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La COP21 m'a définitivement converti à l'écologie

Frédéric Martel, mis à jour le 13.12.2015 à 9 h 31

La mobilisation globale sans précédent constatée au Bourget et dans les rues de Paris m'a enseigné pourquoi il fallait construire du consensus sur les questions de transition écologique.

Au Bourget, le 11 décembre 2015. REUTERS/Stéphane Mahé.

Au Bourget, le 11 décembre 2015. REUTERS/Stéphane Mahé.

Le Bourget (Seine-Saint-Denis)

Pendant treize jours, du 30 novembre au 12 décembre, j’ai suivi la Conférence des nations unies pour le climat. Celle-ci s’est déroulée, pour sa partie officielle, dans la zone dite «bleue» du parc des expositions du Bourget. Des dizaines de milliers de représentants des 196 pays invités, des observateurs et plus de 3.000 journalistes accrédités y ont vécu ensemble durant deux semaines.    

Collectivement, nous avons suivi les débats et des centaines de side events depuis cette «zone bleue» hautement sécurisée; les journalistes ont produit des milliers d’articles et des centaines d’heures d’émissions de radio et de télévision; on a échangé des cartes de visites avec des dizaines d’inconnus devenus de nouveaux amis; on a mangé sur place ; certains y ont même dormi.

Des élus républicains américains ont ridiculisé ces travaux alors que certains chroniqueurs, par exemple Luc Ferry dans Le Figaro, ont ironisé sur les «fausses promesses» de cette COP21. Mais le résultat est là: un accord global et contraignant a été finalisé et adopté. Insuffisant peut-être, imparfait sans doute, mais historique. C’est peu, c’est beaucoup.

La société civile mobilisée

Parallèlement à cette «COP» officielle, la bataille pour l’environnement a été également menée par la société civile à l’extérieur de la «zone bleue» ou dans les rues de Paris. A Copenhague, lors de la COP15 en 2009, les ONG et les activistes avaient été exclus des négociations et réduits au silence. D’ou un assèchement du débat et une amertume militante, sentiment que l’échec de Copenhague était venu confirmer. A Paris, la COP21 a, jusqu’à un certain point, tiré les leçons de ces erreurs.

De nombreux représentants des grandes ONG officielles ont été «accrédités» dans la «zone bleue», alors même qu’un pavillon dédié à la société civile a été ouvert dans un hall tout proche. Baptisé Espace Génération Climat, il a regroupé les stands de nombreuses organisations comme WWF, la Fondation Nicolas Hulotla Green Cross ou encore GoodPlanet de Yann-Arthus Bertrand. Le succès de ce pavillon dédié au Bourget, que des milliers de personnes ont fréquenté et où se sont déroulées des centaines de conférences, démontre qu’il est utile d’écouter la société civile. C’est même là que j’ai pu croiser quelques uns des activistes les plus convaincants sur la transition écologique et dont les propositions étaient à la fois les plus innovantes et les plus sérieuses.

Pour prendre toute la mesure d’une mobilisation globale sans précédent, il fallait également découvrir dans Paris les dizaines d’initiatives portées par les activistes de l’environnement. En suivant, par exemple, pendant ces deux semaines, la journaliste américaine Amy Goodman, qui a produit chaque jour depuis Paris sa célèbre émission de radio et de télévision «Democracy Now», j’ai pu constater que les activistes, intellectuels progressistes et les écologistes du monde entier s’étaient bel et bien donnés rendez-vous à Paris. Amy Goodman les invitait à son micro, spontanément, lorsqu’elle les croisait à The Place to Be, au «104» ou dans les manifestations de rue.

Au 104, lieu culturel du nord-est parisien, une «Zone d’action pour le climat» avait en effet été imaginée. Vendredi soir, au moment de sa fermeture, au terme d’une semaine d’assemblées générales quotidiennes, l’inquiétude se lisait sur les visages des militants: et si aucun accord n’était trouvé à Paris? Radicaux peut-être, toujours prêts à en découdre avec la COP officielle, ces militants espéraient malgré tout un accord. Ils étaient venus pour demander plus, pour qu’on aille plus loin, mais ils voulaient déjà un accord (qui fut finalement trouvé dans la soirée de samedi).

