Sports

En 2016, le sport devra se refaire un(e) moral(e)

Yannick Cochennec, mis à jour le 23.12.2015 à 12 h 22

La Coupe du monde de rugby, grâce à son succès populaire et médiatique et parce qu’elle a été conclue par une finale sensationnelle entre la Nouvelle-Zélande et l’Australie, aura été l’un des rares plaisirs des derniers mois.

Wewiorka_wagner,  via Flickr License cc

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Alors que la ligne d’arrivée de 2015 est si proche, le sport est dans un état d’asphyxie préoccupant au terme d’une succession d’événements qui ont intoxiqué une grande partie de son actualité jusqu’à finir par étouffer sa crédibilité. Les années en 5 sont rarement des crûs inoubliables pour le sport. Elles sont privées de Jeux olympiques d’été ou d’hiver comme de Coupe du monde ou d’Euro de football. Mais celle-ci a clairement été bouchonnée –une vraie piquette même sous tellement d’aspects– avec une belle migraine pour accompagner sa dégustation amère.

La Coupe du monde de rugby, grâce à son succès populaire et médiatique et parce qu’elle a été conclue par une finale sensationnelle entre la Nouvelle-Zélande et l’Australie, a été l’une des rares gorgées de plaisir des derniers mois. Les événements annuels récurrents ont été des marqueurs habituels et ont permis notamment au tennis de se distinguer en voyant Serena Williams, Novak Djokovic, Stan Wawrinka et Andy Murray tous couronnés sportifs de l’année dans leur pays. Mais au-delà de ces résultats parfois spectaculaires, l’impression générale est surtout marquée au fer rouge des scandales. Affaires financières à tous les étages de la FIFA, la Fédération internationale de football, jusqu’à la mise à l’écart de Sepp Blatter et Michel Platini pendant huit ans sans compter la litanie des arrestations et des extraditions au cœur de cette enquête mafieuse. Révélations d’un dopage organisé dans l’athlétisme russe et couvert par l’IAAF, la fédération internationale du sport olympique n°1, avec la grave mise en cause de son ancien président, Lamine Diack, soupçonné de corruption.

L’indigestion de mauvaises nouvelles a donné la nausée à l’amateur, et s’il reste un peu de place dans son estomac retourné, 2016 devrait satisfaire son appétit avec la suite de ces feuilletons tragiques. En effet, l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) promet de nouvelles révélations au sujet de l’IAAF qui, selon Dick Pound, l’un des rédacteurs du rapport dont la seconde partie doit être révélée en janvier, devraient être encore plus ravageuses en impliquant d’autres pays que la Russie au niveau du dopage. L’IAAF, décidément sur tous les fronts car prise aussi au piège des conflits d’intérêt de son nouveau président Sebastian Coe, englué dans l’affaire des Mondiaux d’Eugene en 2021 et qui, chaque jour passant, frôle le risque de devoir quitter ses fonctions au bout de quelques mois seulement. Et la FIFA, dont le cadavre n’en finit plus de se décomposer sous nos yeux, n’est pas au bout de ses convulsions à l’aube de l’élection, le 26 février, de son nouveau président, un scrutin où la justice, par le biais du FBI, aura encore une chance de s’inviter en examinateur scrupuleux et intraitable comme elle l’a été récemment par le biais d’arrestations conduites à Zurich en marge d’événements organisés par la FIFA.

Le chaos est total, mais d’autres secousses seront terribles.

Vivement 2016

Haut les cœurs, heureusement! Avec l’Euro de football, en France, et les Jeux olympiques de Rio, 2016 promet son lot d’exploits et d’émotions de nature à nous faire croire aux valeurs du sport plutôt qu’à nous lamenter de ses voleurs. Du 22 mai, date du début du tournoi de Roland-Garros, jusqu’au 21 août, jour de la cérémonie de clôture des JO au Brésil, en passant par l’Euro de football et le Tour de France, le fan de sport tricolore n’aura quasiment pas une journée libre sur son agenda.

