Les cartes de vœux de l'opposition pour 2016

Vidéo des voeux de Nathalie Kosciusko-Morizet pour 2016.

Vidéo des voeux de Nathalie Kosciusko-Morizet pour 2016.

De nombreuses personnalités de la droite et du centre ont déjà adressé leurs vœux aux Français pour l'année 2016. Du plus convenu au plus impitoyable, on trouve de tout.

En ce dernier jour de 2015, nos politiques n'ont pas manqué de nous adresser leurs vœux pour l’année 2016. Dans la mesure où ceux-ci tiennent moins de la bienveillance gratuite que de l’annonce programmatique et du retour à l’arène politique, il était logique que l’opposition s’y colle en premier en attendant ceux de François Hollande.

Bien sûr, aucun de ses ténors n’oublie de commencer par le rappel des événements tragiques de janvier et de novembre, ni de souligner les belles réactions patriotiques qui leur ont succédé. Mais chacun y ajoute ensuite quelque chose pour mieux imprimer sa patte à l’aube de la prochaine campagne présidentielle.

Nicolas Sarkozy prêt à appuyer la révision constitutionnelle... sous condition

Pour son dernier tour de piste de 2015, Nicolas Sarkozy ne veut pas lâcher un pouce de terrain sur le régalien et le discours autoritaire.

Dans un long message posté sur sa page Facebook officielle et sur Twitter, il plaide pour graver dans le marbre de la Constitution la déchéance de nationalité pour les binationaux convaincus d'actes d'entreprise terroriste: «Nous soutiendrons les décisions du gouvernement qui permettront d’assurer la protection de tous les Français, y compris lorsqu’il s’agira de mettre en œuvre la déchéance de nationalité, mesure pour laquelle je plaide depuis des années [...]». Il ajoute, cependant, une condition: que cette mesure soit accompagnée «d’autres décisions qu’exige la situation et que nous réclamons en vain depuis des mois.» Il n'en dira pas plus sur ce point. 

Mais l'ancien président de la République ne souhaite pas se cantonner à cette seule thématique et ouvre tous les fronts dans ce message pour l'année 2016. Europe, Schengen, impôts, emplois, tout y passe dans un simple paragraphe: 

«Notre diagnostic est sévère et il ne saurait être en aucun cas celui du gouvernement actuel. Une année qui a vu l’Europe impuissante, incapable de faire respecter les accords de Schengen. Une année où l’augmentation des taxes et des impôts a pesé encore très lourdement sur le fruit du travail des Français et des entreprises. Une année où l’augmentation du nombre de chômeurs a continué de fragiliser l’économie et la société française.» 

Alain Juppé enjambe 2016 pour lorgner directement sur 2017

Alain Juppé a choisi de ne pas se cacher et part déjà en campagne pour la primaire en vue de la présidentielle. Le maire de Bordeaux, ancien député de Paris puis de la Gironde, ancien ministre du Budget du gouvernement Chirac en 1986 puis des Affaires étrangères dans celui d'Edouard Balladur en 1993, puis Premier ministre de ce dernier en 1995, ancien président du RPR puis de l’UMP, se présente en homme du changement.

Dans un texte publié sur sa page Facebook, il développe ainsi: «François Hollande et ses gouvernements ont échoué. Il nous faudra demain une autre politique économique et fiscale, une autre politique pénale et de sécurité, une autre politique de santé ou de l’éducation. J’ai déjà fait des propositions et je vais continuer à en faire.» Rendez-vous est pris, donc.

Les trois vœux de François Bayrou

Le président du Modem et maire de Pau, François Bayrou, l’a dit: la présidentielle 2017, ce sera sans lui si c’est avec Alain Juppé, justement. C’est pourquoi il observe plus de réserve au chapitre national que son collègue girondin. Bien calé au-dessus d’une forêt impénétrable aux beaux tons vert sombre et devant un majestueux cirque pyrénéen, il égrène ses vœux, au nombre de trois: unité, respect du principe de «réalité», union du centre.

Nadine Morano souhaite une bonne année aux Français ... et aux Russes

Nadine Morano n’a pas renoncé à toute ambition nationale, loin s’en faut. Elle profite de ses vœux millésime 2016 pour confirmer qu’elle s’engagera dans la primaire de la droite et du centre, aggravant un peu plus sa rupture avec son ancien mentor, patron et ami Nicolas Sarkozy.