A Montreuil, de nombreuses organisations avaient elles élu domicile dans une ancienne friche industrielle, devenue un temps un squat, et finalement reconvertie en lieu «solidaire». Il y avait là une quinzaines d’antennes d’associations, parmi lesquelles Avaaz, Les amis de la nature, Réseau Active Climat, Sortir du nucléaire, Peuples Solidaires, Terra Eco ou encore 350.org et Alternatiba.

Beaucoup de ces organisations faisaient partie de la Coalition Climat 21 (parmi lesquelles les ONG vertes traditionnelles, la Coordination Sud, Attacles Amis de la TerreGreenpeacela Confédération paysanne, les grands syndicats etc.). Tous ces mouvements disparates, souvent contradictoires dans leurs engagements ou leurs idées, formaient le «off» de la COP21. Plus que d’autres, ils m’ont convaincu de l’importance du sujet et de la nécessité de rallier leur cause.

Média center, art center et blogueurs

De leur côté, des centaines de blogueurs non accrédités se sont retrouvés dans le media center alternatif organisé au café Le Belushi’s, rue de Dunkerque, près de la Gare du Nord à Paris. Cet immense espace, où les bars et les restaurants se succèdent en enfilade, fut un véritable «fab-lab» de la cause environnementale. On s’y pressait le soir pour rédiger des communiqués de presse ou poster textes et images sur Twitter, Tumblr, Medium ou Instagram. Beaucoup de ces blogueurs avaient d’ailleurs élu domicile dans l’auberge de jeunesse le St-Christopher Inn, situé dans les étages même du café Belushi. Quant au sous-sol du restaurant, il a été pris d’assaut par les activistes et les artistes qui y ont organisé d’innombrables débats sur le climat et des concerts, ponctués de débriefs pour commenter les décisions officielles de la COP21. J’y ai rencontré des militants innovants, des idéologues convaincus et des journalistes engagés. Tous aimaient leur planète et –c’est naïf à dire–, ils étaient venus là pour la protéger.

Enfin, j’ai découvert à l’espace Espace Génération Climat, à The Place to Be, comme au Grand Palais ou au «104», de nombreux nouveaux médias innovants. Je pense à Sustainable Human, à The Mind Unleashed ou encore au Valhalla Movement, imaginé au Québec.

Les artistes se sont également mobilisés. Tous les après-midis, le collectif Art COP21, qui a été lancé notamment par les associations Coal et la fondation britannique Cape Farewell, se sont emparés de la Gaîté lyrique, l’espace des cultures numériques au cœur de Paris. Des initiatives se sont aussi multipliées ailleurs, loin des lieux labellisés: la Générale Nord-Est, une «coopérative artistique», a été active durant la COP21, tout comme le cinéma Cinaxe, à La Villette. Des jeu vidéos alternatifs, ont même été mis en ligne, comme par exemple Climate Games ou Terrabilis, un jeu gratuit pour accélérer la prise de conscience écologique.

D’une manière générale, ce qui m’a frappé durant cette Cop21, c’est le dynamisme, l’innovation et l’engagement de dizaines de milliers de personnes venues spécialement à Paris. Leurs arguments étaient très convaincants, leur détermination forçait le respect.

Le professionnalisme de plusieurs ONG était, quant à lui, littéralement fascinant. C’est le cas bien sûr de l’association d’Al Gore, ancien vice-président américain, The Climate Reality Project, particulièrement active et innovante, mais aussi de groupes comme Earth to Paris.

La forte dimension numérique de cette Cop21 était elle-même stupéfiante. L’association environnementale américaine 350.org a produit un grand nombre de vidéos pour sensibiliser les internautes. Les mobilisations online, de OuiShare à Poc21 et bien sûr les actions globales de la start-up américaine Avaaz, ont été, elles aussi, redoutablement efficaces. Le collectif We Are Here Now, imaginé par Jérémy Heymans, qui avait déjà fondé Avaaz, a tenté de convaincre, via les réseaux sociaux, les citoyens qui doutent encore du réchauffement climatique. Ces organisations ont démontré que l’environnement et le numérique ne sont pas forcément contradictoires. D’ou l’idée, avancée notamment par le collectif Transition2 (ou transition au carré), d’agréger la transition écologique à la transition digitale. Une journée de débat sur ce thème a eu lieu dans l’incubateur du Numa durant la Cop21. L’idée est que la transition numérique et la transition écologique peuvent se nourrir l’une l’autre.

