Monde

Aucun compromis avec Ahmadinejad!

Paul Chami, mis à jour le 07.10.2009 à 8 h 47

L'opposition iranienne ne soutient plus aujourd'hui le régime sur la question du nucléaire. Elle demande l'arrêt de toute négociation et la rupture avec la dictature.

Pas de nucléaire militaire pour l'Iran pourrait être le titre d'une longue saga concernant les relations passionnelles entretenues entre l'Iran et l'Occident depuis 2005, année où l'Iran a repris l'enrichissement d'uranium. Clamant son droit légitime à l'utilisation de l'énergie nucléaire à des fins civiles, tout en dissimulant à l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) une partie de son programme en la matière, Ahmadinejad n'a cessé de défier la communauté internationale.

S'inspirant autant de Dallas que des plus belles pages du Prince de Machiavel, le scénario de la saga a pourtant radicalement changé depuis 4 mois, sans que tous les protagonistes semblent en avoir pris la mesure. Depuis le 12 juin dernier (confiscation des résultats des élections présidentielles), la question du nucléaire est devenue une façon pour chaque camp, à l'étranger comme en Iran, de se positionner face au président iranien.

A chaque nouvelle découverte de sites susceptibles de contribuer à la fabrication de l'arme atomique, la communauté internationale tremble d'un frisson d'effroi et pousse des cris courroucés, sans obtenir pour autant plus de garanties. Les contestataires iraniens, qui ont défié depuis juin le pouvoir dans la rue, réclament l'arrêt de tout type de négociation avec Ahmadinejad et prônent un renversement pur et simple du président. Et si la question du nucléaire militaire était devenue un arbre qui cache une forêt de logiques politiques complexes, et parfois cyniques, bien au delà de la seule question de la possession de l'arme atomique?

L'Iran est la grande puissance de la région. Les Etats-Unis ne s'y étaient d'ailleurs pas trompés lorsqu'en pleine guerre Iran-Irak (1980-1988) et alors qu'ils avaient penché pour la cause de l'Irak, ils avaient pris le risque de soutenir de façon occulte le régime de Khomeyni en lui procurant les armes nécessaires pour continuer le combat (les relations diplomatiques étant pourtant rompues avec l'Iran depuis 1980). L'Irangate fut peut-être l'un des plus grands scandales politiques et l'un des plus rocambolesques fiascos médiatiques qu'ont connu les Etats-Unis, mais il témoignait cependant d'une politique à long terme de Washington pour préserver son influence sur une zone dont l'Iran est la pièce maîtresse.

Depuis, malgré des affichages différents, les Etats-Unis n'ont en fait jamais changé de conception d'ensemble. Et si G. W. Bush avait fini par s'enfermer dans une rhétorique d'affrontement, dès  son investiture, le jeune président Obama pouvait donner des gages au dialogue et faire la part belle à la négociation, plus qu'à la menace d'affrontement avec l'Iran. Début juin, est venu le temps de l'espérance, lorsque les grandes manifestations de soutient au candidat réformateur Mir Hossein Moussavi ont subitement repeint de vert tout l'Iran. Mais le happy end n'a pas eu lieu. Et depuis, à couvert, chaque grande puissance tente toujours de conserver les meilleures relations possibles avec l'un des parias les plus provocateurs de la planète, pour se préserver zone d'influence politique et marché économique. Ouvertement, chacune exige l'arrêt d'un programme nucléaire dont les finalités semblent pour le moins douteuses. Mais le scénario se répète.

Maintenir une politique de concession n'a cependant plus le même sens depuis le 12 juin 2009. C'est qu'avec les élections tronquées, la donne a changé. Certes, l'embargo américain qui affaiblit le pays depuis 1995, et qui a été condamné en Iran, a pesé sur la population iranienne, d'ailleurs bien plus que sur ses dirigeants. Du petit commerçant du bazar qui n'a pas accès aux devises au voyageur dont les déplacements par avion, surtout sur les vols intérieurs, sont moins sûrs depuis qu'Iran Air n'a plus accès aux pièces de rechange, l'embargo a eu des conséquences, et les menaces de sanctions risquent de les aggraver.

Si les Iraniens ont été par le passé prêts à supporter les conséquences de choix qui les valorisent en tant que nation, le contexte a changé. La question du nucléaire, qui semblait jusqu'à cet été bénéficier d'un consensus relativement fort au sein de la population, même parmi les opposants au Ahmadinejad du premier mandat présidentiel (2005-2009), n'a plus le même statut à l'intérieur.

L'opposition s'est radicalisée et nombre de manifestants refusent désormais tout point soutenu par le président, même sur cette question hier encore si capable de faire vibrer la fibre nationale, au-delà de tous les clivages politiques. Si les leaders réformateurs restent prudents sur la question, les contestataires comprennent mal la politique de négociation des grandes puissances face à un président hautement contesté dans son pays.

Lors de la journée de Qods (Jérusalem) le 18 septembre, ils ont été des milliers à braver les milices d'Ahmadinejad montées sur des motos et armées de câbles. La police, elle, est restée autant que possible en retrait dans ses tâches de répression. Les manifestants, arborant tous la couleur verte (du hejab, en passant par des banderoles, bracelets, chapelets, pantalons ou... chaussures !) en soutien à Mir Hossein Mussavi ont demandé la démission d' «Ahmadinejad le tyran» et scandé «A mort la Russie», où ont été formés les miliciens du président quelques semaines avant les élections du 12 juin. L'opposition iranienne ne demande plus de négociation mais une rupture; les slogans ne réclament plus un recomptage des voix ou de nouvelles élections, mais le renversement du président, et l'arrêt de tout dialogue avec lui, tant au niveau interne qu'international.

La politique de la négociation sur le dossier nucléaire devrait être appréciée aussi suivant le contexte politique post-électoral, en prenant en compte les demandes de la société civile, qui incarne l'avenir de l'Iran. A trop accepter les promesses d'Ahmadinejad, c'est Ahmadinejad que l'Occident risque d'accepter dans le concert des nations, hypothèse peut-être aussi dangereuse que celle de la possession de l'arme nucléaire.

Paul Chami

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Image de Une: Mahmoud Ahmadinejad avan une rencontre à Téhéran avec le directeur général de l'AIEA Mohamed ElBaradei Raheb Homavandi / Reuters

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