Il n’empêche… Même si les amoureux du sport ont plutôt tendance à détourner leur regard des scandales pour préférer se concentrer sur les compétitions en continuant à croire à cet idéal si important pour eux, il faut regarder la vérité en face: le sport est à un tournant de son histoire et doit se réformer drastiquement pour renouer avec la confiance. En disant «non» à une candidature de leur ville aux Jeux olympiques de 2024, les habitants de Hambourg ont indiqué, à leur manière, en novembre lors d’un référendum, qu’ils ne croyaient plus non seulement en le toujours très opaque Comité International Olympique (CIO), mais pas davantage aux bénéfices qu’ils pourraient retirer d’une telle opération. Les Jeux, ont-ils suggéré, n’en valent plus la chandelle en raison de leurs coûts somptuaires qui plombent actuellement gravement les comptes de Rio et de Tokyo, organisatrice des JO de 2020. En 2016, ce sera d’ailleurs le défi de la candidature de Paris pour les JO de 2024 dans la longue course vers le verdict du 13 septembre 2017 à Lima, au Pérou: être crédible et au plus près de la vérité avec l’opinion publique sous peine de se désunir.

Le sport est pris dans la spirale infernale de l’argent qui altère le jugement, rend fou et corrompt

Le sport est pris dans la spirale infernale de l’argent qui altère le jugement, rend fou et corrompt. Ce fric qui irrigue jusqu’à l’excès son cœur en finissant par remonter jusqu’à son cerveau pour faire exploser la tête de ses dirigeants. Le sport est mal gouverné, c’est le constat implacable de cette triste séquence dont il faudra bien sortir, si possible par le haut, et par un renouvellement complet de ses pratiques en termes d’organisation, mais surtout de ses élites souvent vieillissantes et prisonnières d’habitudes anciennes complètement dépassées et démasquées par la décoiffante vitesse de circulation de l’information. Les dirigeants, comme les coaches du reste, ont pris trop d’importance dans le sport où leur fatuité fait des ravages. Dans le périmètre étroit de la Ligue 1 française, il n’est presque plus question, par exemple, que des combats de coq entre Noël Le Graët, le président de la Fédération française de football (FFF), et Frédéric Thiriez, le président de la Ligue National de Football (LFP) ou d’histoires musclées liées à des patrons de clubs comme Vincent Labrune, à Marseille, ou Jean-Marie Aulas, à Lyon. Pour le sport français, il est temps aussi de passer à de nouveaux modes de fonctionnement en nettoyant ses écuries d’Augias et en purgeant son «tout à l’ego».

Mais à l’heure où une chaîne française, jusque-là très confidentielle comme MCS, est capable de s’approprier les droits du championnat de football anglais, la Premier League, en dehors de toute logique économique pour environ 100 millions d’euros par an, il est clair que le dopage financier continuera de bercer d’illusions les clubs et les fédérations toujours plus avides et plus dépensiers. Comme les sponsors si peu regardants jusqu’alors, les télévisions ont aussi leur part de responsabilité dans la débâcle actuelle en créant cette bulle dangereuse.

C’est une gageure, mais les bénéfices souvent colossaux que les clubs et les fédérations engrangent doivent être en partie dédiés à la lutte antidopage avec le renforcement nécessaire de l’AMA. Dans ce sens, le CIO a proposé de retirer aux fédérations les contrôles antidopage et de les confier exclusivement à l’AMA afin de rendre les procédures complètement indépendantes sachant que la multiplication des contrôles n’est possible que si elle est puissamment soutenue sur le plan financier. Un horizon a été proposé, avec les Jeux olympiques d’hiver de 2018 en Corée en Sud, mais il n’est pas certain que l’objectif soit tenu tant les intérêts sont divergents et les volontés peu affirmées. Entre dopage et corruption, le sport n’a pourtant plus le choix: il doit se ressaisir au plus vite au risque de connaître un krach dont il mettra du temps à se remettre. En cela, pour lui, 2015 n’aura peut-être pas été une année désespérante et vaine. Elle l’aura averti du danger qu’il encourt.

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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