France

Sarkozy piégé par les intellos de gauche

Thomas Legrand, mis à jour le 08.10.2009 à 10 h 00

En s'insurgeant contre l'arrestation de Roman Polanski, la «gauche caviar», qui fascine le président, le met en porte-à-faux avec son électorat.

Le Front national a lancé une campagne contre Frédéric Mitterrand. Le parti de Jean-Marie Le Pen exige de Nicolas Sarkozy le renvoi de son ministre de la Culture. Frédéric Mitterrand qui a apporté son soutien à Roman Polanski, arrêté le 26 septembre en Suisse pour viol sur mineur, est au coeur d'une polémique en raison de ses écrits controversés dans son livre-confession, «La Mauvaise Vie». L'ouvrage publié en 2005 évoque le tourisme sexuel en Thaïlande. Le porte-parole du Parti Socialiste, Benoît Hamon, a qualifié de «choquant» le livre de Frédéric Mitterrand. «Je trouve choquant qu'un homme puisse justifier, à l'abri d'un récit littéraire, le tourisme sexuel», a-t-il déclaré.

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Et si le président était en train d'entraîner sa majorité dans le piège germanopratin (de Saint-Germain des Près)? La réaction très rapide et sans équivoque de Fréderic Mitterrand à la «capture» de Roman Polanski par la police suisse est marquée sous le sceau d'un élitisme «germanopratin» de la plus pure espèce. Le Ministre de la Culture a fait part de sa «très profonde émotion», jugeant  cette arrestation «absolument épouvantable... pour une histoire ancienne qui n'a pas vraiment de sens»...

Pendant la campagne électorale et tout au long de la carrière de sa carrière au ministère de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy a particulièrement aimé utiliser ce terme «germanopratin» pour stigmatiser cette gauche intellectuelle que l'on trouve (plus beaucoup d'ailleurs) à Saint Germain des Prés. Cette «gauche caviar» et pétitionnaire qui, selon l'imagerie RPR, puis UMP classique, «se réunit dans les beaux salons, se répand dans les dîners en ville pour refaire le monde et tout critiquer». Cette «gauche du 6éme arrondissement de Paris qui vit sous des moulures haussmanniennes et qui a des avis tranchés sur la sécurité en banlieue», «cette gauche qui ne comprend pas le peuple et qui, par un angélisme coupable, prend toujours le parti de l'agresseur contre la victime», «cette gauche «droit-de -l'hommiste» (autre mot très apprécié du ministre de l'Intérieur Sarkozy) qui vit en vase clos et se gonfle d'importance en s'auto promotionnant dans des gazettes prétentieuses»...

La «gauche germanopratine» fait partie de ces concepts qui déclenchent des hués ou des rires automatiques dans une assemblée de militants UMP normalement constituée. Ayant été ministre de l'Intérieur donc de la répression, ayant été candidat de droite avec une stratégie de pompage des voix de l'extrême droite, Nicolas Sarkozy se devait d'être la figure de proue du bon sens sécuritaire et le plus grand flingueur de la germanopratine attitude! Il le fut...  Mais voilà...la vie, l'amour, les ruptures, les recompositions familiales, voilà donc que Nicolas Sarkozy Président tombe amoureux et épouse l'une des égéries de ce monde germanopratin. Carla Bruni. Celle-là même qui chantait au Zénith, au fameux gala contre les tests ADN pour les familles d'immigrés.

Finalement fasciné par cette population brillante et savante qu'il fustigeait, le Président nomme à la Culture Fréderic Mitterrand au titre de l'ouverture patrimoniale. Fréderic Mitterrand que l'on peut classer, bien sûr, dans une zone idéologico-géographique qui irait de la rue de Sèvre à la rue de Bièvre, c'est-à-dire de la Germanopratie occidentale à la Germanopratie septentrionale avec au nord la Seine et au sud le Panthéon.

«Mauvaise vie», le livre confession de Fréderic Mitterrand, était bien sûr connu. C’est un best seller et le président de la République savait, en nommant Fréderic Mitterrand à un poste exposé de son gouvernement, quel était le passé et les écrits de son nouveau ministre. Tous ceux qui estiment aujourd’hui que le contenu de ce livre est incompatible avec la fonction de ministre le savaient aussi. Aucun commentaire, aucune réclamation n’a pourtant était émise quand Fréderic Mitterrand a été nommé, d’abord à la direction de la villa Médicis, puis au gouvernement. Ça veut dire que «Mauvaise vie» qui peut être parfaitement choquant, troublant (parce que ce n’est pas un roman), était plutôt classé au registre des aveux d’un passé douloureux. Il n’était pas perçu comme l’apologie de la prostitution ni du tourisme sexuel et encore moins de la pédophilie. Il ne venait à personne, même pas à Benoit Hamon, l’idée de penser que Fréderic Mitterrand était indigne de sa nouvelle fonction.

Tout cela pour dire que les Germanopratins ont beaucoup de défauts, ils sont snobs et pédants mais ils ont aussi quelques qualités, ils sont cultivés et parfois drôles. Nicolas Sarkozy s'est rapidement aperçu qu'il était quand même plus intéressant de côtoyer Louis Bertignac et Raphaël Enthoven que Jean-Marie Bigard et Didier Barbelivien!

Fort de cette confiance que le Président lui témoigne, Fréderic Mitterrand s'est donc cru autorisé à réagir à l'arrestation de Roman Polanski ... comme un germanopratin! C'est-à-dire en privilégiant l'agresseur à la victime. Mais là, pour le ministre de la Culture, il ne s'agit plus d'avoir un avis sur Proust (que Nicolas Sarkozy lit en ce moment) ou sur JR (le photographe qui met des gros yeux partout en ce moment)...

Là c'est du lourd, c'est du viol, de la pédophilie, de la fuite, de l'impunité! La germanopratie se rappelle au bon souvenir des militants UMP... et Marc Lafineur, vice-président du groupe UMP à l'Assemblée a fini par exprimer l'avis de bien des militants, et sans doute le sentiment de bien des citoyens, sur cette affaire: «S'il y a viol ou abus sexuel d'une jeune fille de 13 ans, et que l'on puisse s'en tirer seulement parce qu'on a payé sa caution, moi ça me met mal à l'aise»... Soit Nicolas Sarkozy ne pense pas autre chose et alors il vient de se faire piéger par «l'ouverture», soit il est d'accord avec Fréderic Mitterrand et alors ça veut dire qu'on (son entourage germanopratin) nous l'a bien changé !

Thomas Legrand

Lire également: Si Roman Polanski s'est fait arrêter, c'est sa faute et La France ne peut rien pour Roman Polanski.

Image de Une: Frédéric Mitterrand Charles Platiau / Reuters

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