Économie / Monde

Une des meilleures armes de Daech? Le blé

Temps de lecture : 2 min

La céréale est une des ressources principales du groupe État islamique et fait l’objet de vives convoitises dans le conflit syrien.

Un Syrien remplissant son camion de blé, dans un champs près d'Idlib. Le 31 mai 2015. REUTERS/Khalil Ashawi
Un Syrien remplissant son camion de blé, dans un champs près d'Idlib. Le 31 mai 2015. REUTERS/Khalil Ashawi

L’organisation terroriste de l’État islamique (EI) tire une grande partie de ses ressources financières du pétrole ou des taxes qu’elle impose sur son territoire occupé. Une autre, moins considérée, est le blé. Chercheur à l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris), Sébastien Abis a souligné dans un article de Terre-net que la présence de Daech «se superpose» avec les régions céréalières de l’Irak et de la Syrie. Une assertion confirmée par le Washington Post.

Le quotidien américain a indiqué que les différents combats dans la région s’opèrent sur chaque point de la production du blé: des champs aux silos, en passant par les boulangeries. L’EI contrôlerait plus d’un million de tonnes de blé et 30% de la production de cette céréale rien qu’en Syrie, selon Terre-net.

L’affrontement pour le contrôle du blé s’est d’abord opéré entre l’Armée syrienne libre et le régime de Bachar el-Assad. Seulement, quand les opposants s’emparaient de silos de blés, ils ne savaient comment conserver les stocks de céréales contenus dans ces réservoirs. «Ils ont donné au régime une excuse pour les blâmer», a estimé un ancien responsable de l’association des travailleurs en boulangerie au Washington Post.

«Ils se considèrent comme un gouvernement»

À l’inverse, l’État islamique n’a pas subi ces désagréments car les experts agricoles de certaines villes que les terroristes contrôlaient, comme Raqqa, étaient autorisés à se rendre à Damas pour y être formés par le gouvernement.«Les milices sont toujours intéressées pour garder les experts car ils savent que ces derniers prendront soin du système et le feront bien marcher», a déclaré Adam Vinaman Yao, membre de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Le groupe État islamique a d’abord laissé les agriculteurs sur les terres qu’il contrôle exporter leur blé à tous les acheteurs potentiels. «À l’Iraq, à des traders en Turquie ou même au gouvernement [syrien], le tout à des prix gonflés», explique le Washington Post.

Une taxe de 20 à 25% était ainsi prélevée sur les prix, en grain ou en cash, pour le transport en dehors de ses zones. Mais, en 2015, l’EI a décidé d’acheter la plupart de ces récoltes, à des prix supérieurs que ceux proposés notamment par le régime d’Assad. «Ils l’achètent car ils se considèrent eux-mêmes comme un gouvernement», a déclaré au Washington Post un ingénieur de Raqqa.

Le prix du pain a fl​ambé de 87%

Selon le quotidien américain, l’organisation revend les céréales à la frontière turque, où les prix sont bien plus élevés. Ironie de l’histoire, les donateurs internationaux achètent en grande partie le blé en Turquie, «contribuant possiblement à garder les prix à un niveau élevé», pour les renvoyer en Syrie via l’aide humanitaire.

Des coûts et une situation qui provoquent d’énormes répercussions sur les populations civiles. Selon un rapport de juillet de la FAO, 9,8 millions de personnes souffrent en Syrie d’insécurité alimentaire, dont 6,8 millions dans un état grave, alors que le prix du pain a augmenté de 87% cette année.

Slate.fr

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