France

Malgré sa défaite aux régionales, le FN fait un pas en avant vers 2017

Christophe-Cécil Garnier, mis à jour le 13.12.2015 à 23 h 02

La présidente du Front national a perdu dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie mais son parti a gagné suffisamment de conseillers régionaux pour qu'elle obtienne les 500 signatures nécessaires à une candidature présidentielle en 2017.

Marine Le Pen lors du second tour des élections régionales, le 13 décembre 2015. FRANÇOIS LO PRESTI / AFP

Marine Le Pen lors du second tour des élections régionales, le 13 décembre 2015. FRANÇOIS LO PRESTI / AFP

C’est un vieux refrain du Front national à chaque élection présidentielle. Le candidat frontiste n’arrive pas à rassembler les 500 signatures nécessaires à une candidature, éructe contre le système en place, qui ne veut pas du FN. En 2012, Marine Le Pen avait attendu le mois de mars avant de déclarer que sa candidature était officiellement validée. Auparavant, elle avait accusé «les grands partis» qu’étaient l’UMP (dorénavant nommé Les Républicains) et le Parti socialiste d’avoir fait pression pour qu’elle ne se présente pas.

Désormais, ce discours est révolu. Même si le FN n’a pas emporté de régions aux élections, le nombre de voix engrangées permet au parti de Marine Le Pen d’obtenir un grand nombre de conseillers régionaux, qui représentent autant de signatures pour sa course à la présidentielle 2017. Après les élections départementales de mars 2015, le nombre d’élus du FN était de 221, comme le rappelait un article de Slate.fr. Onze maires, deux sénateurs, deux députés, vingt-quatre députés européens, soixante-deux conseillers départementaux et 120 conseillers régionaux avant cette élection. Marine Le Pen, si elle a perdu dans son duel régional avec Xavier Bertrand (57% contre environ 42%), n’a pas négligé l’augmentation des élus après ces élections:

«En triplant le nombre de nos conseillers régionaux élus, le FN sera la première force d’opposition dans la plupart des conseils régionaux de France, une opposition constructive, imaginative, plus proche de vous car d’abord issue du peuple et parce que vous aurez des élus qui vous ressemblent vraiment.»

Sur les 1910 conseillers régionaux et territoriaux, le Front national va manifestement glaner environ 350 sièges. Pour obtenir des conseillers régionaux, il faut être au second tour des élections régionales et récolter plus de 10% au premier tour. Ensuite, la répartition des conseillers régionaux s’effectue selon un scrutin proportionnel au score, même si le premier parti obtient une prime à la majorité de 25% des sièges au conseil régional, lui assurant pratiquement une majorité au conseil régional. Par exemple, dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, le parti Les Républicains obtient 115 conseillers régionaux contre 55 pour le FN. Le parti a également récolté quatre conseillers régionaux en Corse, douze en Bretagne et vingt-et-un en Normandie.

1981, seule élection où les 500 signatures ont posé problème pour le FN 

Les 500 signatures de Marine Le Pen pour l’élection présidentielle sont près d’être assurées, sans compter les moyens financiers qu’apporte la formation de groupe aux conseils régionaux. La règle des parrainages a été instaurée en 1962, pour éviter que n’importe quel quidam ne se présente à l’élection présidentielle. Au départ de 100 signatures, le chiffre est porté à 500 en 1976. Ils doivent également venir de trente départements différents. Cette dernière donnée est aussi réglée, le FN ayant désormais des conseillers régionaux partout en France, alors qu’il était absent dans dix des anciennes vingt-deux régions et ne bénéficiait de représentants que dans quatorze départements.

Cette nouvelle situation ancre un peu plus le parti de Marine Le Pen dans le paysage politique français. Ce qui risque néanmoins de lui enlever un de ses arguments favoris: le fait d’être hors du système. «Depuis son échec de 1981 à recueillir les parrainages, le FN joue sur cette difficulté pour se poser en victime du système et faire parler de lui», avait expliqué Gilles Ivaldi, chercheur CNRS à l’Université de Nice, dans un précédent article de Slate.fr. En 2012, les opposants de la présidente du Front national avaient dénoncé un «bluff» car le FN, même s’il convoque cet argumentaire des 500 signatures, a échoué une seule fois à se présenter à la présidentielle faute de leur obtention: en 1981.

Toutefois, le chercheur au CNRS Gilles Ivaldi estimait aussi que «cette moisson d’élus servira[it] la rhétorique de Marine Le Pen, qui pourra[it] présenter son parti comme un acteur plus crédible, plus institutionnel». Marine Le Pen a beau avoir perdu son pari lors de ces élections régionales, elle fait un grand pas vers 2017.

Christophe-Cécil Garnier
Christophe-Cécil Garnier (63 articles)
Journaliste à Slate.fr
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