France

Régionales: vu de l’étranger, le FN est battu sans forcément avoir perdu

Repéré par Grégor Brandy, mis à jour le 14.12.2015 à 11 h 09

Repéré sur Der Spiegel, The Washington Post

Les quotidiens et sites d’actualité étranger ont consacré de longs articles aux régionales françaises.

Marine Le Pen lors du second tour des élections régionales, le 13 décembre 2015 | FRANÇOIS LO PRESTI/AFP

Marine Le Pen lors du second tour des élections régionales, le 13 décembre 2015 | FRANÇOIS LO PRESTI/AFP

Le Front national battu. C’est le principal enseignement du second tour des élections régionales. Alors qu’il convoitait plusieurs régions –notamment le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et la région Paca–, le parti frontiste n’en a finalement remporté aucune. Le Parti socialiste limite la casse et conserve cinq régions, tandis que le parti Les Républicains en gagne sept.

Du côté de la presse étrangère, c’est donc la défaite du Front national qui fait généralement les gros titres. Sur son site, la BBC rappelle que «le parti a été battu et finit à la troisième place, alors qu’il était en tête de six des treize régions à l’issue du premier tour, le 6 décembre». Le média public britannique souligne par ailleurs le coup porté à Marine Le Pen:

«Elle a perdu la chance de gouverner une région et de montrer que son parti est sérieux. Il lui a été rappelé que, même si le FN réalise de grosses performances, les portes du pouvoir restent bien fermées.»

Pour le New York Times, «une semaine après le premier tour, la France vient d’envoyer un tout autre message, le Front national perdant même dans le Nord, où il était attendu que son leader charismatique, Marine Le Pen, s’impose».

Les quotidiens suisse, belge et allemand Le TempsLe Soir et le Frankfurter Allgemeine Zeitung reviennent un peu plus en longueur sur les résultats dans les autres régions, avec notamment une carte interactive pour le site belge pour suivre les scores du Front national, et deux du site allemand qui permettent de voir l’évolution du parti en tête entre le premier et le second tour. La Repubblica publie également les résultats définitifs région par région.

«Vote tactique de masse»

De son côté, le Guardian donne les possibles raisons d’une absence du parti d’extrême droite à la tête d’une des régions françaises:

«La défaite du FN est due à un vote tactique de masse, une hausse de la participation et des avertissements de la gauche qu’un parti qu’elle qualifie d’“antisémite et raciste” mettrait la France à genoux. Tout cela combiné a empêché le Front national de faire évoluer son score du premier tour (presque 28%) en contrôle d’une région.»

Sur la participation, El País rappelle que l’augmentation de plus de neuf points par rapport au premier tour est une première depuis 2002. C’était alors déjà pour faire barrage au Front national.

«Victoire qui ne dit pas son nom»

Reste que, même s’il n’a emporté aucune région, le Front national n’avait jamais remporté un tel succès dans les urnes, souligne le quotidien britannique, avec «au moins 6,6 millions de voix, une augmentation significative pour Marine Le Pen en vue de la présidentielle 2017».

Pour Maroun Labaki, du Soir, la «défaite du FN [est] une victoire qui ne dit pas son nom»:

On a cherché à bricoler, on a mobilisé l’électorat, on a fusionné les listes pour empêcher le FN de gagner une région. Mais un marchandage ne peut jamais être l’expression d’une démocratie saine

Julia Amalia Heyer, correspondante du Spiegel

«L’évidence est là, cependant, et elle a été rappelée avec délectation, dimanche soir, par une Marine Le Pen plus grimaçante que jamais: le FN connaît une “montée inexorable”, quelque 30% des Français ont voté pour lui et il va, de ce fait, tripler le nombre de ses conseillers régionaux. La défaite de ce dimanche est en réalité une victoire qui ne dit pas son nom, qui avance masquée. Le FN, qui se nourrit de peur pour baver de la haine –haine de la différence, haine de l’autre, haine de l’Europe, etc.–, n’a pas dit son dernier mot, articulé son dernier mensonge.»

En effet, comme le rappelle le Washington Post, «les premier résultats ont vite indiqué que le Front national ne remporterait rien, et cela renforce la version avancée par le parti d’une minorité considérable de citoyens français qui n’ont pas accès au pouvoir»:

«Ce parti, qui a fait campagne pour arrêter l’immigration, couper les allocations aux étrangers et restreindre les liens de la France à l’Union européenne, a déjà déplacé le débat vers l’immigration, ce qui pousse des leaders plus traditionnels à adopter une ligne plus dure face aux réfugiés et aux étrangers.»

Ressentiment des électeurs frontistes

Pour le Spiegel –qui évoque également la faible représentativité du Front national–, il s’agit donc d’une «élection sans vainqueurs». Le magazine allemand revient ainsi sur l’implosion du système bipartite:

«On a cherché à bricoler, on a mobilisé l’électorat, on a fusionné les listes pour empêcher le FN de gagner une région. Mais un marchandage ne peut jamais être l’expression d’une démocratie saine.»

Il souligne par ailleurs le «danger très réel» que va constituer le Front national, ces prochains mois, du fait de la frustration et du ressentiment de ses électeurs et de ceux qui sympathisent avec ses idées de ne pas le voir représenté.

Si le Financial Times souligne la victoire du parti Les Républicains dans les centres économiques que sont l’Ile-de-France et Rhône-Alpes, la Stampa parle du défi qui attend Nicolas Sarkozy, désormais, et le besoin de convaincre ses rivaux nationaux qu’il est le bon candidat pour représenter la droite en 2017. Le Brésilien O Globo rappelle que le président du parti Les Républicains a été contesté au sein de son propre parti pour ne pas avoir accepté une alliance avec les socialistes.

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