grâce de l'Iran

Autant d'éléments qui renforcent la contestation contre le roi Salmane, qui a accédé au trône le 23 janvier 2015. La fragilisation de ce dernier relance la guerre des clans en coulisses pour s'octroyer le pouvoir, alors que le monarque avait placé durant l'année des membres de la lignée Soudayri aux postes de prince et vice-prince héritier.

Quant à son affrontement régional avec l'Iran, l'Arabie Saoudite a vu ses dernières années le retour de son rival chiite sur la scène internationale. L'accord entre la République islamique et les puissances occidentales sur son enrichissement nucléaire ont mis fin à son ostracisme. Ce qui est un très mauvais signe du point de vue du royaume saoudien. Un parmi tant d'autres.

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