Une éducation écologique

Cette mobilisation inédite à Paris, ces milliers d’activistes croisés pendant deux semaines, leurs arguments, leur passion, leur sens de l’engagement, m’ont convaincu de la justesse du combat écologique plus que jamais auparavant. Ce mouvement est venu donner un sens concret à des lectures qui, depuis longtemps, avaient déjà contribué à ma prise de conscience écologique.

Pour moi, le déclic fut, il y a longtemps, la lecture du «Second Discours» de Jean-Jacques Rousseau, le fameux Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité entre les hommes. Dans ce texte fondateur, qui a marqué tant d’esprits à gauche, Rousseau dépasse l’opposition classique entre la nature et la culture et fonde, pour résoudre le problème de l’homme exclu de l’harmonie naturelle, une pensée progressiste. Véritable père de l’écologie moderne, le philosophe ne se propose pas, comme on l’a souvent dit, de revenir à «l’état de nature» et au monde primitif. Tout au contraire, il vise à renouer avec la nature, en érigeant cet état de nature en norme par rapport à laquelle on peut évaluer nos comportements.

La seconde figure qui a contribué à mon éducation écologique fut celle de Gandhi. C’est en Inde que j’ai découvert sa pensée, approfondie par la suite dans son autobiographie, ses textes sur le «satyagraha» ou dans la riche biographie Great Soul de Joseph Lelyveld.

Plus récents, et plus directement consacrés à l’environnement, trois ouvrages ont également joué un rôle dans mon éducation verte: L’Utopie ou la mort de René Dumont, Les Trois Écologies de Félix Guattari et surtout Écologie et politique d’un philosophe progressiste important, quoique injustement oublié, André Gorz. J’ai lu aussi, à leur sortie, les livres de Luc Ferry, Le Nouvel Ordre Écologique (1992) et, plus récemment, celui de Naomi Klein, Tout peut changer (2015). Le premier est d’inspiration conservatrice et sceptique, mais il présente une passionnante archéologie de la pensée écologique depuis les Lumières. Le second, manifeste de la gauche radicale, atteste d’une conversion: Klein, grande prêtresse de l’extrême gauche, s’est convertie à la cause environnementale récemment. Elle raconte ce basculement dans son long essai qui prolonge la critique du capitalisme par le combat écologique. Naomi Klein était d’ailleurs omniprésente durant la COP21. Elle a débattu au «104», fait des conférences à The Place To Be ou au siège de Médiapart; elle a même participé à un concert aux côtés de Patti Smith.

Un combat plus rouge que vert

Comme Naomi Klein, je me suis donc converti à l’écologie récemment. Pour une part, ce retard s’explique par le discours trop radical des écologistes, parfois plus rouges que verts. J’ai toujours eu des doutes sur ceux qui utilisaient la cause environnementale pour défendre des idées d’extrême gauche, ce qui m’est toujours apparu comme une impasse.

Notre modèle de production et de consommation, notre façon de vivre seront nécessairement affectés par la transition énergétique. Et de nombreux débats peuvent être ouverts en matière de taxe sur le transport aérien ou sur les transactions financières des pollueurs. Mais cette transition ne réussira pas si elle consiste à réduire le niveau de vie des populations ou à empêcher les pays émergents de se développer. Elle ne réussira pas si elle crée de la division, au lieu de créer du consensus. C’est ce que les écologistes n’ont pas toujours compris, opposants les groupes sociaux ou les forces politiques alors qu’il fallait les agréger, y compris les chefs d’entreprises, les agriculteurs et jusqu’aux chasseurs et aux pêcheurs.

