Tech & internet

Pendant douze ans, il a géré un site qui collectait le pire d'internet

Repéré par Grégor Brandy, mis à jour le 17.12.2015 à 13 h 02

Repéré sur New York Mag

K. Thor Jensen était le co-créateur du Portal of Evil, un site qui rassemblait le pire du web, entre 1999 et 2011.

Un clavier. REUTERS/Robert Galbraith

Un clavier. REUTERS/Robert Galbraith

Il y a quelques semaines, on vous a parlé d'un site qui transformait le pire de l'internet en défi. Mais avant de le tourner en défi, beaucoup de gens circulaient sur des sites proposant les mêmes contenus.

Si vous avez passé un peu de temps sur internet au début des années 2000, il est possible que vous ayez entendu parler de Portal of Evil, qui regroupait ce qui se faisait de pire sur le web. L'un de ses deux fondateurs, K. Thor Jensen, raconte dans le New York Magazine avoir géré le site pendant douze ans, entre 1999 et 2011, ce qui lui permettait notamment de pouvoir payer son loyer. Avec son partenaire Chet, «ils ont attiré des millions de pages vues avec des photos immondes, des obsessions obscures, des théories du complot complètement folles et des choses que l'on peut à peine décrire». Des milliers de contenus plus dérangeants les uns que les autres, et dont il a fait une liste des préférés des visiteurs à la fin de l'article.

S'habitue-t-on à l'horreur?

Il y a plusieurs raisons pour lesquels les visiteurs venaient sur son site. Certains pouvaient jeter un œil aux trucs les plus dérangeants avant de reprendre leur petite vie normale «sans avoir causé le moindre mal». D'autres expliquent que cela leur permettait de relativiser leur vie. Enfin, il y a ceux qui racontent que cela leur permettait d'entrer en contact avec des gens aux intérêts similaires qu'ils n'auraient probablement jamais pu rencontrer ailleurs.

Son créateur a finalement décidé de s'en éloigner, inquiet d'être trop habitué aux horreurs qu'il publiait, mais une psychologue qui s'est intéressé à ces phénomènes l'a finalement rassuré, lui expliquant qu'elle n'était pas tout à fait d'accord avec l'idée que nous devenons moins sensibles à des choses immondes:

«Elle n'avait pas tort dans mon cas. J'était peut-être moins sensible à la vue du dégoût, mais j'étais plus sensible aux ramifications de mes actes. Plusieurs combines semblaient aller trop loin, et j'ai commencé à m'éloigner du site.»

C'était un peu après avoir vu la pire chose de sa vie –la naissance de son fils lors d'une césarienne– et de finir sur cette superbe remarque:

«Je ne vais pas affirmer qu'il y a quelque chose de beau derrière chaque chose immonde. Comment cela serait-il possible? Mais si vous regardez assez longtemps, ce que vous découvrirez pourrait vous surprendre. Ou vous faire arriver sur une liste de personnes à surveiller. L'un des deux.»

Reste que si lui avait choisi d'ouvrir ce site et de le gérer, d'autres n'ont pas tout à fait la même chance. À la fin de l'année 2014, Adrian Chen avait raconté dans Wired le quotidien d'une armée de petites mains dont le travail consiste à modérer les contenus –parfois immondes– postés sur Facebook «pour en protéger le reste d'entre nous».

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