Soucieuse peut-être de bâtir sa stature présidentielle, elle donne à son discours une coloration internationale et évoque la politique de la France à l’égard de la Russie, avec laquelle elle appelle «à renouer». Plus concrètement, elle précise sa pensée et estime qu’il faut «livrer à la Russie les navires Mistral qui seraient si utiles pour lutter contre Daech».

Christian Estrosi et son appel du 31 décembre

Christian Estrosi, nouveau président du conseil régional de Provence-Alpes-Côtes d’Azur, a choisi de faire durer le plaisir: ses vœux pour 2016 s’étendent sur près de dix minutes. L’occasion pour lui de se réaffirmer gaulliste, terme dont il n’ignore pas, dit-il, qu’il en fait «sourire certains».

Et comme les morts ont ceci de commode qu’on peut les utiliser à peu près n’importe comment, Christian Estrosi s’en sert pour railler ceux qui moquent le contraste entre sa brutale prise distance du Front national et ses discours passés et appeler à un rassemblement républicain de vaste envergure: 

«A Londres, aux heures sombres, et quand personne ou presque ne croyait plus en la France, le général de Gaulle a t-il fait le tri? Non, il a fait de chaque femme, chaque homme entrant dans la Résistance un compagnon.»

Les messages pas très subliminaux de Nathalie Kosciusko-Morizet

Evincée de la direction du parti Les Républicains après les régionales, NKM a décidé de passer à l’offensive dans ses souhaits pour 2016. Sur la forme, c’est une réussite, bien que les clins d’œil qu’elle ne manque pas de multiplier ne fassent pas dans la subtilité. Ainsi, elle commence par passer avec son équipe devant un restaurant appelé Le Petit Bordelais (bel appel du pied à Alain Juppé, bien sûr) puis sous une enseigne Le Nini, une devanture qui ne peut que rappeler la stratégie prônée par Nicolas Sarkozy entre les deux tours des dernières élections. C’est d’ailleurs dans un café (L’Étincelle) qu’elle s’assied pour s’adresser aux Français, avec un message en forme de bingo de la droite libérale: baisse massives des charges, Allemagne, «carcan», «monde d’avant», numérique, «codes traditionnels» explosés, tout y est.

Le recyclage cinématographique de Bruno Le Maire

La vidéo de vœux de Bruno Le Maire est très cinématographique, hissant à nouveau, s’il en était encore besoin, le ralenti au rang d’art majeur. La musique électronique minimale dont le député LR l’accompagne ferait une admirable bande originale de cinéma. Enfin les militants «Jeunes Républicains» survoltés et debout sur leur chaise pourraient visiblement en remontrer à leurs aînés.

Mais ces vœux n’en sont pas vraiment et consistent simplement en la reprise d’un meeting du député de l’Eure. Il assure pour débuter: «Vous en avez assez? Et bien moi aussi» et se veut aussi le candidat du changement, comme de bien entendu. Il en profite pour demander aux citoyens de «vivre à plein l’aventure du renouveau», en référence au slogan arboré par ses sympathisants sur leur T-shirt: «Le renouveau, c’est Bruno».

Jean-Pierre Raffarin taille patron

L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac sait toujours revenir sur le devant de la scène. Il a été l’un des premiers, si ce n’est le premier, à dégainer ses vœux pour 2016 dans son Carnet, le 30 décembre. Après une introduction laconique («Je souhaite à la France la Paix et l’Emploi»), il formule ses vœux à l’attention de ses camarades de la vie politique. A l’arrivée, ceux-ci ressemblent plutôt à un bulletin de notes garni d’appréciations salées. 

Les saillies dont il faudra se souvenir sont trop nombreuses pour toutes trouver leur place ici, il ne s’agira donc que de morceaux choisis. A tout seigneur, tout honneur, il souhaite d'abord à François Hollande «plus de finalité économique, moins de finasserie politique». Puis il passe à la vitesse supérieure: «A Nicolas Sarkozy, la sagesse de l’expérience»; «A Alain Juppé, une route plus droite que raide» (en souvenir de sa célèbre sortie... de route au Palais-Bourbon, on salue donc ce beau moment d'autodérision). 

Au président de l’Assemblée nationale, qui vient de retrouver ses fonctions de quatrième personnage de l’État après s'être pourtant incliné aux régionales en Île-de-France, il envoie enfin ce coup de pied de l’âne majuscule: «A Claude Bartolone, un perchoir aux pieds d’argILE de France». Jean-Pierre Raffarin sera bien présent pour la compétition du grand prix de l’humour politique en 2016. 

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