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Sexe, violence, boulimie… La face sombre du sommeil

212/365 - Don't cry princess, it was only a dream / Courtney Carmody via Flickr CC License by.

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Les troubles du sommeil peuvent se révéler beaucoup plus sévères que l'insomnie ou le somnambulisme.

Parmi les troubles du sommeil, les insomnies et hypersomnies sont les causes les plus fréquentes de consultation. Mais  certaines perturbations du sommeil peuvent prendre des formes bien plus spectaculaires. Les parasomnies –événements physiques indésirables durant le sommeil– sont très fréquentes durant l’enfance: rares sont les enfants qui n’en ont jamais eues. Elles peuvent persister à l’âge adulte sous des formes variées comme le somnambulisme, la somniloquie (parler pendant le sommeil), le bruxisme (grincer des dents) ou encore la catathrénie (gémir ou grogner). Mais les parasomnies peuvent parfois être beaucoup plus sévères et même conduire devant le tribunal.

Boulimie nocturne

Dans son livre Une fenêtre sur les rêves, paru en 2014 aux Editions Odile Jacob, le Professeur Isabelle Arnulf, neurologue qui dirige le service de pathologies du sommeil à la Pitié-Salpétrière, rapporte le cas d’une patiente, Mme D., réveillée en pleine nuit par le bruit et les étincelles de son micro-ondes dans lequel elle avait placé un CD tartiné de fromage râpé. Une autre fois, elle s’est cassé deux dents sur un steak congelé qu’elle était en train de dévorer.

Comme Mme D.,  les personnes souffrant de trouble alimentaire du sommeil se lèvent la nuit pour manger alors qu’ils sont encore endormis. Ce somnambulisme alimentaire peut entraîner des mises en danger dans les cas les plus extrêmes: en plus des aliments non comestibles, ces patients courent toutes sortes de risques en maniant le gaz, en escaladant des escabeaux… Selon le Pr Arnulf, 4,5 % de la population générale aurait déjà mangé une fois en dormant.

Agression sexuelle durant le sommeil

Manger n’est pas la seule activité étrange que l’on peut faire en dormant. L’érection réflexe nocturne est normale et survient quatre ou cinq fois durant la nuit. Mais certaines personnes ont une vraie activité sexuelle inconsciente –appelée sexsomnie— qui peut aller de la masturbation à la véritable agression sexuelle. Si les patients ne gardent aucun souvenir de ces épisodes, les témoins précisent que le patient n’a pas la même attitude sexuelle qu’habituellement. Parfois plus passionné, il est peut être plus agressif, plus cru. Le Pr Arnulf rapporte ainsi le cas de cette femme désemparée souhaitant acheter un Taser pour repousser les assauts brutaux de son mari que ses cris et coups ne suffisaient pas à calmer.

15% des adultes rapporteraient un comportement sexuel endormi et inconscient de la part de leur conjoint. Souvent majoré par la prise de médicament et d’alcool, ce trouble peut entraîner de graves conséquences médico-légales et conduire devant les tribunaux. Ce fut le cas en Suède en 2014 où un homme, accusé de viol, a été relaxé pour sexsomnie. Dans ce cas-là, les experts utilisent des techniques d’électroencéphalogramme et de vidéos infrarouges pour voir si des comportements sexuels sont associés à une activité cérébrale correspondant au sommeil et pouvoir ainsi distinguer le sexsomniaque du pervers.   

Trouble comportemental en sommeil paradoxal

Fractures, ecchymoses, lacérations… D’autres parasomnies prennent la forme d’une agression physique: c’est  le trouble comportemental en sommeil paradoxal. Le sommeil paradoxal –ou REM sleep– est la phase du rêve. Durant cette phase de sommeil qui survient toutes les 90 minutes, le cerveau est actif, les yeux bougent, les paupières restent fermées mais les muscles du corps sont complètement relâchés. Chez les sujets présentant un trouble comportemental en sommeil paradoxal, la paralysie musculaire est abolie: le rêve est alors agité. Les blessures du conjoint sont alors la principale cause de consultation.

Contrairement à la sexsomnie, les rêves sont ici remplis d’actions violentes: le sujet se défend alors contre des attaques d’animaux ou de personnes. Le trouble est d’autant plus grand que les comportements nocturnes contrastent avec la personnalité agréable affichée par les sujets durant l’éveil. Dans son ouvrage de référence Les Troubles du sommeil (2011), le Pr. Billiard note qu’environ 0,5% de la population manifesterait ainsi des comportements violents pendant le sommeil. S’il n’existe pas de traitement pour les troubles alimentaires du sommeil, des traitements permettent –en association à des règles d’hygiène de sommeil– de réduire les symptômes de la sexsomnie et du trouble comportemental en sommeil paradoxal.

Le sommeil assassin

Parfois, certains sujets en viennent même au meurtre: un article paru dans la revue Journal of Clinical Sleep Medicine en 2014 recense ainsi différents cas d’homicides et de viols où la défense a plaidé le trouble du sommeil. Certains accusés ont été condamnés, l’expertise ne mettant pas en évidence de trouble du sommeil. D’autres ont été acquittés après une évaluation par électroencéphalogramme, caméra infrarouge et tests d’alcoolisation.

Le sommeil assassin, c’est la trame du film de Soderbergh Effets secondaires, où Jude Law campe un psychiatre prescrivant un nouveau médicament à l’une de ses patientes qui lui cause des accès de somnambulisme. Durant l’un d’eux, elle tue son mari avant d’aller se recoucher tranquillement. C’est à peu près ce qui est arrivé dans l’un des cas les plus étonnants recensés dans l’article du Journal of Clinical Sleep Medicine: en 1987, un homme a parcouru 23 km pour tuer ses beaux-parents avant de se rendre à la police, en déclarant: «Il se peut que j’ai tué quelqu’un.» Après un procès retentissant et une longue procédure, il a finalement été acquitté.

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