HistoireAllemagne

En 1956, l’armée américaine était prête à anéantir Berlin-Est sous une pluie de bombes atomiques

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 24.12.2015 à 14 h 38

Repéré sur Süddeustche Zeitung, Der Spiegel, The National Security Archive

Les États-Unis prévoyaient de balancer pléthore de bombes atomiques sur le territoire de l’URSS au cas où la Guerre froide virerait au conflit ouvert.

Graffiti sur le mur de Berlin | SarahTz via Flickr CC License by

Graffiti sur le mur de Berlin | SarahTz via Flickr CC License by

Les archives de la NSA viennent de rendre public un plan d’attaque du Strategic Air Command datant de 1956 de plus 800 pages qui était jusque-là classé top secret. Celui-ci liste d’une part plus de 1.100 aérodromes répartis sur le territoire soviétique et d’autre part plus de 1.200 cibles industrielles situées dans des villes du bloc de l’Est, rapporte le quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung.

Classées par ordre de priorité, ces cibles étaient vouées à une «destruction systématique» en cas d’aggravation des tensions qui régnaient alors entre les États-Unis et l’Union soviétique. En clair, si la Guerre froide finissait par virer au conflit ouvert, les États-Unis prévoyaient de balancer pléthore de bombes atomiques sur le territoire de l’URSS afin d’anéantir ses bases militaires et son industrie:

«Celles-ci auraient été attaquées avec des armes thermonucléaires, qui, avec leurs substances radioactives, auraient contaminé de grandes zones situées aux alentours. Les bombes qui étaient prévues auraient eu une taille comprise entre 1,7 et 9 mégatonnes. Rien qu’une mégatonne a une force explosive soixante-dix fois supérieure à la bombe qui a frappé Hiroshima durant la Seconde Guerre mondiale.»

Populations ciblées

Plusieurs bases militaires est-allemandes situées autour de Berlin figurent parmi les 200 cibles à détruire en priorité, fait remarquer l’hebdomadaire Der Spiegel, comme celle de Briesen, Groß Dölln, Welzow, Werneuchen et Oranienbourg. Et quatre-vingt-onze cibles industrielles situées à Berlin-Est devaient être détruites. Bien moins qu’à Moscou (179 cibles) ou à Leningrad (145 cibles), mais suffisamment pour anéantir la capitale est-allemande:

«Parmi les quatre-vingt-onze cibles figuraient des centrales électriques, des gares, des entrepôts où était stocké du carburant, des usines, ainsi que des stations de radio et des chaînes de télévision.»

Le document n’indique pas combien d’armes les Américains prévoyaient d’utiliser pour bombarder Berlin-Est. Mais, comme dans le cas de Moscou et de Leningrad, il est précisé que la «population» serait également une cible, fait remarquer Der Spiegel:

L’arsenal nucléaire dont disposait les États-Unis était suffisamment important pour rayer Berlin-Est de la carte de la RDA

«Avec ces attaques nucléaires contre les grandes villes, les États-Unis voulaient visiblement saper le moral de l’ennemi en cas de guerre, dans l’espoir de raccourcir ainsi le conflit militaire.»

L’arsenal nucléaire dont disposait les États-Unis à cette époque était en tout cas suffisamment important pour rayer Berlin-Est de la carte de la RDA, souligne l’hebdomadaire, qui prend lui aussi Hiroshima comme mètre-étalon:

«Washington possédait autrefois une puissance explosive de 20.000 mégatonnes. En comparaison, la bombe atomique d’Hiroshima avait une puissance de 13 kilotonnes.»

Mais les États-Unis n’avaient visiblement pas pensé aux conséquences sur Berlin-Ouest, estime l’historien américain William Burr, qui avait déposé une première demande auprès des archives de la NSA en 2006 et a donc dû patienter neuf ans avant d’être autorisé à consulter la liste des cibles:

«Le largage de bombes atomiques sur Berlin-Est et sa banlieue auraient entre autres causé des tempêtes de feu produites par l’énergie nucléaire. Cela aurait eu des conséquences catastrophiques pour Berlin-Ouest.»

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