Culture

J’ai vu «Le Réveil de la Force» avec un profane: il attendait Dark Vador

Vincent Manilève et Marc Pédeau, mis à jour le 18.12.2015 à 9 h 19

Marc, 28 ans, n’a jamais vu un seul «Star Wars». Nous l’avons donc emmené bon gré mal gré voir «Le Réveil de la Force». Ses réactions (garanties sans spoiler) sont savoureuses.

Image tirée du film «Star Wars: Le Réveil de la Force».

Image tirée du film «Star Wars: Le Réveil de la Force».

«Hier lors d’une soirée avec des amis je cherchais le nom de ce personnage, là... Et j’ai dit un truc comme “Heineken Skywalker” pour parler d’Anakin. On s’est un peu moqué de moi.»

Notre collègue Marc Pédeau, qui nous a raconté cette anecdote brillante, n’a jamais vu un seul Star Wars de sa vie. Jamais. Aucun. C’est pour cela que nous avons décidé de l’emmener de force au cinéma pour voir Star Wars: Le Réveil de la Force et lui expliquer pourquoi le monde entier était aussi impatient.

En sortant de la salle, nous avons discuté dans un café (après nous être assurés de ne spoiler personne autour de nous).

Cet article est garanti sans aucun spoiler (contrairement à celui-ci). En italique, vous trouverez les paroles de Marc Pédeau et en police romaine les dialogues de Vincent Manilève.

«Au début du film j’ai eu très très peur. La musique, les lettres jaunes d’accord, je vis pas dans un bunker donc je sais que ça existe. Mais lire des choses sur l’Empire, la Résistance, et le Premier Ordre, tous les personnages... Trop d’informations en une seule minute, je me suis dit que j’allais rien comprendre. Et j’ai clairement pas tout compris, je suis passé à côté de plein de choses. [...] Il y a un moment où tu t’es retourné vers moi Vincent, quand j’ai dit “je comprends rien”: je ne comprenais vraiment pas ce qu’il se passait à l’écran. Je pense que c’est un film qui est là pour les fans, c’est-à-dire qu’il y a plein de moments dans le film où tout le public fait “haaaaan” et moi je fais “ouais euh c’est un vaisseau, je pense, du calme”. Globalement, c’était comme commencer Game of Thrones par l’épisode du “Red Wedding”. Tu comprends que tu arrives au milieu de quelque chose de fort, mais sans en prendre toute la mesure.»


Marc pendant pendant une partie du film.

«Moi j’ai trouvé ça assez fort: le générique, qu’on a vu des dizaines de fois, ces personnages qu’on retrouve... Ce que j’ai ressenti suit assez ce que tu dis, voir des événements affecter des personnages qu’on connaît depuis aussi longtemps, cela nous atteint forcément. D’un autre côté, on s’y attendait, il fallait donner au public ce qu’il attend. Oui, c’est rempli de clins d’œil, de blagues un peu méta pour montrer au public qu’il est chez lui et lui donner ce qui lui manquait. Et voir la réaction des gens dans la salle et ressentir cette émotion partagée... [...] Le public a même applaudi avant le film et, au moment du générique, il y a un fan qui a sorti un sabre laser. C’était un peu too much mais ça montre bien qu’il y avait une vraie attente.»

Vincent pendant tout le film.

«Et surtout, le public a applaudi au tout début du film, alors qu’il ne s’était encore rien passé du tout. Après, il a applaudi plusieurs fois pendant le film quand tel truc ou tel personnage apparaît à l’écran. C’est un peu comme au théâtre quand un acteur rentre sur scène. Le personnage que j’attendais, moi, c’était Dark Vador. Mais alors quelle merde.»

«Attends, attends, tu penses avoir vu Dark Vador?»

«Au tout début, j’ai cru que c’était Dark Vador. Mais en fait ce n’était pas lui mais un mec habillé comme lui. Plus tard, dans le film, j’ai compris que Dark Vador était mort, ça m’a fait quelque chose. Et quand ce “non-Dark Vador” est arrivé, je me suis dit: “C’est quoi tes fringues?” Il est absolument pas imposant, il porte une tenue quelconque avec une grande cape et un casque noir. Pour moi, Dark Vador, c’était le grand méchant sans aucune émotion qui parle toujours avec une grosse voix comme dans “Je suis ton père”, c’était le mal tout puissant. Grosse déception.»


