Culture

Voici la vraie recette d’un film de Noël

Vincent Manilève, mis à jour le 22.12.2015 à 17 h 53

Vous aurez besoin, entre autres, de Christian Clavier, de Julia Roberts et de bestioles mignonnes et jaunes.

Montage réalisé par Slate.fr. Via Allociné et REUTERS/Mario Anzuoni, Laurent Dubrule.

Montage réalisé par Slate.fr. Via Allociné et REUTERS/Mario Anzuoni, Laurent Dubrule.

Un scandale. Cette année, et contrairement à celles qui ont précédé, les chaînes de télévision ne diffuseront pas la plupart des grands films de Noël que l’on aime revoir chaque hiver (ou pas): Le père Noël est une ordure, Maman j’ai raté l’avion, Love Actually ou encore Les Dix Commandements... Comment faire alors pour digérer en douceur sa bûche de Noël un peu trop chargée en chocolat?

Ces films ont une importance particulière puisqu’ils font partie de «l’esprit de Noël» et correspondent bien souvent à la vie de famille dont on profite à cette époque de l’année. Sur le site de 20Minutes, Guillaume Soulez, chercheur en cinéma, explique que l’on ne regarde pas ces films à d’autres périodes de l’année et surtout qu’ils permettent souvent d’aborder avec dérision la vie de famille

«Ce n’est pas toujours évident de se retrouver en famille, il y a toujours un oncle qui fait une remarque déplacée à table. Alors, les films se doivent d’être consensuels, tolérants sur les différences. Les comédies de mœurs qui se passent dans les familles marchent très bien.»

Mais pas seulement: les films les plus diffusés depuis 1957 sont des dessins animés d’Astérix ou les fameuses aventures de la princesse Sissi, comme l’explique France TV Info sur son site. «C’est intéressant parce qu’on voit tous les types de films. Durant la période des fêtes, les chaînes s’adressent à un public très familial, plutôt jeune», analyse Benoît Danard, directeur des études et des statistiques au CNC contacté par le site.

Face à une telle diversité dans la programmation, Slate.fr a ainsi décidé de se pencher sur les films diffusés pendant ces vacances de fin d’année et de vous proposer l’un de ses grands classiques: la recette, extrêmement complexe mais quasiment parfaite, d’un film de Noël comme on les aime. 

1.Les acteurs et les personnages 

Pour bien réussir son film de Noël, il faut bien évidemment des acteurs populaires. Avec un potentiel comique. Et un potentiel amoureux s’ils sont anglo-saxons. L’incontournable: Hugh Grant et Julia Roberts. Ils symbolisent LA comédie romantique–genre bien souvent diffusé en hiver...

Mais, cette année, aucune chaîne ne diffusera Love Actually, film de Noël par excellence dans lequel Grant interprétait un Premier ministre amoureux de son assistante. Rassurez-vous, l’acteur britannique accompagnera vos repas à rallonge grâce au film Le Come-Back, diffusé le 29 décembre sur France 2, renforçant son image de gendre idéal pour réveillon de Noël poli et british. En face, on retrouve l’indispensable Julia Roberts, égérie des rom-com des années 1990. On les avait tous les deux retrouvés dans le film Coup de foudre à Notting Hill... diffusé comme par hasard le 21 décembre sur TMC.


Côté français, qui choisir pour votre film de Noël? Christian Clavier. Certes il n’est pas franchement le Hugh Grant français, mais il réussit l’exploit de truster les comédies françaises actuelles comme anciennes: L’opération Corned-Beef, Les Visiteurs en Amérique, L’enquête corse… Ces films permettent de rassembler la famille au complet, entre des parents nostalgiques de la troupe du Splendid et des enfants toujours amateurs de grimaces en tout genre.

Sur le thème: impossible de passer à côté d’une dose de fantastique (la «magie de Noël»)», que vous trouverez facilement du côté des personnages issus de dessins animés ou de films d’animation. La grille de programmes aurait tendance à nous conseiller de choisir Shrek (un habitué des fêtes de Noël puisqu’il a son film dédié), mais la conjoncture actuelle nous pousse à lui préférer une autre espèce de monstre: les Minions. Bien qu’ils soient à 2015 ce que les baies de genièvre sont à la choucroute (c’est-à-dire une infamie), il faut reconnaître qu’ils ont tout simplement dominé internet et les rayons de jouets cette année. Ce n’est pas un hasard si TF1 a diffusé Moi, moche et méchant 2, sorte de sequel du film qui leur a été dédié cette année, le 20 décembre en primetime.

 

2.Le décor

Deux options s’offrent à vous pour le décor. La solution la plus simple: tourner le film à New York. De Maman j’ai encore raté l’avion à Elfe en passant par Quand Harry rencontre Sally, la ville américaine a su capter à elle seule tout «l’esprit de Noël». Il suffit de voir de la neige tomber sur Central Park pour ressentir le besoin d’enfiler un pull moche et de manger du popcorn.


