Culture

«La Garçonnière» de Billy Wilder est le film de Noël idéal

Robin Korda, mis à jour le 25.12.2015 à 14 h 51

Il ne fait pas partie des classiques télévisuels de fin d'année, mais reflète pourtant parfaitement l'esprit de cette période.

Jack Lemmon et Shirley McLaine dans «La Garçonnière» de Billy Wilder.

Jack Lemmon et Shirley McLaine dans «La Garçonnière» de Billy Wilder.

La Garçonnière, de Billy Wilder, c’est d’abord une histoire de timing. Le coeur de l’intrigue du meilleur film à voir en fin d’année tient entre Noël et le soir du réveillon du Nouvel an. C.C. Baxter, petit employé d’une immense entreprise, n’attend pas grand chose de la vie ni, comme vous peut-être, des fêtes. Pour booster sa carrière, il prête quotidiennement les clés de son appartement à ses supérieurs, qui y emmènent leur maîtresse.

Fran Kubelik est l’une d’entre elles, celle du grand patron, M. Sheldrake. C’est par ailleurs la liftière du bureau et elle a tapé dans l’oeil de Baxter, qui ignore tout de la situation. Le soir de Noël, l’équilibre branlant de ces vies va se briser –il faut dire que la période est propice aux bilans amoureux.

La Garçonnière est le film à voir ces jours-ci: c'est un condensé de ce que l'on traverse tous à l'approche du 31, cette période qu'on aime et qu'on déteste à la fois. C’est une fable de Noël, pas un conte de fées. Comme dans la vraie vie, Noël, c’est le moment des rhumes que l’on traîne, le menton rentré dans l’encolure de sa veste. Noël, c’est la solitude des rues froides. Noël, c’est parfois la prostration de ceux qui n’ont pas d’invités à leur table.

La Garçonnière a le champagne triste

À l'image des fêtes de fin d’année, La Garçonnière est un film doux-amer. Comme certains, il a le champagne triste, il mêle le gag au drame. C.C. Baxter court partout dans son petit appartement à l’idée que la belle Kubelik, désespérée, ne se soit suicidée pendant son absence. Et comme dans la vraie vie, on sourit dans le tragique. Le comique nous pince au coeur.

Alors que la majorité des films catalogués de «fin d'année» célèbrent l'esprit, la «magie» de l'Avent, Billy Wilder, lui, sourit de l'imposture des assemblées de Noël. L’impression, qu’on a tous eue, de ne pas être à sa place lors de ce repas trop enjoué. Les simagrées et les faux-semblants.

En plein réveillon, le grand patron à la nature de fer, M. Sheldrake, revêt un masque d’agneau auprès de sa famille. Baxter, lui, laisse ses voisins croire qu’il séduit toutes les femmes qu’ils croisent dans le couloir –évidemment destinées à ses supérieurs hiérarchiques. Et hausse modestement les épaules.

Critique du consumérisme

Billy Wilder n'oublie pas non plus de critiquer l’entre-soi et le consumérisme dont la période regorge. Enfin rentré chez lui, Baxter le célibataire ne peut pas regarder trente secondes de programme télé sans qu’une pub vienne lui proposer une liste de cadeaux toute prête à l’emploi. Comme vous, peut-être, quand vous regardez l'une des comédies programmées chaque année à la télé.

Mais malgré tous ses défauts, le Noël de La Garçonnière, comme celui de la vraie vie, est loin d'être sinistre. Il est tout en nuances. C'est celui des retrouvailles, pudiques ou chaleureuses. La neige noircie dans les rues de New-York, les voeux de collègues de bureau tout à coup familiers. Les voisins qui ont trop bu. Le vacarme des engueulades. La petite musique des bons sentiments. Le grand tohu-bohu de cette période, intense et étrange, qui se termine dans la torpeur du 1er janvier. 

Robin Korda
Robin Korda (7 articles)
Journaliste
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