 

«Justement comme on parle des personnages, qu’est-ce que tu savais d’eux? Parce que tu m’as raconté avant le film que tu comparais les Jedi à des moines.»

«Vincent, tu es d’accord pour dire qu’ils sont habillés comme des moines.»

«Oui, il y a vraiment quelque chose de religieux et philosophique chez eux. Il y a même une religion qui s’est créée après les films

«Oui voilà, il y a donc un esprit, peut-être pas sectaire, mais en tout cas communautaire chez eux. Et puis bon: la tunique marron de moine. Sorry not sorry.» 

«Je t’ai entendu souffler plusieurs fois pendant le film quand on voyait les robots...»

Non, mais les robots c’est pas possible. Il y a le robot un peu old school, qui ressemble un peu au mec du Magicien d’Oz, mais version bling bling

Marc, le noob qui n’avait jamais vu un épisode de Star Wars. JAMAIS

«Non, mais les robots c’est pas possible. Il y a le robot un peu old school, qui ressemble un peu au mec du Magicien d’Oz, mais version bling bling. Celui-là est drôle parce qu’on ne le voit pas beaucoup, mais les autres n’ont aucun intérêt. Tu ne comprends rien à ce qu’ils disent, du coup ça force le personnage humain à répéter: “Oh, vraiment? Du gâteau au chocolat?” pour que l’on comprenne que BB-8 vient de dire qu’il mangerait bien du gâteau au chocolat... Ça ne marche pas. Ça crée des dialogues lents, qui n’ont aucun intérêt. Et puis vouloir donner des émotions à des robots... Non mais sérieusement, certaines situations tournent au ridicule. Après ça fait aussi partie du kitsch de Star Wars, je pense, et de l’univers de la saga. Mais moi je m’en serais bien passé.»

 

BB-8 face aux propos choquants de Marc.

«Honnêtement je suis choqué et déçu par ce que j’entends. Les robots sont les personnages principaux de la saga; R2-D2 et C-3PO représentent le cœur des films.» 

«Mais BB-8 qui est triste, franchement Vincent? Moi, ça m’a même énervé. Mais pour le coup j’ai bien aimé Chewbacca, je trouve qu’il est drôle, il fait un bon duo avec l’autre mec-là...»

«C’est Han Solo, un peu de respect s’il te plaît!»

«Mais Chewbacca c’est une grosse boule de poil attachante et ça m’a parlé. [...] Sinon, j’ai découvert que les bonhommes blancs sont du côté de Dark Vador; mon code couleur instinctif aurait dit l’inverse... mais bon. Après, chez les Skywalker, j’ai pas compris qui ils étaient, je sais qu’il y en a deux.»

«Anakin!»

«Oui, voilà, “Anakin”... et l’autre c’est Luke. Mais je n’ai toujours pas compris leur lien de parenté. De toute façon dans Star Wars, j’ai l’impression que tout le monde est le frère ou le père ou de la famille de quelqu’un. C’est pour ça que ça rejoint Game of Thrones pour moi. Dans Game of Thrones, plusieurs familles se font la guerre, dans Star Wars, c’est une guerre au sein d’une même famille. Mais dans les deux cas, ce sont des histoires terriblement romanesques ancrées dans des sociétés aristocratiques, construites sur la descendance et l’héritage. On est Jedi de père en fils, si je comprends bien.»

«Justement, c’est ça qui est intéressant. Dans les films, on suit génération après génération, et du côté du public c’est la même chose. Il y a une première génération de personnes qui ont regardé la première trilogie dans les années 1980, puis qui l’ont montrée à leurs enfants. Puis la deuxième saga est arrivée et là, maintenant, la troisième, il y a aussi une filiation au sein des fans. Je profite que l’on parle de ça pour te demander comment tu as échappé à tout ça? Ton frère les regardait en plus.»

