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L'instituteur d'Aubervilliers avoue avoir inventé son agression par un homme se revendiquant de Daech

Repéré par Robin Verner, mis à jour le 14.12.2015 à 18 h 19

Repéré sur France Info, Europe 1

À l'école maternelle Jean-Perrin d'Aubervilliers, le 14 décembre 2015 | JACQUES DEMARTHON/AFP

À l'école maternelle Jean-Perrin d'Aubervilliers, le 14 décembre 2015 | JACQUES DEMARTHON/AFP

Ce lundi 14 décembre au matin, Slate.fr relayait l’information selon laquelle un instituteur d’Aubervilliers s’était fait agresser par un individu se revendiquant de Daech, information que ce même instituteur a depuis avoué avoir inventé. En même temps que ses excuses, Slate vous présente sa version de cet emballement médiatique. 

Nous n’étonnerons personne en disant que parfois l’actualité va très vite et le journalisme encore plus vite (se prenant, en bout de course, les pieds dans le tapis). Ce qu’il s’est passé ce lundi 14 décembre en est une bonne illustration.

Ce matin, nous apprenons par une dépêche AFP que, selon des sources concordantes, «un instituteur (avait) été agressé au cutter dans sa classe à Aubervilliers» (Seine-Saint-Denis).  Il est question de l’intrusion d’un homme ganté et cagoulé et habillé d’une tenue de peintre dans une classe de l’école maternelle Jean-Perrin, peu avant 7h30. La même dépêche ajoute une déclaration du parquet de Bobigny, selon qui l’assaillant est censé avoir lancé durant l’agression: «C’est Daech, c’est un avertissement».

La nouvelle est reprise par tous les médias (dont Slate donc), comme France Info ou Europe 1 par exemple. Seulement voilà, selon de nouveaux éléments communiqués par le parquet de Paris en fin de journée, la «victime» supposée a finalement reconnu avoir inventé cette agression.

Si cette information a été reprise de manière aussi affirmative, c’est sans doute –en dehors du fait qu’elle émanait de sources officielles jugées fiables, le parquet de Bobigny ayant assez vite communiqué sur l’affaire et la ministre de l’Education Najat Vallaud-Belkacem s’étant rendue rapidement dans l’établissement en dénonçant un «acte d’une grande gravité»–, parce qu’elle a immédiatement rappelé à toute la presse des déclarations récentes de l’État islamique, parues dans son magazine officiel en français (disponible uniquement en ligne), Dar Al Islam. Dans le numéro de décembre de cette publication numérique, un article se penchait sur les conséquences, jugées néfastes, de l’éducation «mécréante» sur les musulmans scolarisés en France et enjoignait leurs parents à retirer leurs enfants de cette école coupable de promouvoir la laïcité, le pluralisme et la théorie de l’évolution, autant d’éléments dont Daech rappelait qu’ils étaient en opposition avec la conception de l’islam défendue par le groupe terroriste. C’est ce qui explique pourquoi nous avions titré notre article paru ce matin: «L’agression d’Aubervilliers renvoie à la haine de Daech pour l’école française».

L’erreur s’est si universellement répandue que, sur les réseaux sociaux, des djihadistes, cités par des spécialistes du sujet comme David Thomson, se sont même très vite réjouis de ce qui semblait être une agression au nom de l’EI, sans pour autant la revendiquer.

Un autre internaute, plutôt clairvoyant, faisait quant à lui part de ses doutes.

L’instituteur, après la prétendue attaque, avait été hospitalisé: il était superficiellement blessé au front et au cou. Cet homme de 45 ans est à présent entendu par les autorités, qui cherchent à savoir les raisons pour lesquelles il a inventé cette histoire.

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