Culture

Marilyn Monroe était juste une fille malade, très malade

Lori Leibovich, mis à jour le 05.10.2009 à 18 h 04

C'est ce que révèle une nouvelle biographie qui sort aux Etats-Unis.

En 1961, Marianne Kris, la psychanalyste qui traite Marilyn Monroe, est convaincue que sa célèbre patiente est au bord du suicide. Elle agit donc comme l'auraient fait la plupart des psychanalystes de l'époque en faisant interner Monroe dans un hôpital psychiatrique. Sachant que la star n'ira jamais de son plein gré — Monroe était terrifiée par les sanatoriums car sa mère y avait passé la plus grande partie de sa vie et sa grand-mère y était morte — Kris dit à sa patiente qu'elle la place dans un hôpital privé pour «se reposer et se relaxer». C'est par ce subterfuge que Monroe arrive à l'hôpital Payne Whitney de New York le 5 février, où des aides-soignants l'escortent rapidement à travers plusieurs portes d'acier, puis la mettent de force dans une pièce capitonnée aux fenêtres barricadées. «Je suis enfermée avec ces pauvres barjots», écrit Monroe à ses professeurs Paula et Lee Strasberg. «Je suis sûre que je vais devenir folle moi aussi si je reste dans ce cauchemar. S'il vous plaît, aidez-moi.»

Cet épisode, bien connus de ceux qui s'intéressent à Marilyn, est à nouveau relaté dans la nouvelle biographie à succès, The Secret Life of Marilyn Monroe. L'auteur, J. Randy Taraborrelli, raconte qu'une patiente de l'hôpital Payne Whitey rendant visite à Monroe après que celle-ci avait essayé d'enfoncer la porte de la salle de bain de sa chambre, lui avait dit: «tu es une fille très très malade. Et tu es malade depuis très longtemps.» La biographie de 541 pages de Taraborrelli est basée sur plus de dix ans de recherche. Elle comprend des citations des fichiers du FBI, rendus publics en 2006 grâce à la loi sur la liberté de l'information, ainsi que des notes prises par des reporters des années 1950, et des lettres jusqu'ici inédites écrites par Marilyn, ou encore d'autres s'adressant à elle ou la prenant pour sujet. Bien sûr, l'auteur promet des découvertes «explosives» et des «révélations», mais il n'y en a pas vraiment, en tout cas, pas pour le connaisseur de Marilyn que je suis. Ce qu'offre le livre en revanche, c'est l'approfondissement d'une tragédie bien plus ordinaire qui continue de fasciner, celle d'une femme que Taraborrelli appelle «un brave soldat engagé dans une bataille dévastatrice avec elle-même».

Monroe a succombé à une overdose en 1962. Selon les estimations, plus de 300 livres sur Monroe ont été publiés, et des écrivains aussi renommés que Norman Mailer, Gloria Steinem, et Joyce Carol Oates ont tentés de trouver un sens à sa courte vie. Etait-elle une victime d'Hollywood, ou bien n'était-elle vraiment heureuse qu'entourée d'admirateurs et de photographes? Etait-elle Norma Jeane, l'orpheline abandonnée cherchant l'amour et l'approbation, ou bien Marilyn, «le fantasme amoureux de tous les hommes d'Amérique », selon la formule de Mailer? Ou alors était-elle ces deux femmes à la fois, emmêlées inextricablement dans une psyché torturée? L'avons-nous (ou les Kennedy, le FBI et les autres) tuée ou s'est-elle tuée elle-même?

Taraborrelli explore les premières relations qui ont formé Norma Jeane Mortenson, y compris sa relation avec sa mère, Gladys Baker, une paranoïaque schizophrène. Il dévoile aussi des informations qui suggèrent que, à la fin de son adolescence, Monroe commence à entendre des voix et pense qu'elle est suivie. Cela pourrait probablement signifier que sa psychose était antérieure à son ascension fulgurante à sa plongée dans la dépendance aux médicaments. Est-ce intéressant? Oui, seulement parce que cela casse le récit romantique d'auto-flagellation que l'on préfère — ce «on» c'est le public insatiable qui l'a abîmée. En fait, rien de tout cela n'est surprenant étant donné son histoire familiale.

Le livre ne rentre pas dans ce qui m'intéresse le plus dans la maladie mentale de Monroe la relation peu orthodoxe de l'actrice avec Ralph Greenson, le psychiatre qui la traitait à l'époque de sa mort. Greenson était un analyste brillant et haut en couleur, ayant soigné plusieurs acteurs connus (Vivien Leigh, Frank Sinatra, Tony Curtis), et auteur d'un texte qui fait école: La technique et pratique de la psychanalyse. Greenson pense que sa patiente, hantée par son abandon lorsqu'elle était enfant, pourrait tirer parti du temps passé dans une famille stable et heureuse. Il choisit donc la famille qui lui est la plus proche : la sienne. Après des sessions journalières (parfois deux dans la même journée) dans le bureau privé de Greenson dans sa maison à Santa Monica, Marilyn rejoint souvent la famille pour les repas ou s'attarde, juste pour passer du temps avec eux; elle va aux soirées qu'ils organisent (elle débarque une fois à l'anniversaire de la fille de Greenson et se met à enseigner le twist aux invités). Taraborrelli affirme même qu'elle y passa la nuit à cette occasion.

