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Pourquoi ce panda au milieu de bonhommes de neige divise internet

Christophe-Cécil Garnier, mis à jour le 23.12.2015 à 17 h 26

Un artiste a publié une image sur laquelle un panda se cache au milieu de bonhommes de neige. Si trouver l'animal semble assez facile pour certains, ce n'est pas le cas de tout le monde.

Capture d'écran de l'image de Dudolf (via Facebook)

Capture d'écran de l'image de Dudolf (via Facebook)

Vous connaissez le principe du livre Où est Charlie?. Vos yeux doivent scruter sans relâche une image jusqu’à apercevoir le fameux personnage longiligne, avec sa traditionnelle marinière rouge. Le dessinateur hongrois Dudolf, dont le vrai nom est Gergő Dudás, a publié une image du même principe où un panda se cachait entre de nombreux bonhommes de neige.

Pour la plupart des personnes travaillant chez Slate.fr, l’identification du panda a été assez rapide, environ moins de dix secondes. Seulement, de nombreux internautes n’ont, a priori, pas eu la même facilité, comme le montrent certains commentaires sur le post Facebook de l’illustrateur:

«Ça m’a pris du temps, mais j’ai apprécié.

– J’ai trouvé un dragon, deux pantoufles, une canette de boisson gazeuse mais aucun panda. Bien essayé!

– Cela fait quinze minutes que je regarde et je ne le trouve toujours pas, lol.»

Plusieurs situations pour repérer le «déviant» 

Des sites comme Mashable et The Independent ont également titré sur la difficulté d’identifier le mammifère. Comment expliquer cette facilité pour certaines personnes et pas pour d’autres? Est-ce lié à une mécanique différente de la part du cerveau? Laurent Cohen est professeur de neurologie à l’Hôpital de la Salpêtrière (Paris) et responsable de l’équipe neuropsychologie et neuro-imagerie au sein de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Il estime qu’il existe plusieurs situations lorsque le cerveau essaie de repérer un «déviant» parmi de nombreux objets.

Le déviant, en l’occurrence le panda, peut se distinguer tout d’abord «par une caractéristique simple saillante». Ce peut être un triangle parmi des ronds ou un point rouge au milieu d’une mer de points noirs. Cela lui permet de «sauter aux yeux». «Le temps que cela vous prend pour le détecter ne dépend pas, ou n’augmente pas dans ce cas, du nombre d’objets parmi lesquels le déviant est “caché”», estime Laurent Cohen. 

Le site scientifique Brain Decoder donne une explication similaire. Il signale également que, dans des cas où le déviant «partage certaines similitudes avec le reste de l’image», l’effet «sortant» ne marche pas «et la tâche devient beaucoup plus difficile»:

«Ici, le panda n’est évidemment pas un bonhomme de neige, mais possède les mêmes couleurs, noir et blanc, et plus ou moins la même forme. Donc maintenant que vous ne pouvez plus compter sur les mécanismes de votre cerveau responsables de l’effet sortant, vous devez activement rechercher l’image du panda, indique Brain Decoder. Cela veut dire que vous devez analyser l’image un élément à la fois jusqu’à ce que vous le trouviez. Malheureusement, il n’y a pas moyen de contourner cela. Et pour les gens qui ont trouvé le panda en quelques secondes, il y a des chances que vous soyez juste chanceux que vos yeux soient tombés en premier là où le panda se trouvait.»

D’autant que l’auteur de l’image a bien pensé à mettre d’autres éléments divergents de façon aléatoire: un chapeau par ci, des écharpes par là. Tout ça pour attirer notre regard.

Notre impatience nous permet-elle de trouver le panda?

Un autre point nous a cependant interpellés. Le fait de trouver facilement le fameux panda pourrait-il venir d’une lecture particulière, liée à notre position «d’enfants du numérique»? Selon Jakob Nielsen, un chercheur américain qui analyse les comportements d’usage sur internet, la lecture sur le web et sur le papier est diamétralement différente.

Dans une étude datant de 2008, Nielsen affirmait que les gens sur le web ne lisaient qu’environ 20% du contenu textuel d’une page et avaient plus tendance à «scanner». Selon lui, la lecture s’effectue comme une lettre F, de haut en bas pour les moins concernés et de droite à gauche pour les plus intéressés.

Cette lecture «d’intéressés» peut également expliquer pourquoi certaines personnes de la rédaction de Slate n’ont pas immédiatement trouvé l’ursidé au milieu des bonhommes de neige. Hasard ou non, elles sont (ou ont été) de grandes consommatrices de livres, plus propices à la lecture traditionnelle qu’au «scan» qui caractériserait, selon Jakob Nielsen, les internautes. Pour Laurent Cohen, il est normal que les gens «ne soient pas égaux dans l’efficacité de leur exploration de l’espace». Le neurologue reste plutôt sceptique, en revanche, quant au rapport avec la lecture: «On s’attendrait plutôt à ce que les meilleurs lecteurs soient plus entraînés à balayer systématiquement une page.»

L’explication remercie Laurent Cohen, professeur de neurologie à l’Hôpital de la Salpêtrière (Paris) et responsable de l’équipe neuropsychologie et neuro-imagerie au sein de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

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Christophe-Cécil Garnier
Christophe-Cécil Garnier (63 articles)
Journaliste à Slate.fr
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