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L'affrontement entre la génération Y et les baby-boomers est au cœur du «Réveil de la Force»

Repéré par Christophe-Cécil Garnier, mis à jour le 30.12.2015 à 9 h 52

Repéré sur Flavorwire, 9News, The Daily Beast

Le conflit de générations comme moteur du dernier «Star Wars».

Capture d'écran de «Star Wars: Le Réveil de la Force» | Dale Jackson via Flickr CC License by

Capture d'écran de «Star Wars: Le Réveil de la Force» | Dale Jackson via Flickr CC License by

[ATTENTION, SPOILERS] Alors que Rey (Daisy Ridley) et Finn (John Boyega) tentent d'échapper aux troupes et aux chasseurs du Premier Ordre, le jeune ex-stormtrooper pointe du doigt un vaisseau spatial qui pourrait servir à leur fuite. Mieux vaut ne vaut pas compter sur lui, répond sa comparse, c'est une «épave». Quelques secondes plus tard, alors que leur autre moyen de transport vient de partir en fumée, les deux fugitifs se dirigent donc dans ladite «épave»... Qui s'avère être le Faucon Millennium.

Crime de lèse-majesté que de considérer le «vaisseau le plus rapide de toute la galaxie» –qui a effectué le raid de Kessel en douze parsecs seulement– comme une vulgaire épave! Comment J. J. Abrams, le réalisateur de The Force Awakens, le septième épisode de Star Wars, a-t-il pu laisser passer un tel affront? Tout simplement pour souligner l'affrontement ultime orchestré par ce film. Non pas l'affrontement entre le côté obscur et le côté lumineux de la Force, mais plutôt entre la génération Y et les baby-boomers, selon le site Flavorwire.

Un affrontement d'abord légitimé par le scénario du film. Une nouvelle génération de héros (et de méchants) est introduite face à l'ancienne, représentée principalement par Han Solo (Harrison Ford), qui n'hésite pas à grommeler contre Finn et Rey, incarnations parfaites de la jeunesse insouciante qui semble parfois énerver ces baby-boomers. Les tranches d'âge (naissance dans les années 1980-90 pour les jeunes, dans les années 1940-50 pour les anciens, Ford, Mark Hamill et Carrie Fisher) correspondent d'ailleurs parfaitement.

La génération Y est «égoïste», selon les adultes américains

Le personnage de Rey est à lui seul un pied de nez envers le premier public de Star Wars, composé de baby-boomers: elle se nourrit grâce aux pièces récupérées dans des destroyers stellaires d'une époque révolue et loge dans un quadripode de combat (un TB-TT, pour les puristes) détruit. Deux éléments qui constituaient une grande menace dans les épisodes de la première trilogie.

Dans un article du magazine Time datant de 2014, un sondage montrait que les adultes américains considéraient les 18-29 ans, soit la génération Y, comme égoïstes, voire ingrats. Et il s'avère que deux personnages viennent conforter cette impression dans le blockbuster: Finn et Kylo Ren, le méchant du film. Les deux sont égoïstes dans leurs façons d'agir. Le premier n'a qu'une seule envie: s'enfuir de la zone d'influence du Premier Ordre, sans chercher à le combattre, étant prêt à mentir sur son identité pour y arriver. Le second est devenu un soldat du côté obscur, passage le plus rapide et attirant vers le pouvoir.

Kylo Ren, la caricature de l'adolescent mal dans sa peau

Le film personnifie même l'affrontement entre la génération Y et les baby-boomers dans la relation entre Kylo Ren et son père, Han Solo. Le jeune Sith le considère comme un mauvais père, parfois jusqu'à la caricature de l'adolescent mal dans sa peau. De quoi mériter un compte Twitter parodique, «Emo Kylo Ren», ainsi que le surnom de «Darth Millennial» pour le site 9News. «Millennial» étant un des qualificatifs appliqué à la génération Y, aussi appelée «génération du millénaire». 

«Oncle Lando a dit que mon casque me faisait ressembler à un abat-jour déprimé, tout le monde a rigolé et l'a félicité. Je hais tellement cette famille.»

Un article d'Alternatives économiques expliquait en 2009 que cette génération ne souhaitait pas laisser tomber sa vie privée face au travail. De la même façon, les héros du Réveil de la Force se détournent de ce que l'on attendait d'eux, comme le rappelle Flavorwire: Finn se délie de sa fonction de stormtrooper, Kylo Ren ne devient pas un Jedi comme le souhaitaient ses parents et Rey quitte sa planète alors qu'elle était restée sur celle-ci attendre sa famille.

L'affrontement entre les deux générations se traduit également dans le public qui les regarde. Lors de la sortie du premier Star Wars, les héros étaient une bande de «combattants de la liberté» contre un Empire supérieur technologiquement, selon une note de George Lucas en 1973. Ce qui fait a fait dire au Daily Beast, de façon très absolue, que la trilogie puis la prélogie ont traduit une évolution des baby-boomers: ce public des années 70, qui pensait incarner «une supériorité morale», s'est rendu progressivement compte qu'il avait fini par tout accepter pour la lutte contre le terrorisme. Le Daily Beast estime même que la «génération Woodstock» a finit par «diriger le spectacle à Abou Ghraib». Cette thématique des films est un élément que Lucas a confirmé en 2005 lors de la sortie de l'épisode III:

«En effet, toute la série des Star Wars tourne autour de cette question, dont cet épisode donne la clef: comment une démocratie peut-elle en arriver à se livrer à un dictateur?»

La génération des baby-boomers a donc contribué à cette situation –à ce qu'après trente ans dans la galaxie, rien ne change. Seuls des baby-boomers spéciaux, représentés par le personnage de Luke Skywalker (qui a le profil typique pour ne pas se conformer au profil attendu et aller élever des chèvres dans l'Aveyron) sont sensibles aux arguments de cette génération Y habituée au chômage et à la précarité. 

Alternatives économiques note néanmoins dans son article que les baby-boomers et la génération Y ont bien plus de choses en commun qu'on ne pourrait le croire. Après tout, Han Solo ne finit-il pas par aider Finn et à servir de mentor à Rey?

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