France

Tous les partis ressortent la méthode coué de la «politique autrement»

Vincent Manilève, mis à jour le 14.12.2015 à 11 h 13

Mais cette fois, ils jurent que l’avertissement a été entendu.

Xavier Bertrand (LR), le soir de sa victoire dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, le 13 novembre 2014. REUTERS / Benoit Tessier

Xavier Bertrand (LR), le soir de sa victoire dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, le 13 novembre 2014. REUTERS / Benoit Tessier

Elles ont poussé un ouf de soulagement. Dimanche 13 novembre, la droite et la gauche pouvaient être rassurées: le FN, qui était arrivé en tête dans six régions au soir du premier tour, n’a finalement remporté aucune présidence de région. Les électeurs se sont déplacés plus largement qu’à l’accoutumée et le Parti socialiste comme le parti Les Républicains se sont félicités de ce barrage élevé contre le FN. Mais ils n’ont pas eu pour autant la victoire joyeuse, car ils savent que, derrière cette «victoire» se cachent une menace frontiste qui grandit d’élection en élection. Au second tour, le Front national a totalisé 6,82 millions de voix. Mieux qu'à la présidentielle de 2012 (6,42 millions de voix). Le parti de Marine Le Pen a beau avoir perdu, il continue de grimper.

C’est ce qui a poussé de nombreuses personnalités politiques, de gauche comme de droite, à exiger ou à promettre de faire de la politique autrement. À commencer par les nouveaux présidents  de région. Le premier à lancer le mouvement a été Xavier Bertrand, fraîchement élu dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie:

«Je n’oublierai jamais ce que j’ai vécu lors de cette campagne, cela changera à jamais ma façon de faire de la politique. […] L’ensemble de la classe politique, dont je fais partie, explique qu’elle a reçu le message, qu’elle a tout compris, que plus rien ne sera comme avant. Et pourtant, qu’a-t-elle fait cette classe politique?» 

Sortir des querelles d'ego

Carole Delga, future présidente de la région Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées a également tenu un discours similaire, promettant une politique différente, loin des «querelles d’égo»:

«Gouverner autrement, c'est avoir une relation plus directe avec les citoyens, en les consultant, en étant très proche sur le terrain. En démontrant que nous avons une intégrité, nous les élus, et que nous avons le souci de toujours nous concerter et de savoir travailler collectif. Pas de querelle d'égo. Pas de petite phrase assassine. De la responsabilité, de la dignité et surtout de l'action.»

Même son de cloche chez Alain Richert, tête de liste victorieux LR-UDI-MoDem en Alsace Champagne-Ardenne Lorraine. Au micro de France Bleu, il a lui aussi parler de tournant en expliquant que les «choses doivent changer» et en promettant de faire «de la politique autrement». Valérie Calmels (LR), a certes perdu en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes, mais a tenu a participé au mouvement:

Les proches des élus ont aussi bien appris la leçon. Marie-Agnès Petit, deuxième sur la liste de Laurent Wauquiez en Haute-Loire a évidemment tenu à saluer la victoire de son collègue et surtout «sa façon de faire de la politique autrement». Devant les caméras de France télévisions, elle a déclaré à propos de son adversaire socialiste: «Regardez les commentaires qu'il y a eu sur la liste de Monsieur Queyranne qui entre les deux tours a été obligé pendant 17 heures de chercher qui, comment, où et surtout pourquoi ? Je crois que la politique comme cela, ça ne suffit plus, ça ne plait plus

Les partis dépassés?

Discours quasiment identique en Paca. «Ce soir c'est la fête mais dès demain il faut qu'on fasse de la politique autrement», lançait le soir des résultats le député LR Bernard Deflesselles. «Il y a un travail que nous devons continuer, a estimé de son côté L'adjointe au maire de Cannes, Françoise Bruneteaux et élue en quatrième position sur la liste de Christian Estrosi. Je reste persuadée que le vote FN est un vote contestataire. À nous de faire de la politique autrement, à rendre compte aux gens de ce qu'on fait

Je reste persuadée que le vote FN est un vote contestataire

Françoise Bruneteaux (LR)

Même le député PS Thomas Thévenoud, que l’on voit rarement dans les médias depuis ses problèmes de «phobie administrative», est sorti de son silence pour expliquer à France 3 qu'«il faut tirer les enseignements du 1er tour et sans doute faire de la politique autrement.» «Je pense que les structures, les partis sont aujourd'hui dépassés», a-t-il ajouté.

Et après?

Enfin, on peut citer aussi la déclaration de François Bayrou, maire de Pau et président du MoDem au micro de BFMTV. Il a vu dans ce résultat du second tour des élections régionales «une exigence à changer ce que les électeurs ne supportent plus, c'est-à-dire l'impuissance de l'action publique […] et l'aspect caricatural de la politique».

Toutes ces déclarations soulignent l'inquiétude de la classe politique au complet. Mais cette expression n’est évidemment pas nouvelle; ces dernières années, elle a été régulièrement employée pour démontrer une volonté de dire adieu à une politique parfois clientéliste. Par exemple, l'un des derniers politiques à avoir déclaré vouloir «faire de la politique autrement» était Jean-François Copé en début d’année, mais il n’est évidemment pas le seul car cette expression est très populaire au sein des grands partis. Reste à savoir quand la classe politique se mettra vraiment au travail et décidera enfin de changer sa manière de travailler pour regagner la confiance perdue des électeurs.

Vincent Manilève
Vincent Manilève (353 articles)
Journaliste
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