Face à des dossiers très techniques et aux effets pervers que les décisions politiques occasionnent souvent, les écologistes n’ont pas été toujours très pertinents. Ils se sont lancés, trop souvent, dans des combats hasardeux en voulant construire une société à la consommation et à l’alimentation bridées. Les égos et les combats de personnes ont dominé. Trop souvent, leurs études étaient également biaisées et leurs chiffres inutilement alarmistes. Et si je défends par exemple leur combat sur les «circuits courts» ou la préservation des abeilles et des oliviers, je m’étonne de leur bataille contre les chasseurs ou le gluten (une étude minutieuse du New Yorker vient d’ailleurs de montrer que la plupart des critiques contre le gluten ne sont pas avérées).

Surtout, par leurs obsessions anticapitalistes ou leur hostilité aux entreprises et au secteur privé, les écologistes officiels ont souvent perdu beaucoup de crédibilité. Un combat plus efficace consisterait à essayer de créer une nouvelle qualité de vie tout en préservant notre mode de vie. Ce qui passe par des évolutions économiques sensibles, portées par les entreprises –plus qu’à prétendre faire la révolution.

En mai 2015, l’agence de notation Standard & Poor’s a décidé de noter négativement les États ou les sociétés qui investissent dans les combustibles fossiles –c’est sans doute une bonne piste et dans cette direction qu’il faut imaginer les solutions. D’innombrables autres idées s’offrent à nous: par exemple, le Conseil de stabilité financière pourrait tenir compte du risque climat et carbone pour évaluer les portefeuilles d’actifs des banques. On pourrait également noter un chef d’entreprise sur ce genre de critères.

De nouvelles perspectives de croissance doivent être imaginées, comme le suggèrent d’ailleurs Christian de Perthuis et Pierre-André Jouvet dans leur livre Le Capital Vert. De son côté, l’ancien ministre de l’Économie Arnaud Montebourg, qui avait milité pour une croissance indexée sur l’écologie dans son livre Votez pour la démondialisation, est devenu le président du conseil de surveillance de NewWind, la société qui a produit les deux «arbres à vent» plantés à l’entrée de la COP21 –et qui en ont été l’un des symboles. Ces éoliennes urbaines permettent à une maison de produire sa propre électricité.

C’est en misant sur l’expérimentation et sur les entreprises innovantes que la cause environnementale gagnera de l’ampleur. On a d’ailleurs pu découvrir de telles innovations à l’espace Espace Génération Climat au Bourget ou aux «Solutions COP21», présentées par le Comité 21 au Grand Palais. On peut donc regretter, hélas, que des militants d’extrême gauche s’en soient pris au forum du Grand Palais, en tentant de l’envahir et de l’empêcher de se tenir. S’il est légitime de dénoncer, lorsque c’est le cas, les opérations de greenwashing des entreprises, il ne faut pas oublier qu’il n’y aura pas de transition écologique sans la mobilisation des entreprises et du secteur privé.

Plus important encore: ce combat pour l’environnement ne peut être confisqué par personne, par l’extrême gauche pas plus que par les autres.

En revanche, ces militants ont raison de vouloir contrôler les contrôleurs. On a vu comment la Chine pouvait éhontément mentir sur les données du climat, au risque d’empoisonner sa propre population, comme l’atteste la pollution récente de Pékin. De même, il faut se méfier des experts, notamment tous ceux qui travaillent, au mépris de la déontologie la plus élémentaire, pour des multinationales. L’intéressant documentaire de Marie-Monique Robin, Le Monde selon Monsanto, montre bien ces conflits d’intérêt sur le dossier des OGM. Il m’a ouvert les yeux.

Ni droite, ni gauche?

Durant la COP21, les climato-sceptiques se sont d’ailleurs faits peu entendre, comme s’ils avaient perdu la bataille. Les approximations de Claude Allègre ont été emportées par l’histoire –et par la géographie. Pourtant, il est étrange de constater que la plupart des parlementaires républicains américains et les candidats de droite aux primaires sont résolument contre l’accord de Paris. Barack Obama et John Kerry ont fait preuve de courage et d’engagement, mais il n’est pas certain que les États-Unis continueront à défendre la transition écologique si les Républicains reviennent à la Maison Blanche en 2016.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Aux États-Unis, les administrations républicaines de Richard Nixon et Gerald Ford ont contribué à l’adoption de plusieurs des législations décisives contre la pollution, la protection de l’eau ou des espèces animales en voie de disparition. L’écologie est souvent une cause progressiste, mais elle n’est pas nécessairement une cause de gauche. Elle peut même se révéler, dans certains cas, conservatrice. Et si c’est un démocrate, le sénateur américain du Wisconsin Gaylord Nelson, qui a lancé, en 1969, l’important mouvement du «Earth Day», on observe aussi une mobilisation écologique aux Etats-Unis qui se traduit par un retour vers la terre, un souci de réconciliation avec la nature, la redécouverte de l’Amérique des origines ou la défense d’une utopie libertarienne qui sont loin d’être de gauche.

