Culture

Les meilleures affiches ciné de 2015

Ursula Michel, mis à jour le 31.12.2015 à 14 h 33

Retour sur les dix affiches de film qui ont aimanté les regards des spectateurs en 2015.

Affiches de «Blind», «A Girl walks home alone at night», «Queen of Earth», «Sous-sols» et «Il est difficile d’être un dieu» | Montage Slate.fr

Affiches de «Blind», «A Girl walks home alone at night», «Queen of Earth», «Sous-sols» et «Il est difficile d’être un dieu» | Montage Slate.fr

Star Wars, Spectre et Jurassic World ont beau truster les places du box-office France en 2015, voici un top où vous ne les trouverez pas, et pour cause. Les films-stars, têtes de gondole de l’industrie cinématographique, ne se distinguent que rarement par la qualité ou l’originalité plastique de leurs affiches. Alors que certains codes persistent (le casting en vignettes pour les comédies, les jeux de transparence en superpositions pour les polars, comme Sicario cette année, style emprunté à True Detective…), certaines propositions visuelles ont accroché la rétine, faute d’alpaguer les spectateurs en salle. Retour sur les dix affiches qui ont aimanté les regards en 2015.

1.The Duke of Burgundyde Peter Strickland

Après le remarquable Berberian Sound Studio, le troisième film de Peter Strickland détonne. Outre son casting exclusivement féminin et sa thématique sadomasochiste, The Duke of Burgundy impressionne par la construction de son affiche qui réinterprète habilement le titre (une référence au nom d’un papillon).

Sorte de tâche que Rorschach n’aurait pas renié, elle dessine élégamment les profils des héroïnes, lovées dans un écrin carmin. La féminité, la passion, la violence et la pureté synthétisées en une image classieuse, telle était l’ambition de l’affiche, un écho parfait à ce Duke of Burgundy au charme vénéneux.

2.Queen of Earthd’Alex Ross Perry

Porté par Elisabeth Moss (découverte dans Mad Men), Queen of Earth ausculte la lente déliquescence psychique d’une femme au creux de la vague.

Le visage diaphane de l’actrice en guise d’affiche, son regard bleu fixant intensément on ne sait quoi distillent mystère et profondeur, esquissent les contours du drame psychologique à venir à l’écran. La palette des tons pastel annonce la superbe photographie du film, douce, poétique et presque surannée. Un portrait dans tous les sens du terme.

3.Made in Francede Nicolas Boukhrief

Prévue le 18 novembre, la sortie de Made in France, le nouveau film de Nicolas Boukhrief, fut reportée, en regard des tragiques événements du 13. Mettant en scène le passage à l’acte d’une cellule terroriste sur le sol français, le long métrage et son affiche ont subi quelques modifications.

Décalage de sortie pour le film (le 20 janvier 2016 en salle et le 29 en e-cinéma) et disparition de l’arme figurant la tour Eiffel pour être finalement remplacée par ledit monument.

Moins abrupte, au vu du contexte, mais tout aussi percutante, l’affiche de Made in France aura été une victime collatérale des attentats, une cible et un symbole.

4.A Girl walks home alone at nightAna Lily Amirpour

Film fantastique en noir et blanc et en persan, A Girl walks home alone at night invite les spectateurs à plonger dans les rues d’une ville iranienne fictive, où une créature assoiffée de sang pourrait bien avoir élu domicile.

Le choix chromatique du long métrage se retrouve naturellement sur l’affiche mais s’enrichit d’un rouge éclatant, qui sied idéalement à la dimension vampirique du récit. Dès lors, le personnage fantomatique qui trône au centre de l’affiche est-il la fille mentionnée dans le titre, la dangereuse créature ou une représentation de la femme iranienne soustraite au regard du public par son voile? Le mystère demeure entier. Intrigant et envoûtant.

5.Il est difficile d’être un dieud’Alexei Guerman

Au premier abord, difficile de pénétrer la signification de cette affiche tant sa composition perturbe le regard. Film de science-fiction russe, Il est difficile d’être un dieu résiste à un catalogage facile, tant sur le fond (le scénario tisse un monde inédit et singulier), que sur la forme (l’affiche). L’allure médiévale et le filtre sépia égarent le public sur une piste historique (il n’en est rien) tandis que le visage escamoté par une main dégoulinante d’une substance indéterminée (sang, pétrole, métal liquide…) laisse circonspect. Intriguer pour mieux faire venir à soi les curieux paraît être l’ambition de cette affiche. Un défi réussi.

