CultureEconomie

Un universitaire poursuivi par le Fonds Anne Frank pour avoir mis en ligne le célèbre «Journal»

Repéré par Lorenzo Calligarot, mis à jour le 28.12.2015 à 19 h 11

Repéré sur Affordance.info

Olivier Ertzscheid avait publié gratuitement sur son blog «Le Journal d’Anne Frank» avant de le retirer.

Le ministre de l’éducation néerlandais lors d’une visite au musée Anne Frank, le 11 juin 2009 à Amsterdam | REUTERS/Cris Toala Olivares

Le ministre de l’éducation néerlandais lors d’une visite au musée Anne Frank, le 11 juin 2009 à Amsterdam | REUTERS/Cris Toala Olivares

Le militantisme a parfois un prix et Olivier Ertzscheid l’a appris à ses dépens ce 28 décembre 2015. En octobre dernier, nous vous racontions l’action de plusieurs militants pour la culture libre qui avaient décidé de publier gratuitement le Journal d’Anne Frank. Ils souhaitaient grâce à cette publication, dénoncer la posture des ayants-droits qui s’opposaient à l’entrée du Journal d’Anne Frank dans le domaine publique. En effet, bien qu’en France la logique veut qu’une œuvre entre dans le domaine public le 1er janvier suivant les soixante-dix ans de la mort de son auteur, des exceptions avaient été soulevées par les ayants-droits, notamment par le Fonds Anne Frank. Celui-ci avançait, par exemple, que le Journal n’était paru, dans sa version originale, que dans les années 1980:

«Les versions du Journal telles que réalisées par Anne Frank elle-même n’ont été publiées que dans les années 1980, après son décès, et à ce titre bénéficient du régime des œuvres posthumes, et notamment du régime antérieur plus favorable ne faisant courir la durée de protection de 50 ans qu’à partir de la date de la première publication, soit bien au-delà de 2015.»

Des chercheurs, lecteurs et autres universitaires s’étaient insurgé de la situation, notamment sur les réseaux sociaux avec le #AnneFrank. D’autres étaient même allés plus loin en décidant, quitte à tomber sous le coup de la loi, de diffuser le Journal d’Anne Frank. C’était le cas d’Oliver Ertzscheid, qui avait publié une tribune sur son blog Affordance.info:

 «Très chère Anne, je viens d'apprendre que ton éditeur et les gens qui gèrent ton œuvre, le “fonds Anne Frank, s'opposaient à l'entrée de ton journal dans le domaine public l'année prochaine. Ils ont, chère Anne, toute une série d'arguments juridiques et légaux, qui semblent juridiquement et légalement indiscutables. […] Qui sont-ils Anne pour s'opposer ainsi à l'entrée de ton journal dans le domaine public? De quels “droits d'auteur veulent-ils maintenir la rente après avoir déjà vendu plus de 30 millions d'exemplaires de ton Journal? […] Anne, très chère Anne, je t'écris cette lettre pour te demander la permission de ne pas attendre 2050. À la fin de ce message, je mettrai en ligne ton journal. En faisant cela, j'accomplirai un acte illégal.»

Il a depuis retiré le lien de téléchargement à la suite d'un courrier de mise en demeure de Livre de Poche.

Malgré le retrait du lien, il a reçu ce 28 décembre une lettre du Fonds Anne Frank qui lui impose une série d’injonctions «auxquelles» il est «supposé se plier pour s'éviter une astreinte de 1.000 euros par jour».  Il lance un appel à l’aide, notamment aux juristes et aux avocats: «Comme tous [les avocats ndlr] étaient relativement unanimes sur la non-recevabilité en droit des arguments évoqués par le fonds Anne Frank pour retarder l'entrée du journal dans le domaine public, j'espère qu'ils seront prompts à m'éclairer sur la meilleure marche à suivre dans cette affaire et à accepter d'éventuellement m'accompagner dans ce qui s'annonce comme un délicat combat d'ailleurs finalement beaucoup plus politique et sociétal que strictement juridique...»

Malgré les nombreuses protestations, Le Journal d’Anne Frank n’entrera donc pas dans le domaine public le 1er janvier prochain.

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