C’est le cas aussi en France où les écologistes se sont durablement affrontés sur la question de savoir s’ils devaient voter à gauche ou à droite. Si des figures importantes comme Noël Mamère, Alain Lipietz, Dominique Voynet ou Cécile Duflot ont fait un choix clair, il y a eu plus d’ambiguïté chez Nicolas Hulot, Brice Lalonde et, bien sûr, Antoine Waechter. Pour ne rien dire de Corinne Lepage ou Yann Wehrling, qui se situent clairement à droite.

Devenir «écologiste» ne signifie donc pas, pour moi, devoir voter pour les partis «verts», ni nécessairement pour la gauche. La gauche n’a pas toujours été en avance sur l’écologie et les partis verts n’ont jamais eu le monopole de la question environnementale. C’est un combat qui n’est «ni neutre, ni partisan», et qui sera sans doute à l’avenir de plus en plus transpartisan.

L’épreuve du terrain

Enfin, autant que les lectures et les engagements politiques, et les journées passées à la COP21, ce sont les enquêtes de terrain qui m’ont convaincu de l’urgence climatique et de la nécessité pour chacun d’entre nous de devenir écologiste. Ces derniers mois, j’ai effectué une longue enquête de terrain au Pérou, en Bolivie, en Équateur, au Brésil et en Colombie, où j’ai mesuré les effets concrets du réchauffement climatique et la persistance de la déforestation. Quand on rencontre les fermiers qui ne peuvent plus cultiver le quinoa dans l’altiplano andin au Pérou et en Bolivie; quand on discute avec les campesinos (paysans) qui s’étonnent du changement des saisons en Équateur; quand on interroge les représentants des tribus indiennes forcées à l’exil par les conséquences du réchauffement climatique dans la forêt tropicale; quand on voit, de ses yeux, et à vue d’œil, le rétrécissement de la forêt amazonienne au Brésil, qui brûle devant vous, on ne doute plus guère de la réalité du phénomène.

D’ailleurs, une philosophie originale m’a marqué en Amérique latine. C’est celle dite du «Buen Vivir», une pensée du «vivre bien», inspirée des tribus autochtones et profondément articulée à l’écologie. La Bolivie et l’Équateur en ont fait leur doctrine et j’ai eu envie de la faire mienne.

En quinze jours, durant la COP21, je me suis donc converti définitivement à l’écologie. Nous savons tous que la transition environnementale sera longue et contraignante. Nous entrons dans une nouvelle période de notre civilisation, l’ère post-carbone, qui sera plus incertaine. Et dans cette véritable post-modernité écologique, nos économies devront s’adapter et changer en permanence. Il n’y a aucune solution facile mais c’est en construisant, comme l’ont fait les négociateurs de la COP21, en se mettant en mouvement, qu’on avancera.

La négociatrice française, Laurence Tubiana, par son enthousiasme constructif et communicatif, a donné le ton. Ce doit être le nôtre. En l’interrogeant longuement, alors qu’elle s’apprêtait à lancer la COP21 –dont elle est devenue, depuis, l’un des symboles–, j’ai compris pourquoi il fallait créer du consensus et construire, au lieu d’entretenir des oppositions, des oukases ou des tensions, pour espérer parvenir à des solutions réelles et aller vers la transition écologique.

En relisant Rousseau et Gorz, en voyageant en Amazonie et en Équateur, en méditant sur la pensée de Gandhi et du «Buen Vivir», en côtoyant ces activistes présents à Paris, en écoutant Laurence Tubiana, et en arpentant les couloirs de la Cop21, je suis donc devenu écologiste. Pleinement et définitivement.

Frédéric Martel
Frédéric Martel (82 articles)
Journaliste et chercheur
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