France

Y a-t-il eu beaucoup d'électeurs «girouettes» dans l'entre-deux tours?

Christophe-Cécil Garnier, mis à jour le 14.12.2015 à 17 h 31

Des sondages réalisés entre les deux tours des élections régionales signalaient que l’on pouvait s’attendre à des reports de voix assez étonnants entre le 6 et le 13 décembre.

Dépouillement d'un vote dans les Pays-de-la-Loire lors du premier tour des élections régionales 2015, le 6 décembre 2015. JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Dépouillement d'un vote dans les Pays-de-la-Loire lors du premier tour des élections régionales 2015, le 6 décembre 2015. JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

Les reports de voix ont été essentiels lors de ces élections régionales. Ils ont permis, avec la baisse de l’abstention, à faire barrage au Front national dans les régions Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Dans certaines régions comme l’Île-de-France ou la Normandie, qui ont été annoncées socialistes pendant quelques minutes durant la soirée électorale, les reports de voix qu’attendaient les socialistes n’ont pas suffi.

Certains comportements électoraux peuvent d’ailleurs susciter des questions après le second tour des régionales, notamment dans le camp de Claude Bartolone, le candidat du Parti socialiste en Île-de-France. Dans un sondage Odoxa paru lors de l’entre-deux tours, commandé par Le Parisien et BFMTV, les intentions de vote plaçaient Valérie Pécresse en tête avec 42% des voix contre 40% pour Claude Bartolone (elle l’a finalement emporté avec 43,8% des voix, contre 42,18% pour le président de l’Assemblée nationale). La députée des Yvelines était donnée vainqueur grâce notamment aux reports des voix du parti Debout la France: 44% des électeurs du parti de Nicolas Dupont-Aignan s’étaient déclarés prêt à voter pour elle, imités par 13% des votants du FN. Tout comme 4%... des soutiens dans les urnes de Claude Bartolone.

Des électeurs ayant déposé le bulletin de Claude Bartolone dans l’urne au premier tour auraient ainsi changé d’avis et se seraient plutôt orientés vers Valérie Pécresse au second; 1% de ces électeurs auraient même porté leur vote vers Wallerand de Saint-Just, le candidat du Front national.

Si Claude Bartolone, d’après les sondages d’Odoxa, pouvait aussi bénéficier d’une situation réciproque (1% des votants de sa rivale du parti Les Républicains se seraient prononcés en sa faveur au second tour), cette portion d’électeurs versatiles est étonnante. «Il arrive que des gens changent de cette façon, d’une manière un peu contre-intuitive, estime Jean-Daniel Levy, directeur du Département Politique & Opinion d’Harris Interactive. Cela peut être dû à l’issue du premier tour, ou alors à des éléments de réflexion supplémentaires durant l’entre-deux tours. Mais, en général, ce sont des éléments assez marginaux.»

«Il y a parfois une non-rationalité des électeurs»

On a souvent l’idée du citoyen fidèle à sa famille politique, sauf que ce n’est plus le cas

Christèle Marchand-Lagier, maître de conférence en science politique

Et pour cause, ces reports de voix représentaient 4% des 25,19% engrangés par Claude Bartolone au premier tour (soit 1% des suffrages exprimés le 6 décembre), le tout associé à une forte abstention en Île-de-France (54,1%). Ces reports ont donc peu de chance de représenter les 1,62% des suffrages exprimés qui manquaient au candidat socialiste contre son adversaire au second tour. Cela traduit cependant une évolution plus globale de la fidélité électorale, bien illustrée par cette infographie, qui reprend des données de l’institut Opinionways.

Lors des élections départementales du début de l’année 2015, un autre sondage d’Odoxa estimait que, dans un duel PS/UMP (l’ancien nom du parti Les Républicains), 7% des électeurs ayant voté pour le «PS et ses alliés» choisissaient le parti adverse au second tour, contre 3% pour les électeurs de l’UMP au premier tour. Pour Christèle Marchand-Lagier, maître de conférence en science politique, «on a souvent l’idée du citoyen fidèle à sa famille politique, sauf que ce n’est plus le cas. On rencontre de plus en plus d’électeurs qui ont des itinéraires versatiles. Après, sur des entre-deux tours et surtout entre des candidats comme Valérie Pécresse et Claude Bartolone, je n’en ai personnellement jamais rencontré. Il y a parfois une non-rationalité des électeurs».

Spécialiste du vote Front national, elle observait ces sondages avec méfiance en raison de leurs marges d’erreurs, en signalant en outre que la décision de changer son vote pour le parti rival s’opère plutôt entre deux élections et non entre deux tours d’une même élection, «en fonction des déclarations nationales et de la situation du pays».

Reste que, au soir du second tour des élections régionales, une enquête Harris Interactive pour M6 – réalisée en ligne le 13 décembre 2015 sur un échantillon de 4.017 personnes, représentatif des Français de 18 ans et plus – assurait que 22% des votants avaient choisi leur candidat durant l’entre-deux tours. Un chiffre similaire aux précédentes élections départementales et municipales. «Ces changements-là, ce n’est pas nouveau dans l’histoire politique, conclut Jean-Daniel Lévy. L’idée surtout générale par rapport à ces sondages, c’est que l’électeur, en amont, a plus de mal à savoir pour quel parti traditionnel voter. Il n’y a que le Front national qui fédère à l’avance.»

Christophe-Cécil Garnier
Christophe-Cécil Garnier (63 articles)
Journaliste à Slate.fr
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