France

17% des Français pensent que la diversité est une menace

Temps de lecture : 3 min

Cette enquête de l’Institut Viavoice pour Slate.fr explore la perception de la diversité par les Français.

Beverly Hills, 2009. REUTERS/Mario Anzuoni
Beverly Hills, 2009. REUTERS/Mario Anzuoni

À quoi pensez-vous en entendant le mot «diversité»? Si vous viennent d'abord en tête la couleur de peau et la religion, alors vous faites partie de la majorité des Français, selon un sondage de l’Institut Viavoice pour Slate.fr. Vous oubliez pourtant d'autres populations: entre autres les femmes et les personnes handicapées.

Dans notre enquête, qui explore la perception de la diversité par les Français, dans un contexte post-électoral qui a vu le FN remporter des scores historiques, les sondés étaient mis face à une liste de profils, proposés dans un ordre aléatoire. Ils ont d’abord pensé «aux personnes de différentes couleurs de peau». Ont suivi les «différentes religions» et les «étrangers», selon cette étude de la nouvelle filiale «Diversity» de Viavoice.

Les personnes handicapées et les «revendications sur l’égalité hommes/femmes» arrivent respectivement en avant-dernière et dernière place du podium, avec 33% de personnes qui n’y pensent pas du tout et même 34% pour l’égalité femmes/hommes, selon ce sondage réalisé en ligne du 25 novembre au 27 novembre 2015 (auprès d’un échantillon de 1.000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus).

Une vision qui correspond au discours médiatique

Il n’existe pas de concept sociologique précisément défini de la notion de diversité, explique Isabelle Rigoni, maîtresse de conférences en sociologie à l’INS HEA (Suresnes). Mais lorsque l’on pense à la notion de diversité, on fait communément référence aux vingt critères de discrimination présents dans le droit. Ces critères sont les suivants:

«Origine, sexe, situation de famille, grossesse, apparence physique, patronyme, état de santé, handicap, caractéristiques génétiques, mœurs, orientation ou identité sexuelle, âge, opinions politiques, activités syndicales, appartenance ou non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée»

Ils sont donc encore plus variés que ce sondage. Les Français sous-estiment largement le champ d'application de la notion, mais, selon Isabelle Rigoni, «ce n’est pas étonnant car cela renvoie à un discours politique et journalistique récurrent, qui parle beaucoup plus de diversité ethnique que de handicap dans les médias».

Superposition frappante avec les résultats électoraux

Autre enseignement du sondage, les Français se disent assez majoritairement ouverts à la diversité, mais restent pessimistes sur son application. 56% des sondés affirment que «la diversité est une opportunité», mais 55% sont aussi «plutôt pessimistes» sur «l’avenir de la diversité en France». Ces données «montrent un attachement de la société à la pluralité et l’inclusion, malgré les discours manichéens en vogue», souligne Viavoice. 62% estiment par ailleurs qu’il y a «beaucoup à faire».

Un enjeu démocratique

Cette majorité de personnes favorables à la diversité ne doit pas occulter le nombre très élevé qui en ont une vision trouble voire négative: 28% des sondés estiment en effet que la «société en fait déjà assez, c’est suffisant» et 10% qu’il «n’y a pas grand-chose à faire». Étant donné que les étrangers, la religion et les personnes de couleur de peau différente sont les trois principaux items associés à la diversité, ces 38% de personnes qui semblent perplexes ou réfractaires à un concept inscrit au cœur même de nos institutions ont de quoi interroger. D’autant que le nombre de personnes qui estiment que «la société en fait déjà assez, c’est suffisant» ressemble étrangement aux scores du Front national aux dernières élections régionales (28%) –même si les résultats du sondage ne permettent pas de dire s’il s’agit des mêmes personnes.

Si l’on plonge dans le détail du sondage, on s’aperçoit qu’il ne s’agit pas d’un simple rejet des étrangers, des religieux ou des personnes non blanches mais d’un phénomène plus complexe. Interrogés sur le fait de savoir si la diversité est une menace ou une opportunité, 17% jugent que oui, et 27% affirment «ne pas savoir» si c'est une menace ou une opportunité: il existe donc une forte proportion de personnes hésitantes, qui, politiquement peuvent représenter un électorat volatile.

Un peu comme les «swing voters», qui hésitent entre deux candidats, ces «swing thinkers» hésitent entre deux positions de pensée. Ils peuvent être le reflet de la confusion engendrée par les glissements idéologiques à gauche et à droite, comme l’ont relevé plusieurs chercheurs présents à la Fondation Jean Jaurès au lendemain du premier tour. Des glissements qui, selon ces chercheurs, sont en partie responsables du score très élevé du Front national aux dernières élections régionales et qui, à plus longue échéance, peuvent profondément changer les termes de notre contrat social.

Aude Lorriaux Journaliste

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