France

Régionales: à droite, sept vainqueurs et sept profils

Robin Verner, mis à jour le 14.12.2015 à 1 h 01

Valérie Pécresse, Hervé Morin, Xavier Bertrand, Christian Estrosi, Philippe Richert, Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez sont en passe de devenir président de leur région respective.

Hervé Morin remporte la victoire en Normandie. AFP/ CHARLY TRIBALLEAU

Hervé Morin remporte la victoire en Normandie. AFP/ CHARLY TRIBALLEAU

Il faudra attendre le 18 décembre 2015 et le 4 janvier 2016 (pour les régions fusionnées) pour procéder officiellement à l’élection des présidents de régions. Mais sauf énorme surprise, ceux-ci devraient correspondre aux têtes de liste l’ayant emporté au soir de ce 13 décembre.

L’enjeu était majeur pour l’opposition de droite (Les Républicains-UDI-MoDem) et elle ne sort pas totalement renforcée de ce scrutin. Certes, elle remporte sept régions sur treize, contre une sur vingt-deux aux élections régionales de 2010. Mais elle est nettement bousculée sur sa droite par le Front national et n’a pas distancé la gauche autant qu’elle le souhaitait. La personnalité des prochains présidents de région de l’opposition est donc primordiale pour mieux lire le jeu politique qui s’annonce en France. Quel est le parcours, la ligne, le programme de ces présidents de droite?

Christian Estrosi, de la «cinquième colonne» à la «résistance»

C’est peut-être celui dont le profil est le plus connu. Le sudiste Christian Estrosi a donc vaincu Marion Maréchal Le Pen avec 54% des voix environ en Provence-Alpes-Côtes d’Azur. Et l’ancien champion de moto n’a pas eu peur de prendre de vertigineux tournants ces derniers temps. Le maire de Nice, ancien président du Conseil général des Alpes-maritimes, a cependant bien assis son allure droitière aux yeux de l’opinion publique depuis qu’il a multiplié les postes au gouvernement après avoir été nommé ministre délégué à l’Aménagement du territoire en 2005. 

Avant cela, il s’était fait connaître en proposant le rétablissement de la peine de mort à l’assemblée nationale. Bien plus récemment, il s’est distingué en parlant d’une «cinquième colonne» islamiste en France. 

Et puis... et puis, au cours de la campagne de ces régionales, il s’est rendu compte que, comme le confiait un élu de droite de Paca à Marianne, «Il n’y avait pas de point à grappiller à droite». Il n’a alors eu de cesse de se poser en «résistant» face au Front national, d’évoquer les valeurs de la République, etc. Un virage périlleux et brutal avant, peut-être, de revenir en ligne droite.

Laurent Wauquiez, d’une droite l’autre

Mais qu’est-il arrivé au sémillant Laurent Wauquiez, disciple du centriste Jacques Barrot? Plusieurs fois secrétaire d’État et ministre au sein du gouvernement Fillon, il a longtemps été le tenant d’une ligne consensuelle et policée au sein de la droite. C’est au moment de basculer dans l’opposition qu’il change et se fait le nouveau héraut d'un positionnement droitier cher au conseiller Patrick Buisson

Quelques jours avant le dénouement de ces régionales, il publie un tract mettant en exergue «Immigration, ça suffit! Hollande, ça suffit! Bruxelles, ça suffit!». Son programme mentionne aussi son vœu d’étendre la vidéosurveillance dans les gares, les lycées et les communes le demandant. Un choix qui lui a permis de gagner avec plus de 40% des suffrages exprimés en Auvergne-Rhône-Alpes.  

Selon le chercheur Gaël Brustier dans Le Figaro, il se pourrait que Laurent Wauquiez soit la figure d’une recomposition de la droite française: «Régulation économique, conservatisme moral, rapatriement de compétence de l'Union Européenne vers le cadre national, la ligne de Laurent Wauquiez correspond à une période nouvelle de la droite française, mais qui ne concerne pas que celle-ci.»

Bruno Retailleau: De Villiers mène à tout à condition d’en sortir

Vendéen et longtemps ami de Philippe De Villiers, Bruno Retailleau a milité au sein du Mouvement pour la France (MPF) avant de le quitter en 2010. Il a présidé, ces cinq dernières années, le Conseil général de Vendée. Comme Estrosi, il incarne donc l’aile dure de la droite mais d’une toute autre manière, plus souverainiste. 

