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Le Limousin, certifié à gauche depuis 1850

Robin Verner, mis à jour le 14.12.2015 à 16 h 06

Au sein de la région du sud-ouest remportée par Alain Rousset, le Limousin a renouvelé le bail de la gauche. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’identité politique du Limousin est aussi discrète que vivace.

Alain Rousset le 13 décembre après sa victoire aux régionales | MEHDI FEDOUACH/AFP

Alain Rousset le 13 décembre après sa victoire aux régionales | MEHDI FEDOUACH/AFP

Alain Rousset, tête de liste socialiste, a remporté sa bataille contre sa rivale de droite Virginie Calmels dans la région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes (ALPC), avec 44,3% contre 34% des suffrages exprimés. Une belle victoire dont le site de France 3 précise qu’elle marque tout de même une forte érosion par rapport au scrutin régional précédent, où Rousset avait gagné dans la seule Aquitaine avec plus de 56% des voix.
Le Monde remarque aussi que la victoire présidentielle de François Hollande avait été très largement portée par la zone Aquitaine-Limousin et Poitou-Charentes, où son nom avait recueilli 57,2% des voix. 

Au moment où la gauche s’effondre dans le nord, une région donc se démarque par sa fidélité à la gauche: le Limousin. Son conseil régional a toujours été dirigé par la gauche depuis la première élection correspondante en 1986. Mais cette appartenance politique remonte à bien plus loin.

Les maçons de la Creuse y sont pour beaucoup

En 1967, Jean Perrel écrit un article dans la Revue française de science politique consacré au sujet suivant: «La gauche classique et le Parti communiste en Limousin.» Il y explore les raisons d’un attachement peu commun au socialisme au sens large (du communisme au radicalisme), peu commun dans les régions aussi rurales que le Limousin. Il explique ainsi que la zone s’est montrée sensible aux thèses de gauche dès le milieu du XIXe siècle, notamment en raison de la politisation des maçons (souvent creusois), allant souvent travailler à Paris. Par la suite, les instituteurs ont profondément enraciné un esprit républicain avancé à la fin de ce siècle alors que le clergé local connaissait, lui, une crise de recrutement.

Il précise que l’électeur limousin recherche alors avant tout une gauche de proximité (attendant des élus qu’ils ouvrent des bureaux de poste ou maintiennent des écoles, par exemple) plutôt qu’une gauche préoccupée de grands sujets de société. Ce rapport s’est inscrit dans une forme de complexité, entre fidélité à la tradition politique et aux notables et protestation. Complexité qui a poussé une bonne part de l’électorat très à gauche.

Communisme paysan 

Ainsi, le Parti communiste a réussi dès le premier tiers du XXe siècle une percée en Limousin. À son apogée électorale à la Libération, il recule ensuite mais représente encore 35% des suffrages à la fin de la IVe République. Ces chiffres éloquents ont permis de forger l’expression de «communisme paysan» ou «rural» pour caractériser le vote local. Dans son livre L’invention de l’Europe, Emmanuel Todd attribuait celui-ci à la persistance d’une forme familiale particulière: la famille communautaire, liant l’autorité du foyer à la stricte égalité devant l’héritage.

Jean Perrel souligne cependant que c’est sur l’individualisme d’une partie importante de l’électorat limousin que la gauche non communiste s’est appuyée pour s’imposer dans le secteur, avec un certain succès. Au premier tour de la présidentielle 1965, François Mitterrand réunit dans les trois circonscriptions de la région entre 40 et 50% des votes exprimés et au second tour bat De Gaulle dans ces zones. «Reste à savoir si la gauche non communiste va pouvoir se maintenir dans sa puissance et son intégrité: la prudence veut que l’observateur garde la plus grande réserve à ce sujet», conclut en 1967 Jean Perrel. 

En 2015, elle se maintient mais sa puissance a récemment faibli. Limoges a ainsi basculé à droite aux municipales en 2014, après près d’un siècle sous les couleurs socialistes (la capitale limousine, précisait Le Monde, était «socialiste depuis 1912, sauf pendant quatre années de collaboration et deux années de communisme entre 1940 et 1947»). Autre exemple: sur les trois conseils départementaux du Limousin, seul celui de la Haute-Vienne est toujours à gauche. 

Robin Verner
Robin Verner (79 articles)
Journaliste
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