«Chez moi il y a toujours eu du Star Wars parce qu’il les regardait et j’ai peut-être vu des scènes. On m’a même offert les DVD il y a un an mais ils sont toujours sous blister. En réalité, ça ne m’a vraiment jamais intéressé, c’est comme ça. Après, je n’ai rien contre, je ne suis pas d’accord avec les gens qui disent que c’est de la sous-culture. Et toi, comment as-tu découvert Star Wars

Chez les Skywalker, j’ai pas compris qui ils étaient, je sais qu’il y en a deux

Marc, qui a vraiment eu du mal à comprendre les liens entre les personnages de Star Wars

«Moi j’ai pas été dans le schéma de transmission classique, on va dire. Ça s’est fait tout seul, j’ai commencé par la seconde trilogie à la fin des années 1990, mais pas au cinéma, directement en DVD et à la télévision. Donc j’ai commencé avec le plus mauvais film de la saga et Jar Jar Binks, le personnage le plus détesté de tous les temps. Ce ne sont pas mes parents qui me les ont montrés mais plutôt des amis dont le père était fan. Après je ne dirais pas que je suis un fan justement, mais, ces dernières semaines, il y a eu un tel empressement et une telle impatience que j’ai été contaminé par le marketing autour du film

 

«C’est pas toujours facile justement, on vient de vivre plusieurs semaines de Star Wars de façon intensive dans les publicités ou dans les médias et donc dans les conversations. Tu te retrouves à être le seul à n’en avoir jamais vu, à ne pas rire à telle blague, à ne pas participer à telle conversation parce que tu t’en fous de Luke Skywalker. J’ai pris le parti d’en rire, mais il y a des moments où tu entends par hasard “Est-ce que Jar Jar revient?” et que tu en arrives à penser pendant un quart de seconde qu’on parle de Jean-Michel Jarre et qu’il va faire une tournée comeback. Parfois t’as l’impression d’être dans un monde parallèle.»

«Oui c’est vrai qu’au bureau, tu as dû rater certaines blagues dernièrement...»

«Là où, vous, vous riez, moi je m’instruis en culture populaire. Quand vous blaguez, moi je comprends qu’il y a eu plus ou moins une histoire d’inceste dans Star Wars

Marc pendant les sommets comiques et méta du film.

«C’est Leia qui avait embrassé au tout début Luke car elle ne savait pas que c’était son frère, pour rendre jaloux Han Solo.»

«Oh le malaise.»

Oui, j’ai compris dans ce film que Dark Vador était le père de... Han Solo? Non, de Luke Skywalker, je les confonds encore un peu

Marc, qui confond Han Solo et Luke. Le vrai noob

«Et Luke et Leia sont les enfants de Dark Vador.»

«Ha, oui, ça, oui, j’ai compris dans ce film que Dark Vador était le père de... Han Solo? Non de Luke Skywalker, je les confonds encore un peu. Et récemment j’ai appris qu’elle ne s’appelait pas Leïla mais Leia. Toute ma vie, j’ai toujours dit Leïla, j’ai dû passer pour un idiot des dizaines de fois...»

«Mais est-ce que voir ce septième film ça t’a donné envie de voir les autres films? Pour mieux comprendre. Et est-ce que par moment tu ne t’es pas dit que tu aurais aimé ressentir les mêmes choses que les autres personnes dans la salle, avoir le même attachement au film?»

«Eh bien je me suis mis il y a pas longtemps à lire Harry Potter, car il y a des gens qui ne comprennent pas qu’on ne l’ait jamais lu ou vu. En lisant le premier tome, je me suis dit que j’ai été un peu couillon et que j’étais passé à côté de quelque chose d’assez chouette. Là pour Star Wars je n’ai pas ressenti ça. Je vais pas rentrer chez moi et me jeter sur mes DVD encore sous blister. À la limite, j’irai peut-être voir le prochain... mais pour les six premiers? Non, je pense que ça sera sans moi. Il faudrait que je les voie pour bien comprendre les nouveaux films. Tu sais ce que je vais faire? Je vais aller lire les résumés sur Wikipédia.»

Vincent Manilève
Vincent Manilève (353 articles)
Journaliste
Marc Pédeau
Marc Pédeau (23 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte