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Une hilarante et fausse étude sur l'impact des «bisous magiques» maternels sur les blessures

Labios / Daniel Lobo via Flickr CC License by.

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Dès le titre de l'étude, pourtant publiée dans une revue au titre tout ce qu'il y a de plus sérieux (le Journal of Evaluation in Clinical Practice), il est permis d'avoir un doute: «Les baisers maternels ne sont pas efficaces dans le traitement des blessures légères des enfants ("bobos"): une étude randomisée, contrôlée et en aveugle». Le nom de l'auteur, «The Study of Maternal and Child Kissing (SMACK) Working Group», renforce le doute. Pour en avoir le cœur net, il suffit de se plonger dans la bibliographie et d'essayer de retrouver les douze références citées: il n'y en a pas trace...

Forcément: cette étude est fausse de A à Z (et publiée par la revue en connaissance de cause). Mais néanmoins très amusante à lire. Les auteurs affirment avoir sélectionné 1.368 «couples» mère-enfant, ces derniers âgés de 18 ans à 36 mois, les premières disposant «de lèvres suffisamment robustes pour délivrer un baiser tangible». Pour entraîner des blessures, les chercheurs expliquent avoir placé un morceau de chocolat sous une table basse, afin d'amener les enfants à se cogner, ou un doudou derrière une source de chaleur, pour provoquer des brûlures. Les enfants ont été divisés en trois groupes, un recevant un baiser maternel (sans savoir qu'il provenait de leur mère), un autre recevant un baiser tout court, le troisième n'en recevant pas.

Le niveau de douleur des enfants a ensuite été mesuré, montrant que le «bisou magique» maternel ne présentait pas un niveau d'efficacité significativement plus élevé que le baiser non-maternel, et que les deux étaient nettement moins efficaces que pas de baiser du tout. En conclusion, les auteurs estiment donc que la pratique baiser maternel prend inutilement du temps à d'autres activités pédagogiques mère-enfant, «comme l'introduction aux fonctions algébriques ou à la conversation en mandarin», et réclament donc un «moratoire» sur cette pratique.

Ce genre d'étude fausse a le mérite de nous rappeler qu'il est facile de se faire piéger par une étude scientifique quand on n'en lit que rapidement le résumé. Plusieurs publications se sont d'ailleurs déjà faites avoir: c'est le cas du Daily Caller, qui parle de «l'étude la plus stupide de tous les temps», ou encore du site The American Mirror, qui y voit un prétexte pour accuser le gouvernement de vouloir interdire les baisers maternels.

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