Monde

Au-delà du racisme, l’affaire Tamir Rice nous en apprend beaucoup sur la police américaine

Repéré par Grégor Brandy, mis à jour le 29.12.2015 à 12 h 19

Repéré sur Slate.com

Le policier responsable de la mort du jeune noir américain de 12 ans ne sera pas inculpé. Et cela traduit une vision spécifique de l’utilisation de la force létale.

REUTERS/Cleveland Police Department/Handout via Reuters

REUTERS/Cleveland Police Department/Handout via Reuters

Le policier qui a tué Tamir Rice, en novembre 2014, ne sera pas poursuivi. Le procureur Tim McGinty a annoncé que le grand jury a décidé de «ne pas retenir de charges pénales», entre autres parce que, «selon lui, les agents de police présents sur place ne pouvaient pas savoir que “l’arme” que tenait l’enfant de 12 ans était fausse», rapporte Le Monde.

Une caméra de vidéosurveillance avait filmé la scène et montré que Tamir Rice s’était écroulé au sol quelques instants après l’arrivée de la voiture de police. Impossible cependant de savoir ce qui a pu être dit, les caméras ne captant pas le son.

Sur Slate.com, Jamelle Bouie remarque que, comme d’habitude, «ces coups de feu se conforment parfaitement aux recherches faites sur la race et la perception» (le policier est blanc, Tamir Rice était noir).

Prise de risque

Le journaliste américain a cependant décidé d’aborder cette décision de justice en se demandant si la mort de Tamir Rice n’était pas ce qui se produit quand on demande aux policiers de ne pas prendre de risque:

«Enlevez la rhétorique autour du discours de McGinty et vous avez une déclaration claire sur la conduite que doivent avoir les policiers: s’ils perçoivent une menace, alors leurs actions sont justifiées de facto, peu importe le contexte, même si cela signifie prendre la vie d’un enfant. [...] Prises ensemble, ces prérogatives encouragent la police à utiliser la force létale en premier recours. Il est tentant d’en être solidaire. Après tout, les policiers sont des gens comme les autres. [...] C’est vrai jusqu’à un certain point.

 

Une partie de ce métier inclut des risques. Pas juste le risque inévitable de l’inconnu mais un risque volontaire. Nous demandons à la police de “servir et protéger” le grand public, ce qui –parfois– signifie d’accepter le risque lorsqu’il est nécessaire pour désamorcer des situations dangereuses et protéger des vies, innocentes ou autres. C’est pour cela qu’on donne des armes aux policiers et la possibilité de les utiliser, un salaire confortable et des retraites généreuses...»

Or, pour Jamelle Bouie, les fusillades qui ont impliqué la police montrent que ce risque est de moins en moins accepté, ce qui explique l’utilisation de la force létale pour gérer certaines situations. Résultat, «il est quasiment impossible de tenir les policiers pour responsables» et il est fort probable que ceci se reproduise dans les jours ou les mois à venir.

Pourtant abandonner cette politique de sécurité à tout prix serait dans l’intérêt de tous, estime-t-il:

«Oui, cela veut dire accepter des risques supplémentaires. Mais cela veut aussi dire mettre l’accent sur cet apaisement avec la police, ce qui –dans des quartiers qui ont besoin d’une bonne police– va amener plus de confiance envers les forces de l’ordre. Avec cela, viendront plus de coopération de la part de la communauté et plus de ressources pour résoudre les crimes. Et pareil dans l’autre sens, où l’on aura davantage à répondre de ses actes. Au final, cela créera des environnements plus sûrs, pour les citoyens et la police. Et j’espère que c’est que nous voulons tous.»

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