Science & santé

Voici l’homme qui aide les femmes à se réconcilier avec le sexe

Repéré par Aude Lorriaux, mis à jour le 17.12.2015 à 14 h 04

Repéré sur Broadly, France TV Info, New York Times, 20 minutes

Aux États-Unis, une dizaine de personnes sont habilitées à porter assistance à des personnes qui ont d'importantes difficultés à accepter leurs corps.

Le Bernin, L’Extase de sainte Thérèse | Livioandronico2013  via Wikipedia CC License by

Le Bernin, L’Extase de sainte Thérèse | Livioandronico2013 via Wikipedia CC License by

En France, comme dans de nombreux pays occidentaux, l’assistance sexuelle n’est pas reconnue comme un acte de soin à part entière. Les personnes qui la pratiquent risquent d’être arrêtées pour prostitution. Aux États-Unis, il n’y a que dix professionnels du genre, pour une population de presque 320 millions de personnes. Le magazine Broadly a rencontré l’un d’eux, Larry Villarin, un «vieux hippie» de 62 ans qui «parle lentement» et qui a déjà aidé, par sa personnalité pacifique et rassurante, des dizaines de femmes qui n’avaient jamais embrassé ni eu de relations sexuelles à se réconcilier avec leur corps.

À l’instar de cette patiente de 35 ans, victime d'un accident de voiture à l’adolescence, la laissant aveugle d’un œil et avec des cicatrices sur le visage. Depuis cette époque, elle s’est mise dans la tête que personne ne pourrait tomber amoureuse d’elle. «Elle s’est retirée du monde de l’amour romantique et du sexe», résume Broadly. Lors de leur rencontre, Larry s’est bandé les yeux, conformément à son souhait. Il a peu à peu découvert que son blocage venait d’une peur démesurée du ridicule. «Elle avait besoin de croire que je ne me moquerai pas d’elle ou que je ne fuirai pas en courant. C’était beau de la voir s'ouvrir enfin.»

Jeux dans le miroir

Parmi les «patientes» qu’il a rencontrées ces trente-cinq dernières années, on trouve toutes sortes de gens. Handicapées, victimes d’abus sexuels, croyantes issus d’un milieu religieux très stricte. Il a aussi vu des millionnaires, des génies, des femmes vierges de 40 ans et de puissantes juges. Son tarif est de 150 dollars par heure. Pour cela, le sexagénaire a suivi une formation de 100 heures auprès de l’Association internationale des assistants sexuels professionnels, qui lui a remis une certification. C’est l’association qui ensuite met en contact ces professionnels et les patients, après recommandation d’un psychiatre.

Je fais la description de chaque doigt de pied, comment je les ressens, tout cela très honnêtement. Je dis aussi que je n’aime pas trop mes fesses tombantes

Larry Villarin

Pour faire revenir ces personnes au plaisir, ou leur faire découvrir pour la première fois, Larry procède très lentement. Pendant une heure au moins, les femmes qui se présentent à lui parlent de leurs appréhensions, de leur histoire, de leurs blessures. L’heure suivante, si tout va bien, les mains peuvent se toucher. Au bout d’un certain temps, quand la personne est prête à se mettre nue, Larry utilise des jeux, pour mieux lui faire accepter l'image de son corps. Dos à dos, par exemple, ils décrivent lentement chaque membre, face au reflet d'un miroir. «C’est une méditation orale. Je fais la description de chaque doigt de pied, comment je les ressens, tout cela très honnêtement. Je dis aussi que je n’aime pas trop mes fesses tombantes, ou que je me suis cassé le doigt de pied à 20 ans», raconte Larry, qui ensuite invite sa patiente à faire de même.

Don de soi

En France aussi, des assistants sexuels opèrent avec le risque d’être arrêtés, mis en prison pour sept ans et d'avoir à payer 150.000 euros d’amende, car le législateur considère que leur activité relève du proxénétisme. C’est le cas de l’Association pour la promotion de l’accompagnement sexuel (Appas), qui organise des stages depuis mars 2015 pour former des volontaires. Son président est Marcel Nuss, un homme lourdement handicapé par une amyotrophie spinale, qui a fondé la structure avec sa femme. 

Jill Nuss est elle-même une ancienne escort-girl devenue assistante sexuelle, puis secrétaire de l’organisation, raconte France TV info. Elle a depuis quelque temps arrêté «pour de bon»: «Je me suis rendu compte que ce n'était pas compatible (...). On ne peut pas faire ça, sans le vouloir à 100%, sans être totalement dans le don et l'accueil de ce que l'autre a à donner.»

Le New York Times racontait le combat de ces personnes handicapées dans une vidéo sensible réalisée par Stéfania Rousselle en 2013, que vous pouvez revoir ci-dessous:

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