6.Sous-solsd’Ulrich Seidl

Sordide, cru, malsain, le documentaire du réalisateur autrichien Ulrich Seidl invite à découvrir les sous-sols et les caves de ses concitoyens. Au pays de Fritzl et Kampusch (deux affaires de séquestration de jeunes filles dans les sous-bassements de leur maison), le sujet a de quoi provoquer. Et l’affiche se devait d’être à la «hauteur» du propos.

Un couple en sous-vêtements de mauvais goût incarne donc cette plongée glauque. Corps ficelés dans un accoutrement censément érotogène, plastiques aux antipodes des canons de beauté, un décor froid et hygiéniste... tous les éléments provoquent le malaise. Répulsive et donc attirante, l’affiche de Sous-Sols surfe sur la vague trash vulgaire dont Terry Richardson est le plus célèbre représentant.

7.Le Rappel des oiseauxde Stéphane Batut

Comme le laisse présager l’affiche, il est question de vautours dans ce documentaire français, mais aucunement animalier. Aux confins du Tibet, la tradition exige que l’on donne en pâture aux charognards volants le corps des défunts. Alors même que certaines séquences frôlent l’insoutenable, l’affiche du Rappel des oiseaux joue pudiquement avec les éléments constitutifs du film, échangeant l’image réelle du volatile pour une version griffonnée, sorte de mise à distance du spectacle à venir. La face de l’oiseau remplacée par une tête de mort signifie subtilement que le vautour joue ici le rôle d’un psychopompe, annonciateur d’une scène macabre.

8.Ventos de Agostode Gabriel Mascaro

La nudité fait vendre (du parfum, des machines à laver et des films), ainsi rien d’étonnant à ce qu’une affiche proposant des corps dénudés atterrissent sur l’arrière des bus et autres colonnes Morris. Rarement elle s’avère de bon goût, d’où la bonne surprise de Ventos de Agosto.

Dans ce film brésilien, il est question de découvertes: de soi, du corps de l’autre, du sens de la vie… Rien de très original mais la composition du tableau proposée par cette affiche évite habilement les clichés «cul» pour offrir deux corps enlacés, en plongée, allongés sur des milliers de noix. La femme y apparaît dominante et maternelle, édulcorant la dimension érotique intrinsèque à ce type de situation. Un cliché dégoupillé.

9.Blind: un rêve éveilléd’Eskil Vogt

Au cœur de ce thriller norvégien, tout comme sur l’affiche, une jeune femme. Devenue aveugle, elle doute de la fidélité de son mari et développe une paranoïa aiguë. Alors même que son propre corps lui devient étranger à l’écran, il prend toute la lumière sur l’affiche. Le voile cotonneux qui nimbe les courbes de l’actrice rappelle les derniers clichés de Marilyn Monroe tout autant que la direction de la photographie du long métrage.

Cette nudité qui s’ignore offerte aux regards des passants par l’entremise de l’immense fenêtre qui barre l’espace résume intelligemment le gouffre qui sépare l’image de soi, son fantasme et sa réception par l’autre. Un jeu de miroir charnel assez fascinant.

10.Réalitéde Quentin Dupieux

Seule affiche d’un film français dans ce top, Réalité assume la star de son casting (Alain Chabat) tout en révélant l’étrangeté du traitement de Dupieux. La multitude des figures sans visage qui cernent le héros (image tirée d’une séquence du film), identiques dans leur port et pourtant anonymes s’amuse de l’ambigüité de la célébrité et de l’interchangeabilité des êtres. Ces doublures apparentes démultiplient la réalité, comme autant de possibles récits dans le récit.

Quant à l’air halluciné de Chabat, alors même que le sourire «ultrabright» ou le visage fermé sont les codes naturels des comédiens sur une affiche, il démontre encore une fois l’autodérision patente de l’acteur et sa totale immersion dans l’univers loufoque du réalisateur de Rubber.

Ursula Michel
Ursula Michel (85 articles)
Journaliste
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