France

Jawad Bendaoud, le bouffon qui n'était pas si bouffon

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 26.05.2016 à 15 h 16

Repéré sur Le Monde, Le Parisien

Le journal Le Monde rapporte que l’homme qui a logé les terroristes après les attentats de Paris «se doutait» bien de qui il accueillait.

Image extraite d'une interview de Jawad Bendaoud réalisée par BFMTV.

Image extraite d'une interview de Jawad Bendaoud réalisée par BFMTV.

Ce papier a été mis à jour le 26 mai après la publication de nouvelles informations sur les poursuites judiciaire à l'encontre de Jawad Bendaoud.

C’était le bouffon que la France attendait. Quelques jours après les attentats qui ont frappé la France le 13 novembre, un homme surgit devant les caméras de BFMTV. Le mercredi 18 novembre, au petit matin, Jawad Bendaoud explique à la France choquée et endeuillée qu’il est le propriétaire de l’appartement dans lequel logeait, entre autres, Abdelhamid Abaaoud, organisateur présumé des attaques, et où le Raid est en train de mener l’assaut. Mais, à ce moment-là, il prétend ne rien savoir sur les terroristes:

«J’étais pas au courant que c’était des terroristes, moi. […] Si je savais, vous croyez que je les aurais hébergés?»

Très vite, Jawad Bendaoud devient sujet à moqueries de la part d’internautes, qui tournent en ridicule sa naïveté et et sa prétendue ignorance. Comme l’a raconté par la suite Mélissa Bounoua sur Slate.fr, «face à cette situation de crise sans précédent, le rire a semblé être un bon exutoire, et le bouc émissaire de nos moqueries s’est imposé de lui-même». Jawad Bendaoud devenait ainsi «le bouffon dont la France avait besoin».

Plus d’un mois après, Le Monde a décidé d’enquêter sur le parcours de cet homme afin de mieux comprendre cette situation a priori rocambolesque.

Argent facile

Le quotidien explique d’abord que la mise en examen de Jawad Bendaoud et d’un certain Mohammed S., un de ses proches qui aurait servi d’intermédiaire, repose sur de nombreux éléments troublants, consultés par les journalistes auteurs de l’article: «Ces documents permettent surtout de mieux cerner leur degré de complicité avec les auteurs des attentats du 13 novembre, fruit d’un obscur mélange de bêtise, d’appât du gain, d’amitiés de quartier et de sympathie idéologique.»

Tout d’abord, le logeur a reconnu avoir regardé des vidéos d’Abdelhamid Abaaoud lors de son passage en prison mais niera d’abord avoir fait le rapprochement en le rencontrant. Le matin de l’assaut, il reçoit pourtant plusieurs textos de sa petite amie: «Je m’en doutais putain», «Je te l’avais dit en plus, c’est chelou». Face à la police, il finira par avouer: «J’ai douté, il y avait un truc pas clair, mais je ne vais pas prendre vingt ans pour ça, […] je m’en doutais, mais je voulais l’argent.»

Il y a quelques semaines, Le Parisien expliquait que Bendaoud avait par ailleurs fait la connaissance d’islamistes radicaux lors de son passage en prison. «Son incarcération passée a révélé des fréquentations avec au moins trois détenus considérés comme islamistes radicaux, écrit le journal, dont un terroriste condamné en 2008 à neuf ans de prison pour un projet d’attentat en France à l’aéroport d’Orly, entre autres cibles.»

C’est en prison qu’il fait la connaissance de Mohammed S., avec qui il commencera un trafic de drogue après leur libération en septembre 2015. L’arrangement entre les deux hommes pour loger les terroristes est parti de là, comme un moyen de se faire de l’argent facile: Mohammed S. empochait 100 euros, et Bendaoud 50. «À peine le prix de trois grammes de coke à eux deux», conclut Le Monde. 

Le journal du soir a expliqué fin mai que l'homme ne sera sûrement pas poursuivi pour terrorisme. «Sauf spectaculaire rebondissement de l’enquête, [Le juge Christophe Teissier] pourrait notifier au “logeur” sa requalification en simple recel de malfaiteurs lors de sa prochaine audition, prévue le 16 juin.»

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