Mais si votre budget vous le permet, vous pouvez également opter pour l’option film d’action ou d’aventures. S’ils ne font en aucun cas référence à Noël, ils offrent un bon moyen de rassembler petits et grands devant un même écran. Cette année, vous aurez ainsi droit à l’intégrale de la saga Spiderman, à Pirates des Caraïbes (et sa version française L’Île aux Trésors avec Gérard Jugnot), aux Voyages de Gulliver, au Retour de La Momie ou encore à Benjamin Gates et le livre des secrets, avec l’excellent Nicolas Cage dans le rôle-titre. France 3 a décidé de son côté de diffuser plusieurs westerns dont certains avec John Wayne comme El Dorado ou Alamo. Attention cependant, choisir l’option western peut s’avérer catastrophique si les ingrédients qui le composent ne sont pas utilisés avec parcimonie. Demandez à Jean Dujardin ce qu’il en pense: le film Lucky Luke (diffusé cet hiver par France 4) souhaitait allier aventure et comédie en reprenant un personnage mythique de la culture française. Le film s’annonçait comme un succès, mais le public n’a pas suivi

 

Afin de s’assurer que votre film ne devienne pas trop exotique, il faut que le spectateur y retrouve aussi une certaine nostalgie française, faite de burlesque, de cape et d’épée et de Marcel Pagnol. Le service public s’en est même fait une spécialité avec un menu d’hiver en partie consacrée à une filmographie française très classique et régulièrement diffusée à l’antenne: Marius, Peau d’âne, Jean de Florette, Manon des Sources, Cartouches, ou encore La Tulipe noire, qui sera diffusé pour la neuvième fois à Noël depuis 1957… Il est donc très important de ne pas oublier ce petit ingrédient, cette petite madeleine de Proust, qui permettra d’accrocher un public plus âgé.


 

3.L’intrigue

Dernière étape. Inutile ici d’essayer d’imiter Cyril Lignac: il faut faire simple mais efficace. Situation initiale, élément perturbateur, péripéties, élément de résolution et situation finale. Hors de question de laisser le téléspectateur avec un plan final énigmatique façon Inception. D’abord, il faut introduire les personnages principaux, souvent trouillards ou mal à l’aise dans leur vie. Dans E.T. l’extra-terrestre (diffusé sur France 2), Elliott est un petit garçon de 10 ans plutôt introverti dont la vie va basculer après sa rencontre avec l’alien. Ce schéma fonctionne très bien puisqu’il permet d’introduire un autre personnage qui va non seulement apporter une solution à un manque personnel chez le héros mais aussi à des problèmes qui le dépassent. Le duo fonctionnant plutôt bien, vous pouvez facilement associer un héros pessimiste et peu enthousiaste et un personnage secondaire plus loufoque qui se chargera de tous les aspects comiques du film. Si l’on en croit le canon de beaucoup de films de Noël, un personnage de sexe opposé sera ajouté plus tard dans le film et aura pour mission d’apporter une valeur universelle que l’on retrouve quasiment à chaque fois: l’amour.

C’est pour cela que le film doit finir par un mariage en pleine fête de Noël. D’ailleurs, TF1 diffuse cette année un grand nombre de films où le dénouement reste le même: Un mariage de princesse, Le mariage de mon meilleur ami (coucou Julia Roberts), ou Il était une fois

Voici donc le synopsis du film que Slate.fr vous propose pour les fêtes:

John (Hugh Grant), riche trader de Wall Street à New York, est un père de famille divorcé à qui sa fille de 25 ans (Emma Stone) ne parle plus. Mais, un jour, en revenant d’un voyage en France, il retrouve dans sa valise trois Minions (bien sûr, dans le film, ils porteront un autre nom, question de propriété intellectuelle), d’étranges petites créatures jaunes aussi gaffeuses qu’adorables. Cela fait plusieurs jours qu’elles tentent d’échapper à l’infâme M. Beaulieux (Christian Clavier), un terrible homme d’affaire français qui veut les capturer pour les enfermer dans son nouveau parc d’attractions. Aidée par Sarah (Julia Roberts), sa voisine de palier, et sa fille, John va alors affronter un nombre incalculable de situations cocasses dans les rues de New York. Après un affrontement final au sommet de la statue de la Liberté, le trader réussi à mettre hors d’état de nuire ce fourbe de Français et va comprendre que, ce qui lui manquait dans sa vie, c’était bien l’amour de Sarah, de sa famille et de ces adorables bestioles jaunes.

Pour un film de Noël, retenez donc ces trois ingrédients indispensables: de l’humour, de l’amour, et surtout une famille réunie, parce que c’est mignon. 

 

 

Vincent Manilève
Vincent Manilève (353 articles)
Journaliste
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