France

Les Miss France sont-elles «sur-diplômées»?

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 19.12.2015 à 14 h 13

Voici la répartition des candidates à l'élection du concours Miss France par niveau de diplôme obtenu ou visé: les 31 jeunes candidates sont bien au-dessus du niveau moyen de leur génération...

Candidates au concours Miss France 2016 - Site officiel

Candidates au concours Miss France 2016 - Site officiel

Le concours Miss France n'épousera pas les contours du redécoupage des régions françaises, mais l'institution n'est pas insensible pour autant à toute idée de réforme territoriale: en 2016, il n'y aura plus que 31 territoires représentés pour l'élection qui aura lieu ce samedi soir, contre 33 l'année passée: c'est la conséquence des regroupements dans les territoires d'Outre Mer (la Guadeloupe «absorbe» les candidates de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy) et dans le centre de la métropole (Centre et Orléanais fusionnent en une grande région de Miss Centre-Val de Loire).

Ces précisions connues, que nous apprennent les biographies des jeunes candidates sur leur parcours scolaire, encore en cours pour nombre d'entre elles? Que malgré certaines permanences qui assurent à l'émission son côté convenu (aimer les animaux, l'équitation et les voyages restent des valeurs sûres pour concourir...), ou old school (il ne faut être ni mariée, ni pacsée, ni divorcée ni mère de famille pour devenir la reine de beauté de la France), elles sont bien plus souvent diplômées de l'enseignement supérieur que la moyenne de leur classe d'âge, et que ces diplômes sont plus élevés que la moyenne.

Les candidates pour Miss France 2016 à Papeete, en Polynésie française, le 22 novembre 2015 AFP PHOTO / GREGORY BOISSY

Le diagramme ci-dessous permet de mesurer cet écart: si désormais plus de 45% des étudiantes qui sortent du système scolaire au début de la décennie 2010 ont un diplôme d'études supérieures [1], les deux dernières promotions de Miss France comptent une majorité écrasante de ces probables futures diplômées: près de 80% l'année dernière, et même au-delà de 90% en 2016 [2].

 

D'anciennes Miss France, présentes pour une l'association («Les Bonnes Fées»). De gauche à droite: Valerie Bègue, Marine Lorphelin, Sophie Thalmann, Rachel Legrain-Trapani, Linda Hardy, Sylvie Tellier, Laetitia Bleger, Alexandra Rosenfeld, Camille Cerf et Corinne Coman le 3 septembre 2015 à Paris. AFP PHOTO / FLORIAN DAVIDotre légende ici

Comme nous l'avons écrit l'année dernière, il faut remonter à 2000 pour trouver une Miss France qui n'est pas allée jusqu'au bac –Sonia Rolland, qui expliquait alors avoir «zappé le lycée» pour s’orienter vers le mannequinat. Depuis, le concours a connu quelques Miss très diplômées comme Sylvie Tellier en 2002 (maîtrise en droit fiscal, équivalent à l’époque de bac +4, devenue depuis organisatrice du concours) ou Corinne Coman qui, en Deug (bac +2) de sciences en 2003, l’année de son élection, passe ensuite deux masters (en droit européen des affaires et en Marketing et communication des entreprises). Depuis 2001, les lauréates sont systématiquement engagées dans un cursus à bac +2 (BTS-DUT) ou bac +3 et plus (Licence ou Master).

Cette année, elles ne sont plus guère que deux à avoir un niveau Bac ou équivalent. Toutes les autres sont engagées dans un cursus à bac +2 (7 sont en BTS-IUT), bac +3 (9 visent le niveau Licence) et bac +5 et plus (12, si on prend en compte leurs souhaits de carrière et le niveau de qualification correspondant). La plus diplômée au terme de son cursus sera sans doute Iris Mittenaere, représentante du Nord-Pas de Calais, en cinquième année de chirurgie dentaire (c'est d'ailleurs la candidate qui a remporté le meilleur score au traditionnel test de culture générale).

Comme l'année dernière, on peut estimer que le niveau de diplôme des candidates au concours Miss France illustre une forme d'inflation scolaire: il est désormais nécessaire d'avoir un niveau d'au moins bac +3 pour de très nombreux métiers (infirmière, enseignant, comptable, etc.) Parallèlement, la course au diplôme passe de plus en plus par un retrait des filières courtes ou non sélectives des enfants des cadres au profit de filières et de matières qui assurent une avance dans la compétition: les grandes écoles et les filières sélectives (comme la médecine) à l'université, des itinéraires qui restent marginaux chez les wanabee «Miss».

Déjà observée l'année dernière, la domination sans partage de la filière éco-droit-gestion, université et écoles de commerce confondues, se précise. Camille Cerf, lauréate du concours 2015, était d'ailleurs en école de commerce l'année de son couronnement. Les secteurs traditionnellement très féminisés du travail social, de l'enfance et de l'éducation suivent de près.

Quoiqu'il arrive ce soir, on peut donc lancer un pari probablement gagnant: Miss France 2016 sera plus diplômée qu'une grande majorité de Français.

1 — En raison de la proportion plus importante de diplômés du supérieur chez les femmes que chez les hommes au sein des jeunes générations, seules les étudiantes sont prises en compte dans la comparaison. Retourner à l'article

2 — A partir des éléments fournis dans leurs biographies officielles, nous choisissons de prendre en compte le niveau de qualification visé, ou correspondant au poste que la candidate déclare vouloir occuper plus tard. Les niveaux de qualification retenus s'inspirent de la nomenclature nationale des niveaux de formation en 6 niveaux utilisée par l'Insee ou l'Education nationale dans leurs statistiques. Certes, certaines décrocheront peut-être avant d'obtenir le diplômé souhaité, mais les candidates étant plus jeunes que l'ensemble des sortantes du systèmes scolaire, prendre en compte leur niveau d'étude actuel serait injuste.

Exemples: Océane Pagenot, représentante de la région Champagne-Ardenne, actuellement étudiante en deuxième année de DUT Gestion des entreprises et administration, «souhaite poursuivre ses études via un Master banque et finance et devenir ainsi gestionnaire de patrimoine»: elle vise donc un niveau Master. Margaux Bourdin (Centre-Val de Loire) est en première année d’IUT, en Technique de commercialisation: elle vise donc un diplôme de DUT (bac +2). Retourner à l'article

Jean-Laurent Cassely
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