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Quand la presse américaine vibrait d’admiration pour Hitler

Repéré par Robin Verner, mis à jour le 21.12.2015 à 12 h 53

Repéré sur The Daily Beast

Entre les yeux «couleur de dauphinelle bleue» du Führer et sa fascinante capacité à faire entrer les trains à l’heure en gare, rien n’a été épargné.

Hitler à Munich en 1931 | Recuerdos de Pandora via Flickr CC License by

Hitler à Munich en 1931 | Recuerdos de Pandora via Flickr CC License by

Il suffit de lire les commentaires sur les réseaux sociaux en-dessous des articles de Slate pour se souvenir que le traitement journalistique de l’actualité fait rarement l’unanimité. Il est cependant rare qu’une mauvaise couverture médiatique des événements continue de faire honte plus de quatre-vingts ans après. C’est pourtant le cas avec le suivi d’Adolf Hitler par la presse américaine en 1933, comme le déplore le Daily Beast.

L’ascension d’Hitler en Allemagne a pris de court la plupart des observateurs, qui ont d’abord approché le phénomène du nazisme avec une certaine ignorance. Même la lecture de Mein Kampf n’avait pas de quoi les effrayer: il n’oserait pas, se disaient-ils. Ce qui avait été vrai pour les autres le serait pour Hitler également: une fois parvenu au pouvoir, c’est bien connu, les radicaux mettent de l’eau dans leur vin. Le Philadelphia Evening Bulletin du 30 janvier 1933 (jour de l’arrivée d’Hitler à la tête du gouvernement) voyait ainsi «des signes de modération» chez celui-ci, et le chef du bureau du New York Times abondait dans ce sens.

Les persécutions contre les juifs et les opposants, commençant dès les premiers mois de pouvoir, ont été minimisées, voire justifiées, comme lorsque le Christian Science Monitor expliquait que «c’est le communautarisme juif en matière économique qui est à l’origine des problèmes des juifs en Allemagne».

Les beaux costumes

Dans les premiers mois du règne d’Hitler (ou même les premières années), la presse préférait parler des «trains à l’heure dans les gares allemandes» et des «élégants costumes bleus» du personnel y travaillant, ou encore de l’esthétisme et de l’atmosphère de sa maison de Berchtesgaden, dans les Alpes bavaroises.

Les médias américains étaient très influencés par la politique de leur pays, a fortiori au sujet des relations internationales. Or Franklin Roosevelt craignait de froisser Hitler et les siens. Mais aucune circonstance ne pourrait éclairer certaines envolées lyriques. Ainsi, Anne O’ Hare McCormick, qui remportera d’ailleurs le Pulitzer trois ans plus tard, rencontre Hitler pour un entretien à l’été 1933. Elle écrit

«Un homme plutôt simple et timide, plus jeune que ce qu’on aurait pu attendre, plus robuste, plus grand. [...] Ses yeux sont presque de la couleur de la dauphinelle bleue dans le vase derrière lui, curieusement enfantins et candides. [...] Sa voix est aussi tranquille que sa cravate noire et son costume croisé noir. [...] Herr Hitler a la main sensible d’un artiste.»

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