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Twitter a fait sauter le code électoral (et le hashtag #RadioLondres)

Robin Panfili, mis à jour le 13.12.2015 à 22 h 03

La diffusion de résultats en ligne avant la fermeture des bureaux de vote, déjà observée lors de précédents scrutins, a atteint un niveau inédit lors du second tour des élections régionales de 2015.

Le général de Gaulle s'exprime à la BBC, le 30 octobre 1941 | via Bridgeman

Le général de Gaulle s'exprime à la BBC, le 30 octobre 1941 | via Bridgeman

Depuis quelques années déjà, les internautes semblent avoir trouvé la parade pour contourner la loi électorale et l’interdiction de communiquer tout résultat «partiel ou définitif, par tout moyen de communication au public par voie électronique» avant 20 heures et la fermeture des derniers bureaux de vote. 

Depuis l’élection présidentielle de 2012, de nombreux utilisateurs francophones de Twitter se mobilisent et rivalisent d’originalité pour dévoiler –à l’aide de métaphores, de messages cachés ou humoristiques– les tendances et les premières estimations sur le hashtag #RadioLondres, en hommage à la résistance mise en place depuis l’Angleterre à partir de 1940.

Un tournant inédit

Pour le second tour des élections régionales, dimanche 13 décembre, le contournement du code électoral a franchi une nouvelle étape. Sur Twitter, avec ou sans hashtag #RadioLondres, des journalistes, des citoyens, des militants et des personnalités politiques ont largement relayé les résultats du scrutin, notamment sur la défaite du Front national, qui n’est parvenu à remporter aucune région lors du scrutin. Et s’il s’agit là d’une violation du code électoral, cette pratique illégale ne semble plus inquiéter grand monde chez les internautes.

Pour les élections municipales de 2014 déjà, des personnalités politiques n’avaient pas hésité à annoncer des victoires avant l’heure autorisée –de Nadine Morano à l’ancien ministre des Transports Dominique Bussereau. Mais les élections régionales de 2015 marquent un tournant inédit, qui souligne à la fois les limites du code électoral et la puissance des réseaux sociaux dans ce genre de situation. Et les critiques ne datent pas d’hier: en 2012, certains dénonçaient l’archaïsme du CSA et une législation obsolète.

Voici quelques extraits de la (pré)soirée électorale du second tour des élections régionales de 2015, vue depuis Twitter.

Il y a ceux qui ont dévoilé, à l’aide de messages codés, les premières estimations et résultats sur Twitter avec le traditionnel #RadioLondres

Il y a ceux qui n’ont pas pris la peine de coder leurs messages sur ce même hashtag.

Il y a les médias, assez rares, qui ont repris à leur compte des infos venues de la presse belge, exemptée des restrictions du code électoral français, avant 20 heures.

Il y a aussi ceux qui annonçaient la victoire d’un candidat avant la fermeture des bureaux de vote.

Et ceux qui tiraient des conclusions avant la diffusion des estimations officielles.

Lors des élections municipales de 2014, nous nous interrogions sur la pertinence de cette législation. Et si, aux yeux du ministère de l’Intérieur, il n’y avait rien à redire du système actuel, le sujet partage encore l’opinion française. «Rien ne dit que les choses changeront et que le débat ne ressurgira pas lors des régionales 2015 ou de la présidentielle 2017», écrivait alors Jean-Marie Pottier, rédacteur en chef à Slate.fr. Et c’est effectivement le cas, ce dimanche 13 décembre, pour ce second tour des élections régionales.

Robin Panfili
Robin Panfili (190 articles)
Journaliste à Slate.fr
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