Taraborrelli, qui a également écrit, entre autres, des biographies de Michael Jackson et d'Elizabeth Taylor, est plus mesuré au sujet de Greenson que beaucoup de spécialistes de Monroe, dont certains affirment qu'il est directement responsable de sa mort. «Dans les années 1950 et 1960, toutes sortes de traitements avant-gardistes pour les maladies mentales étaient testés», écrit-il. Les méthodes de Greenson étaient franchement critiquées pas ses collègues, et il était méprisé par la plupart des amis de Monroe, beaucoup d'entre eux pensant qu'il était un Svengali qui manipulait l'actrice fragile. Selon Taraborrelli, Pat Kennedy Lowe, une amie proche de Marilyn lui avait dit: «Tu vois trop ce type, on dirait qu'il t'a jeté un sort.»

De fait, Greenson s'insinue beaucoup dans l'espace vital de sa patiente. Il installe une femme de ménage dans la maison de Monroe à Brentwood et lui demande de surveiller l'actrice et de lui rapporter toute attitude dangereuse ou étrange qu'elle pourrait avoir. Le psychiatre va même jusqu'à intervenir dans les négociations professionnelles de Monroe. Alors qu'elle est sur le point de se faire renvoyer par la 20th Century Fox pour avoir manqué trop de jours de travail sur le film inachevé Something's Got to Give, Greenson garantit personnellement au réalisateur que la star arrivera désormais à l'heure et prête à jouer. Il ne pût cependant tenir sa promesse; Monroe était si déprimée et droguée à cette époque qu'elle finit par être renvoyée.

La fêlure la plus fascinante sans doute dans l'histoire Greenson-Monroe a été révélée en août 2005, lorsque le Los Angeles Times publie en une un article sur la découverte de «cassettes audio secrètes» prétendument faites par Monroe peu de temps avant sa mort pour Greenson. Les transcriptions de ces cassettes sont données au Times par l'ancien procureur de Los Angeles, John W. Miner, qui avait enquêté sur la mort de Monroe. Miner, qui a aujourd'hui plus de 90 ans, dit que Greenson lui avait permis d'écouter les cassettes et de prendre des notes à une condition: qu'il n'en révèle jamais leur contenu. Miner garde sa promesse pendant 30 ans, puis décide de rendre public ce qu'il sait pour laver le nom de Greenson, accusé par un biographe d'avoir prescrit à Marilyn un somnifère qui s'avéra fatal pour cause de mélange avec le Nembutal déjà présent dans l'organisme de l'actrice.

Les transcriptions sont pimentées par des passages destinés aux gros titres, y compris la confession de Marilyn de sa liaison lesbienne avec Joan Crawford, son aveu que le sexe avec son ex- mari Arthur Miller était «bof», et son intention de rompre avec son amant Robert Kennedy, alors Ministre de la Justice. Mais au-delà de ces détails juteux, c'est la relation bizarre, compliquée, et, semble-t-il, pleine d'amour de Marilyn avec son analyste, que les cassettes montrent plus profondément. «Depuis que tu m'as laissé entrer dans ton foyer...j'ai pensé à ce que ça aurait été d'être ta fille au lieu de ta patiente.... Je sais que je ne pourrais pas le faire tant que je suis ta patiente, mais quand tu m'auras guérie, tu pourrais peut-être m'adopter,» dit la femme qui, dans sa vie, n'a cessé, consciemment et inconsciemment, de chercher à remplacer l'homme qui l'avait abandonné avant sa naissance.

Mais tout devient encore plus étrange. Marilyn voyait Greenson comme une figure paternelle, mais un père qui lui apprenait comment avoir « e plus grand plaisir qu'il y ait», un orgasme. «Tu m'as dit...que quand je faisais exactement ce que tu me disais de faire, j'aurais un orgasme et que après me l'être fait à moi-même et avoir ressenti ce que c'était, je pourrais avoir des orgasmes avec des amants.» Il s'agissait là clairement d'un cas de transfert et de contre-transfert déchaînés. De son côté, Taraborrelli reconsidère les transcriptions écrites de Miner et trouve que ce dernier est un «homme très gentil et agréable», qui n'a «aucune raison de mentir» mais trouve cependant que l'explication de Miner «qu'il a reconstruit ses copieuses notes de mémoire, troublante».

Aujourd'hui Greenson se verrait certainement retirer sa licence et aurait sa photo en couverture du New York Post et de TMZ. Mais, malgré tout, la tâche de Greenson était herculéenne. Sa mission était principalement de soigner une patiente intraitable, se trouvant à la frontière de la paranoïa schizophrène (son diagnostic). Une personne suicidaire qui pouvait se procurer d'un nombre incalculable de personnes les médicaments dont elle était dépendante - et qui ne pouvait pas être internée. Dans des notes sur le cas Monroe auxquelles se réfère Taraborrelli, Greenson écrit qu'il pensait devoir l'empêcher d'être «à nouveau internée, car je sais qu'elle n'y survivra pas une seconde fois».

La «vérité» de la relation de Marilyn Monroe avec son psychiatre Ralph Greenson restera toujours ouverte à l'interprétation; Greenson est mort en 1979 et, alors que ses papiers sont conservés dans une collection spéciale à UCLA, la plupart de ses documents concernant son traitement de Monroe resteront inaccessibles jusqu'en 2039. Dans ses tentatives de l'aider, il a indubitablement franchi toutes les bornes, et a même peut-être aggravé son cas. On cherche toujours un coupable extérieur pour expliquer la vie et la mort tragique de Marilyn. On tient pour responsable la machine à célébrité d'Hollywood, les mauvais choix de maris, les Kennedy, ainsi que Ralph Greenson. Mais il n'y a pas de coupable dans cette triste histoire. Au cœur du récit se trouve quelque chose de bien plus simple: une fille très, très malade.

Lori Leibovich

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Image de Une: Michael Ochs Archives/Corbis

 

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