Le programme avec lequel il vient de s’imposer dans la région Pays de la Loire, avec près de 45% des suffrages exprimés, soulignait avant tout la nécessité de venir en aide aux agriculteurs et adoptait un ton très véhément sur le terrain de la fiscalité, en s’engageant notamment à ne pas augmenter les impôts.

Xavier Bertrand, «plouc de province» autoproclamé

Le maire de Saint-Quentin quadrille depuis des mois les terres de sa région natale et du Nord-Pas-de-Calais, où il a défait Marine Le Pen avec 58% des voix. Depuis le début, il a identifié la candidate frontiste comme sa seule concurrente et s’est même appliqué à ignorer le socialiste Pierre de Saintignon. Il a voulu jouer la carte d’une proximité qui n’avait rien d’évidente. Il se veut même «le maire de la région». Le Courrier Picard signale qu’il a aimé se présenter comme «un plouc de province» aux yeux des ténors de son parti. 

Il a cultivé ces derniers jours son aspect franc-tireur en exigeant des responsables du parti Les Républicains, à commencer par Nicolas Sarkozy, «qu’il se taisent». S’il a pu compter sur la gauche après le 6 décembre, il avait prévu ce scénario de longue date. Son programme l’a positionné avant tout sur le terrain social. Il y aborde essentiellement la question du travail (son projet est d’ailleurs intitulé: «Notre région au travail»). Il n’hésite pas à citer Jean Jaurés: «Le premier des droits de l’homme, c’est la liberté individuelle, la liberté de propriété, la liberté de pensée et la liberté du travail».

Philippe Richert: du bleu avec un peu de vert

C’est donc du haut de 47,9% des suffrages exprimés que Philippe Richert remporte la triangulaire du second tour en Alsace-Champagne-Ardennes-Lorraine. Il réédite sa bonne performance de 2010 où il avait été la seule tête de liste de droite à s’imposer lors des régionales, en Alsace. Par la suite, il a été le ministre des Collectivités territoriales du dernier gouvernement Fillon.

Il y a quelques semaines, Rue89 dressait le portrait de celui qui continue à vivre à Wimmenau, village alsacien qui l’a vu grandir. Venu du centre-droit, Richert fait figure de modéré et se vante sa conscience écologiste. Il a ainsi créé l’Association pour la surveillance et la protection atmosphérique (ASPA) en 1990. Son projet électoral semble se faire l’écho de la rhétorique verte, sous le titre: «Unissons nos énergies». Il met en relief le désenclavement, l’encouragement de l’apprentissage chez les jeunes et la création d’«emplois durables». Il assure vouloir prêter une attention soutenue au numérique, conclure un pacte agricole ou encore créer une agence régionale de l’innovation.

Hervé Morin, à l’arraché

C’est d’un cheveu (gris-blanc) qu’Hervé Morin a gagné contre le socialiste Nicolas Mayer-Rossignol (36,43% contre 36,08%) en Normandie. Le dirigeant UDI a fait ses classes au centre-droit derrière François Bayrou d’abord, puis hors de sa tutelle à partir de 2007 et son ralliement à Nicolas Sarkozy. 

Il devient d’ailleurs ministre de la Défense des premiers gouvernements Fillon. Son programme, «La Normandie conquérante», s’intéressait avant tout à la relance économique de la région et veut en faire «le grenier de la France» en soutenant en priorité l’agriculture, vivier de 100.000 emplois en Normandie.

Valérie Pécresse: l’option sécuritaire

En Île de France, Valérie Pécresse a maintenu Claude Bartolone à distance, avec 43,8% des suffrages exprimés contre 42,3% à Claude Bartolone. Ancienne conseillère de Jacques Chirac, elle s’est surtout fait connaître sous le mandat de Nicolas Sarkozy, d’abord comme ministre de l’Enseignement supérieur pendant quatre ans puis comme ministre du Budget. 

Durant ces régionales, elle semble avoir gardé les réflexes «Bercy» car elle a insisté sur sa volonté de partir à la chasse aux gaspis dans le fonctionnement du Conseil régional et a délivré un mantra très libéral (comme son principal concurrent), appelant à faire de l’Île de France une «région pro-business». Elle a aussi donné à sa campagne un ton très sécuritaire. Son programme, par exemple, inscrit dans ses priorités la mise sous vidéosurveillance des transports parisiens, la fusion de la police des transports et des services de la RATP et de la SNCF en une instance unique ou encore, entre autres, la lutte contre la mendicité agressive. 

Robin Verner
Robin Verner (79 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte