France

L'UDI aux régionales, ou l'histoire de l'arroseur arrosé

Jérémy Collado, mis à jour le 14.12.2015 à 16 h 10

Ironie du sort, la stratégie du «front républicain» dénoncée par Nicolas Sarkozy et défendue par l'UDI a donné un second souffle à la droite, alors que dans le même temps, la formation centriste n'a remporté qu'une seule région in extremis.

Le candidat UDI en Bourgogne-Franche-Comté, le 13 décembre 2015. JEFF PACHOUD/AFP.

Le candidat UDI en Bourgogne-Franche-Comté, le 13 décembre 2015. JEFF PACHOUD/AFP.

«Nous avons trouvé un accord de partenariat équilibré.» En juin 2015, après d'âpres négociations, le patron de l'UDI Jean-Christophe Lagarde se félicitait d'avoir trouvé un terrain d'entente avec Nicolas Sarkozy. L'avenir était radieux, les visages affichaient de larges sourires. Soucieux de ménager son aile centriste, le patron des Républicains scellait un compromis qui comprenait une alliance dans toutes les régions, ainsi que trois têtes de liste dans des régions a priori «gagnables». «Tu as donné trois régions imperdables aux centristes!», avait prédit l'ancien président de l'UMP Jean-François Copé à Nicolas Sarkozy. Résultat, six mois après, deux des trois candidats UDI sont défaits: «Bonjour le cadeau...», a ironisé Jean-Christophe Lagarde sur I-télé, au soir du 13 décembre.

En Centre-Val-de-Loire (Philippe Vigier) et en Bourgogne-Franche-Comté (François Sauvadet), les têtes de liste UDI-LR sont battues, à chaque fois d'un point ou à peine plus. Seul l'ancien ministre Hervé Morin, en Normandie, l'emporte in extremis avec moins de 4.000 voix d'avance. A contrario, en Provence-Alpes-Côte-d'Azur et dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, la droite l'emporte, portée par la gauche, qui a appelé à voter pour Christian Estrosi et Xavier Bertrand... pour faire barrage au FN au nom des «valeurs républicaines». Exactement ce que demandait Jean-Christophe Lagarde, tout comme NKM ou Alain Juppé, s'opposant ainsi à la stratégie du «ni-ni» défendu par Nicolas Sarkozy! «Ma conviction, c'est que la société française est plus avancée aujourd'hui que son personnel politique», a estimé le président de l'UDI sur France Info, au soir du second tour. «Beaucoup de gens voulaient le changement. Mais en votant pour le Front national, ils n'auront pas le changement», a-t-il déploré.

«Jusqu'à présent, les notables tenaient leur électorat»

Effectivement, dans ces régions où l'UDI menait les listes de droite, le FN atteint des scores très élevés. En Normandie, le secrétaire général du FN Nicolas Bay avait obtenu au premier tour la deuxième place, avec 27,71% des suffrages, derrière Hervé Morin et devant Nicolas Mayer-Rossignol, le président socialiste sortant. Dans l'Orne et dans l'Eure, le Front national est même arrivé en tête, démontrant à quel point le parti profitait d'une progression spectaculaire par rapport aux dernières régionales, surtout dans cette terre où la droite catholique, conservatrice et libérale est pourtant bien enracinée.

En 2010, la candidate frontiste Valérie Dupont n'avait pas pu accéder au second tour avec seulement 8,70 % des voix au premier tour. C'est donc une belle revanche personnelle pour Nicolas Bay, cet ancien scout unitaire de France, toujours tiré à quatre épingles, qui quitta le FN dans les bagages de Bruno Mégret lors de la création du MNR en 1998. Et qui créa en 1997 le mouvement «Jeunesse, action, chrétienté» avec Guillaume Peltier (depuis devenu un cadre LR en Centre-Val de Loire!) pour lutter violemment contre le Pacs.

En Bourgogne-Franche-Comté, François Sauvadet obtient 32,89% des suffrages contre 34,68% pour la gauche menée par Marie-Guite Dufay, dans une triangulaire qui a vu la frontiste Sophie Montel talonner la droite avec 32,44%. Les militants frontistes du Doubs, qui l'ont présentée comme la «moins perdante» du parti, ont tout de même fêté ce résultat, qui prolonge la percée du FN dans un territoire où elle avait déjà failli remporter la législative partielle en février 2015. Apparatchik du FN, fidèle contre vents et marées du patriache Jean-Marie Le Pen, Sophie Montel avait obtenu 48,6% des voix face au candidat socialiste Frédéric Barbier, après avoir été élue députée européenne en 2014.

Enfin, en Centre-Val-de-Loire, la droite n'a pas su ravir la région à la gauche, elle qui l'avait perdue en 1998 sous la pression, déjà, du Front national. Le président socialiste sortant, François Bonneau, l’emporte de très peu avec 34,43% des voix face à Philippe Vigier, qui réunit 34,58 % des voix. Philippe Loiseau obtient 30% des voix pour le FN. Clairement, ici, l'échec de la droite est imputable à la formation frontiste. «Cette percée est étonnante dans cette région qu’on dit plutôt modérée, et où les notables, jusqu’à présent, tenaient leur électorat et faisaient barrage au FN», indiquait aux Echos l’historien Pierre Allorant, professeur à l’université d’Orléans. «Cette fois, ce n’est plus le cas.»

Bons reports du FN pour les candidats plus à droite

Comment analyser ces résultats? Dans les autres régions où l'UDI était alliée à LR, mais portée par des candidats qui ont axés leur campagne plus à droite, sachant que la réserve de voix était du côté du FN (Bruno Retailleau en Pays-de-la-Loire, Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhônes-Alpes, Valérie Pécresse en Île-de-France), c'est bien la droite qui l'emporte grâce à de bons reports. Laurent Wauquiez, partisan d'une ligne dure, qui se focalisa sur l'immigration, la sécurité et la critique de l'Europe, a fait progresser la droite classique de cinq points par rapport aux régionales de 2010. Au premier tour, cette stratégie inspirée par Patrick Buisson du temps de Nicolas Sarkozy alimente le Front national. Les électeurs préfèrent «l'original à la copie». Cependant, au deuxième, craignant que le FN puisse emporter des régions, les électeurs de gauche se mobilisent pour la droite (en Paca et au Nord), mais les électeurs du FN se tournent vers la droite classique pour éviter une victoire de la gauche, comme en Île-de-France, où Valérie Pécresse a clairement siphonné les voix de Walleyrand de Saint-Just.

Le paysage politique, à droite, est fracturé. Qu'il sera dur à l'avenir, pour Alain Juppé, de défendre une ligne centriste à l'intérieur de LR! «Si les électeurs avaient adopté la stratégie du "ni-ni"», a plaidé Nathalie Kosciusko-Morizet sur TF1, «nos candidats en Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en Paca auraient été battus. C’est une évidence. Je suis heureuse que les électeurs n’aient pas appliqué le ni-ni et que nos candidats aient pu gagner.» Quelques minutes avant cette intervention, une réunion au siège de l'UMP avait vu se dérouler un affrontement entre Nicolas Sarkozy et sa numéro deux: «Tu vois, j'avais raison sur la ligne politique et j'espère que tu vas finir par le comprendre», lui avait-il lancé. Conséquence immédiate: NKM a été évincée de la direction des Républicains lundi matin.

Jérémy Collado
Jérémy Collado (133 articles)
Journaliste
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